La majeure partie du spectacle se déroule dans un dépouillement scénique quasi complet. Les corps suffisent à habiter le plateau, surmonté par un immense écran.

«De la glorieuse fragilité»: après la dernière danse

CRITIQUE / Avec «De la glorieuse fragilité», Karine Ledoyen parvient à livrer le résultat de sa démarche documentaire auprès d’anciens danseurs avec des tableaux dansés qui portent une joie juvénile et scintillante. La démonstration concise aurait toutefois pu aller un tout petit peu plus loin dans l’audace chorégraphique et scénographique.

La chorégraphe a déjà joué avec les costumes foisonnants, les perruques, les instruments de musique, les pluies de pétales de rose, voire avec les éléments, dans son spectacle Air. Cette fois, le spectacle s’ouvre alors que les interprètes s’affairent à ramasser les vestiges d’une fête — confettis, plancher d’or, etc., mais la majeure partie se déroule dans un dépouillement scénique quasi complet. Les corps suffisent à habiter le plateau, surmonté par un immense écran.

L’interface permet de montrer, de très près ou avec des effets déformants, les quatre danseurs, mais surtout de faire apparaître des questions et des mots-clés, tapés en direct sur un clavier par Andrée-Anne Giguère, qui manipule aussi la vidéo sur scène avec un simple téléphone.

La trame sonore est un mélange de musiques pulsées et de silences qui laissent entendre les respirations des danseurs. Des extraits de témoignages recueillis par la chorégraphe servent de trame narrative mais ne suivent pas à proprement parler une courbe dramatique. C’est plutôt comme un bruit de foule, avec ses gonflements, ses cacophonies et des moments plus intimes.

Les danseurs qui ne dansent plus décrivent les sensations qui leur manquent, de cette petite vibration aux grands feux d’artifices intérieurs, les moments de grâce en studio, la joie grisante de bouger en groupe et de s’adapter à ses partenaires de jeu. 

Abandon

Pendant ce temps, Ariane Voineau, Elinor Fueter, Jason Martin et Simon Renaud dansent, en groupe d’abord, puis en duos. Lorsque le mot Abandon apparaît à l’écran, les deux hommes se lancent dans une série de gestes périlleux et d’abandons complets, qui s’avère être une belle démonstration de cet état et de la tension nécessaire qui lui fait contrepoids. Les liens entre la danse et les mots projetés sont moins évidents par la suite. La danse reste fluide, comme une musique harmonieuse, et on attrape au vol quelques moments de fragilité (peur, essoufflement, déséquilibre), sans que les gestes ne nous laissent d’impression forte.

On retiendra la diagonale de petits gestes saccadés des deux danseuses, qui parlent et produisent toutes sortes de bruits dans des micros, comme si on nous donnait accès à ce qui se dit tout bas sur scène et à ce qui se passe dans leur tête lorsqu’elles dansent. Quelques moments où les ombres des interprètes s’arriment aux images vidéos (un procédé qui aurait pu être davantage développé). Ce moment miroitant où le tapis doré est déroulé pour une dernière traversée. Mais il manquera cette fête, évoquée au début dans les propos d’une ex-danseuse, qui aurait tant aimé célébrer sa dernière danse.

Le spectacle, programmé par la Rotonde, sera présenté à nouveau les 31 octobre et 1er novembre à la salle Multi.