C'est nu comme un ver, la tête recouverte d'une cagoule de paillettes dorées que Dave St-Pierre a accueilli le public, vendredi matin, pour offrir un collage de trois de ses pièces.

Dave St-Pierre, créateur libre

Le chorégraphe Dave St-Pierre a beaucoup fait parler de lui dernièrement. La présentation, en février à Montréal, de Suie, sa dernière création, a soulevé des débats vigoureux. Invité hier à l'événement Matins créatifs à la Maison pour la danse, dont le thème était Voir au-delà de la polémique, Dave St-Pierre a affirmé qu'il continuerait à pratiquer son art à sa façon.
Invité hier à l'événement Matins créatifs à la Maison pour la danse, dont le thème était Voir au-delà de la polémique, Dave St-Pierre a affirmé qu'il continuerait à pratiquer son art à sa façon.
Après les premières représentations de Suie et avoir reçu des commentaires négatifs, le diffuseur du spectacle, Danse Danse, a proposé à ses abonnés d'échanger leur billet pour un autre spectacle. Dave St-Pierre a déploré ce geste sur son compte Facebook. «[...] vous prouvez que vous protégez le public, vous les infantilisez, que vous n'êtes pas du tout sensible à l'art, que vous aplanissez l'art, vous le rendez beige, que vous voulez contrôler ce qui se passe sur l'espace public.» En mars, le centre de création O Vertigo mettait fin à la résidence du chorégraphe, prétextant que le projet enclenché ne suivait pas les délais prévus. De son côté, St-Pierre reprochait à l'organisation de ne pas l'appuyer. 
«Punk dans l'âme, mais rationnellement gentil», comme il s'est décrit hier, Dave St-Pierre vit d'un extrême à l'autre. Sa maladie, croit-il, - il souffre de la fibrose kystique, une maladie respiratoire grave, et a subi une greffe de poumons en 2009 - en est en partie responsable. «J'ai une condition de santé extrême.» Encore aujourd'hui, son corps le laisse tomber. «Je suis toujours sur mes réserves», admet-il. 
Paradoxal, il se dit attiré par le chaos, mais aime quand sa maison est bien rangée. Notre critique de théâtre Jean St-Hilaire parlait justement de chaos dans son compte-rendu de la pièce Un peu de tendresse, bordel de merde!, présentée au Carrefour de théâtre de Québec en 2008. «Par son exhibitionnisme débridé, sa violence, ses allusions récurrentes au déséquilibre et à une expression mécanique et longtemps désenchantée de l'amour, Un peu de tendresse... sème un chaos qu'il assagit dans les scènes plus recueillies de la fin», écrivait-il.
Dave St-Pierre a accueilli le public, vendredi matin, pour offrir un collage de trois de ses pièces.
Dave St-Pierre a accueilli le public, vendredi matin, pour offrir un collage de trois de ses pièces.
Faire réagir
Ne faisant rien comme les autres, c'est nu comme un ver, la tête recouverte d'une cagoule de paillettes dorées qu'il nous a accueillis hier matin, nous offrant un collage de trois de ses pièces. Dave St-Pierre se défend pourtant bien d'être provocateur. «J'aspire en tant que créateur à ce que le spectateur cesse d'être passif. [...] J'aime que les gens réagissent, que ce soit positif ou négatif», explique-t-il. 
Qualifiant de «deuxième chance» la greffe de poumons qu'il a reçue, St-Pierre n'est pas prêt à faire des compromis pour plaire. «Que les gens aiment ou pas ce que je fais, je suis rendu au-delà de ça», clame-t-il. Tant que ses oeuvres trouveront écho chez les spectateurs, Dave St-Pierre fera donc son chemin à sa manière. 
En plus de ses créations personnelles présentées ici et en Europe, l'homme au début de la quarantaine a participé aux chorégraphies de spectacles du Cirque du Soleil et du Cirque Éloize, entre autres. Il est présentement en résidence de création pendant deux semaines à la Maison pour la danse avec l'artiste multimédia Alex Huot. Le public peut y assister. La création, nommée Fléau, née de cette collaboration, devrait se retrouver dans la saison 2018-2019 de La Rotonde.