Dans l'univers de Coeur de pirate

CRITIQUE / «Québec, jamais, jamais dans ma vie je ne pensais vivre ça!» a lancé Coeur de pirate, émotive, à la foule qui s'étendait devant elle sur les plaines d'Abraham, dimanche. Comblée par la carte blanche que lui offrait le Festival d'été, la chanteuse a ravi à son tour le public avec un spectacle finement bâti.
Il n'est pas si simple de monter des concerts comportant plusieurs invités sans que ces productions n'aillent dans toutes les directions. La carte blanche à Coeur de pirate affichait une belle cohérence. C'est comme si l'univers de Béatrice Martin s'était déployé en s'enrichissant de nouvelles voix. D'ailleurs, elle est restée présente sur les planches tout au long du concert pour donner la réplique à ses invités.
Elle a commencé la soirée seule, les doigts au piano sur Ocean's Brawl. On la sentait un peu nerveuse, or elle était en voix et ses musiciens, parfaitement synchro. Quand la machine autour d'elle s'est mise à ronronner, des sourires se sont dessinés sur son visage et à partir du troisième titre, Golden Baby, elle était pleinement à l'aise dans son vaste terrain de jeu : des éclairages recherchés, des projections et une belle brochette d'invités. D'abord Alex Nevsky, avec lequel elle a partagé Pour un infidèle. Puis, un peu plus loin, une dizaine de danseurs, ce qui a donné lieu a de très beaux tableaux, en particulier sur The Climb. On a beaucoup apprécié le passage des filles de Milk and Bone, qui a été l'occasion de remarquables harmonies vocales.
Évidemment, pour un spectacle extérieur, les ballades ou les passages nuancés ont parfois mis l'attention du public à l'épreuve, surtout dans la seconde moitié, mais Coeur de pirate avait prévu le coup : elle a été rejointe par Loud Lary Ajust, venu apporter d'intéressantes teintes rap, canons de fumée à l'appui, après quoi Les Trois Accords sont apparus pour trois titres. Dans ce dernier cas, ce n'était pas parfait : le chant des deux artistes, en particulier sur Dans mon corps, manquait de justesse.
Dernière invitée en lice mais non la moindre, la chanteuse transgenre et amoureuse de Coeur de pirate, Laura Jane Grace, a été introduite comme une personne «très importante». On est ainsi passé dans un registre rock, qui a certes apporté du dynamisme même si le public n'était visiblement pas familier avec le répertoire.
En fin de programme, Coeur de pirate a entonné ce qui est devenu un duo avec les festivaliers : Comme des enfants. Une belle carte blanche, qui aura rempli les Plaines fort honnêtement et qui aura permis de voir Béatrice Martin sous un autre angle, plus émotive et extravertie.
Hedley
La formation pop Hedley s'est chargée de chauffer les planches. On peut avoir des réserves sur le répertoire sucré du band, qui va dans plusieurs directions, comme sur le chant ou les gestes maniérés du leader, mais on ne peut nier que les Canadiens ont mis beaucoup d'énergie pour conquérir la foule. Et ils y sont parvenus. Curieusement, pas nécessairement en s'appuyant sur leurs compositions, malgré leur longue feuille de route. Les musiciens y sont allés d'un pot-pourri de hits, comprenant Sorry et Uptown Funk et le chanteur, Jacob Hoggard, a rivalisé d'imagination pour soutenir l'attention - même si ça impliquait de roter dans son micro... Son meilleur coup? Remarquer une spectatrice qui textait, lui prendre son téléphone et fouiller dans son bottin pour appeler son père. Un moment hilarant! Au terme de la performance, Hedley a promis de revenir avant longtemps.