Hugo Mudie
Hugo Mudie

Dans le rétroviseur d'Hugo Mudie

Trois ans après un premier album solo très éclectique, Hugo Mudie a recentré son attention en jetant un coup d’œil dans le rétroviseur pour créer Concerta Fantasio. Cette deuxième offrande sous son propre nom se déploie comme un hommage punk-rock à l’adolescence, aux années 90 et à la singulière aventure qu’il a vécue au sein de la formation The Sainte Catherines.

On pourrait croire que Concerta Fantasio a été réfléchi comme un album concept. Hugo Mudie s’en défend bien. «Je n’ai pas fait exprès. Ç’a juste tombé de même, note-t-il. Je compose non-stop. J’ai sûrement encore 300 tounes en banque. Quand il a été temps d’entrer en studio, Alex Ortiz, le réalisateur, m’a dit : “Coudonc, tu parles donc bien de ton frère et de tes parents!”»

Bref, le fil conducteur est fort sur cet album lancé en pleine pandémie et qui a de quoi réjouir les anciens ados adeptes de punk-rock dans les années 90. «C’est un peu nostalgique, décrit Mudie. C’est une célébration de la différence, d’être un peu un alien ou un marginal. Je trouvais que ça fittait en ce moment avec la situation qu’on vit. Tout le monde se sent un peu tout seul et incompris.»


« C’est un peu nostalgique. C’est une célébration de la différence, d’être un peu un alien ou un marginal. »
Hugo Mudie

L’idée résonne peut-être un brin différemment en période de confinement, mais elle a toujours été présente dans la tête de celui qui n’a pas perdu de sa propre jeunesse un goût pour la provocation. «J’ai toujours parlé du fait que je ne voulais pas vieillir, que les adultes étaient à chier. En fait, ce n’est pas tout à fait ça… C’est plus à propos de ceux qui ont oublié c’est quoi d’être un enfant. Ceux qui ont voulu s’attacher au pouvoir et à l’argent, alors que ce n’est pas ça le but de la vie, je trouve», explique l’auteur-compositeur-interprète, qui dit avoir beaucoup de respect pour l’arrogance et le «côté baveux» de l’adolescence. «C’est le bon temps pour être insolent, tranche-t-il. J’aime beaucoup mieux l’insolence que le conformisme.»

Myriade de références

Sur Concerta Fantasio, Hugo Mudie aborde souvent la préoccupation de ne pas se sentir à sa place, qu’il la mette dans la tête d’un extraterrestre arrivé ici par accident ou dans celle de cet ado de banlieue qui fait des compromis pour ne pas se faire rejeter. «Je tolérais aussi Pennywise et Cypress Hill, mais je trouvais ça pourri», chante-t-il sur la pièce qui ouvre l’album dans une myriade de références.

«C’est quelque chose que j’ai réussi à acquérir en vieillissant : de célébrer ce côté-là et non d’en souffrir, évoque Mudie. Quand tu es jeune, tu vas souvent niveler par le bas en faisant ce que les autres font, en disant comme tout le monde juste pour ne pas tout le temps être en train de t’obstiner ou de faire rire de toi. En vieillissant, tu te dis : “who gives a fuck?” C’est comme ça que je suis et ce n’est plus si grave. J’ai été chanceux parce que cette différence-là et la façon que j’ai eue de célébrer ça, c’est devenu comme mon gagne-pain.»

Père de famille (il a d’ailleurs interrompu une séance d’école à la maison pour accorder cette entrevue), Hugo Mudie croit d’ailleurs que l’idée de vieillir est bien relative. «J’ai un fils de 12 ans et une fille de 9 ans, détaille-t-il. C’est une affaire que je dis à mes enfants. Moi, je considère que je suis la même personne que quand j’avais 12 ans. C’est juste que j’ai grandi, j’ai vieilli physiquement, j’ai acquis de l’expérience et de nouvelles connaissances. L’illusion qu’on donne aux jeunes quand on leur dit : “Tu vas voir quand tu vas être un adulte”, je ne crois pas à ça. J’aime encore toutes les mêmes affaires que quand j’étais jeune. Je me sens aussi vulnérable et j’ai peur des mêmes choses. J’ai besoin de réconfort de la même façon.»

Il décline notamment cette réflexion dans la pièce L’exorcisme, où il évoque des craintes qui peuvent avoir la couenne dure. Ou alors dans Secondaire 4, dans laquelle le refuge contre les soucis demeure le même qu’il y a 25 ans : monter le volume de la radio et écouter The Muffs.

«À un moment donné, si on veut réussir ou juste fitter dans une vie relativement agréable, il y a des responsabilités à prendre, nuance-t-il. Là, c’est rendu moi le père. C’est à moi de rassurer mes enfants. Sauf que je me sens de la même façon qu’eux bien souvent...»

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LETTRE DE REMERCIEMENTS À THE SAINTE CATHERINES

Sur la chanson Toujours froid, Hugo Mudie revient sur le parcours de sa formation The Sainte Catherines, avec qui il a fait les 400 coups au tournant des années 2000 ici, mais aussi à l’international. Un récit pour le moins haut en couleur qu’il lance comme «une lettre de remerciements aux autres gars du band».

«C’était de partir vers l’inconnu pendant des semaines et des semaines dans des camions pour jouer partout à travers le monde… De gagner des fans un par un. C’est vraiment comme ça qu’on l’a fait. C’était pré-Internet ou dans les débuts d’Internet. Sans être trop nostalgique, parce que j’aime mieux regarder vers l’avant, je suis très fier de ça.»

Les conditions étaient difficiles, mais Hugo Mudie ne changerait rien si c’était à recommencer. «Je me demande comment je faisais, observe-t-il. Je suis quand même assez anxieux et peureux. On dirait que j’étais persuadé que c’était la façon de faire, donc je ne me posais pas trop la question. On dormait dehors l’hiver, on se faisait réveiller par la police, on volait à l’épicerie pour manger. C’était complètement ridicule! C’était une aventure pour pouvoir jouer de la musique.»  Geneviève Bouchard