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Danielle Fournier, écrivaine 
Danielle Fournier, écrivaine 

Danielle Fournier: l’amour, mais pas à n’importe quel prix

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
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«Il y a une différence entre s’abandonner à quelqu’un de bienveillant et s’abandonner à quelqu’un pour qui on devient une proie. Oui, il faut s’abandonner dans une relation amoureuse, mais pas jusqu’à accepter d’être détruite», estime Danielle Fournier. Dans Celle qui ne craint pas la joie, l’écrivaine dénonce «l’homme pervers narcissique» et les relations amoureuses toxiques qu’il sème sur son passage.

Grand-mère, mère et fille, cousine, amie ou vague connaissance, toutes les femmes ont déjà rencontré ou entendu parler du «pervers narcissique». Malheureusement, certaines tombent encore sous sa griffe, déplore Danielle Fournier, en entrevue au Soleil.

«Mon livre, je voudrais qu’il soit lu par les femmes. […] Pour que mes mots servent à éclairer ce qu’elles vivent. Souvent, comme nous n’avons pas les mots pour dire les choses, alors les choses n’existent pas. Même si on sent qu’il y a un malaise et que la relation ne marche pas.»

La voix féminine de Celle qui ne craint pas la joie témoigne de la manipulation, des insultes et des crises que son ancien amoureux «tellement gentil» tentait de lui faire oublier en offrant voyages et cadeaux superficiels. L’autrice décortique donc, en une centaine de pages, le comportement typique de ces hommes qui dénigrent leur compagne en privé, mais qui semblent tout à fait charmants en public.

Bien qu’elle pose le doigt sur des violences principalement psychologiques, Danielle Fournier met en lumière un procédé qui ressemble, à plusieurs égards, aux agissements d’un homme agressif physiquement.

«On peut toute tomber dans les escaliers, mais quand ça arrive plusieurs fois, les gens voient que quelque chose ne fonctionne pas [et peuvent tenter de venir en aide à la victime] […] Il y a des violences plus apparentes que d’autres. Si votre compagnon vous dénigre à la maison et qu’il vous fait des compliments en public, personne ne va vous croire [si vous cherchez de l’aide]»,  explique l’autrice qui dénonce vivement la violence, «peu importe la forme qu’elle prend».

L’écrivaine intègre ainsi, dans son ouvrage, de nombreuses questions sur l’amour et sur la naïveté de sa narratrice face à cette relation «pernicieuse». Mais elle s’interroge aussi toutefois sur le «discours social» entourant les victimes.

«Ce n’est qu’une mauvaise passe»; «Il avait peut-être trop bu»; «C’est parce que ça ne va pas bien au travail», etc. Des phrases comme celles-ci, Danielle Fournier en a entendu plusieurs dans les témoignages de gens qui gravitent autour d’elle.


« On n’est pas obligé de sauver les autres au détriment de sa propre vie »
Danielle Fournier


La guérison

Celle qui ne craint pas la joie est donc un récit que Danielle Fournier adresse sous forme de lettre à ce type d’homme, mais elle l’a écrit surtout pour toutes celles qui auraient oublié de s’aimer et d’être bienveillantes envers elles-mêmes avant tout.

«Je ne suis pas spécialiste ni psychologue, mais je ne pense pas que ce genre d’homme soit intéressé par l’introspection», croit l’écrivaine, qui tient aussi à spécifier que «ce ne sont évidemment pas tous les hommes qui adoptent de tels comportements».

Ses mots et son énergie, elle préfère donc les mettre sur ces victimes qui ont été considérées comme un «objet», un «faire-valoir», à un moment où elles étaient amoureuses et vulnérables.

Parce qu’il est possible de s’en sortir, de «se reconstruire» et même de faire confiance encore une fois, affirme-t-elle.

«Est-ce que, quand on a aimé un homme qui est mort, on est incapable d’aimer à nouveau? Je ne crois pas. […] On est peut-être plus prudente. Il y a une période de guérison parce qu’on sort de ce type de relation complètement démolie et détruite. Il faut donc du temps pour retrouver son identité», estime celle, qui a d’ailleurs publié, à pareille date l’année dernière, Abandons, un recueil de poésie où elle aborde une tout autre forme de guérison.