Per te. est une oeuvre perlée de tristesse, mais aussi de rires.

Daniele Finzi Pasca: le legs de la joie

Quand la maladie et la mort ont emporté Julie Hamelin, sa famille théâtrale a réagi en faisant ce qui avait toujours été sa raison d’être : un spectacle, intitulé Per te. («pour toi»). Une œuvre perlée de tristesse, mais aussi de rires et de légèreté, en hommage à celle qui fût la compagne d’aventures et l’amoureuse de Daniele Finzi Pasca.

Le public de Québec a connu l’inimitable clown dans Icaro, splendide pas de deux tout en délicatesse où Finzi Pasca choisit chaque fois un spectateur pour raconter sa fable magique, qui se déroule dans une chambre d’hôpital. 

Le spectacle fut présenté au Carrefour international de théâtre à l’invitation de Bernard Gilbert, qui en était alors directeur — et qui est maintenant directeur du Diamant. Icaro eut un tel effet qu’il fut reprogrammé l’année suivante et qu’une tournée canadienne fut organisée.

À Montréal, Julie Hamelin se trouvait dans la foule, avec ses comparses du cirque Éloize. Le coup de foudre fut professionnel, les collaborations se sont multipliées. Ils ont travaillé ensemble six ou sept ans, avant que l’amour se pointe. «Étrangement, c’est là, quelques mois après, qu’on a découvert qu’elle était malade. Notre histoire, ça a été toute une histoire, qui nous a fait passer d’un hôpital à l’autre.»

Personne, sauf certains membres de la compagnie et sa famille, n’était au courant de la bataille qu’elle faisait. Deux ans après leur mariage en 2009, ils ont fondé la compagnie Finzi Pasca, qui a continué de faire de la création à échelle humaine, tout en menant des projets vertigineux, comme les cérémonies des Jeux olympiques et paralympiques de Sotchi.

«Dans la vie, si on est chanceux, on rencontre des figures comme ça. Qui t’aident, qui te poussent. J’ai eu vraiment de la chance. On travaille dans une compagnie très soudée et ma perte était la perte de tout le monde, raconte Finzi Pasca. Ce qu’on raconte dans un spectacle comme Per te., c’est que le temps aide et qu’il faut fêter la vie.»

Même s’il est né dans le deuil, le spectacle est l’un des plus drôles que la compagnie ait fait, assure le créateur. Il raconte l’histoire d’une troupe à trois mois de la première. Du théâtre dans le théâtre, acrobatique et dansant, où les concepteurs ont sculpté l’air. Portant des armures forgées par un forgeron italien, les acrobates voient leurs mouvements emprisonnés. «Un acrobate emprisonné à l’intérieur d’une matière qui pèse 40 kilos joue d’une manière dramatiquement différente», souligne Finzi Pasca, qui voulait créer un contraste en amenant aussi beaucoup de légèreté dans le spectacle. «Avec un jeu de ventilateurs, qui peuvent créer des tourbillonnements, des vortex, de la magie, on a trouvé comment faire voler des matières de manière contrôlée autour des personnages.»

Un banc, dans le spectacle, évoque ceux de Lugano, où Daniele Finzi Pasca retrouvait ses amis par tous les temps, en grandissant, et où Julie aimait aller s’asseoir, pour réfléchir, discuter et prendre l’air. «Lorsque la ville de Montréal a décidé de nommer un parc à la mémoire de Julie Hamelin, face aux bureaux du Cirque du Soleil, la ville de Lugano a donné un banc, comme celui-là», indique le metteur en scène. Plusieurs symboles qui restaient mystérieux en Russie ou au Mexique prennent ancrage dans la réalité lorsque le spectacle est présenté au Québec, sur «la terre de Julie». «Ici, on entend des rires à des endroits où on n’en avait pas entendus encore, observe Finzi Pasca. 

Pendant deux ans, Daniele Finzi Pasca n’a pas pu jouer Icaro. «Pour un moment, après la mort de Julie, j’ai eu de la difficulté à le jouer parce que c’est quelqu’un dans un hôpital, qui dit qu’il faut toujours avoir du courage, qu’il y a toujours des possibilités. J’ai recommencé il y a un an et demi. J’ai retrouvé le plaisir de raconter cette histoire.» Pour lui, la vie et la joie l’emportent, toujours.

Per te. sera présenté au Diamant du 30 octobre au 1er novembre. Daniele Finzi Pasca donnera un entretien devant public lundi à 19h dans le foyer. L’entrée est libre, mais il n’y a que cent places disponibles.

Le metteur en scène Daniele Finzi Pasca rend hommage à son amoureuse Julie Hamelin.