«Je ne voulais pas travailler 30 heures par semaine, parce que je considérais que c’était 30 heures que je ne mettais pas sur mon projet. Mais ça donne ce que ça donne comme conditions de vie», raconte Daniel Boucher.

Daniel Boucher: retour sur «une pas pire épopée»

Se diriger vers le lavoir une poche de vêtements sales à la main… On a déjà vu plus glamour comme moment. N’empêche que ce sont dans ces circonstances exactes que Daniel Boucher a compris, il y a près de deux décennies, qu’il venait de prendre du galon dans le paysage musical d’ici.

La scène se passe en 2000, tout juste après le gala de l’ADISQ où il avait été sacré auteur-compositeur et révélation de l’année pour son album Dix mille matins. Il avait aussi offert une prestation remarquée de sa chanson La désise.

«Le surlendemain, je suis sorti de mon appartement sur la rue Ontario à Montréal avec mon panier de linge sale pour aller à la buanderie de l’autre côté de la rue… Ça s’est mis à klaxonner. Là, il s’était passé de quoi. C’est là que ç’a changé», résume le principal intéressé.

Son premier album ayant célébré son 20e anniversaire le mois dernier, Daniel Boucher a choisi de marquer le coup. Il y a d’abord cette compilation, 20 ans d’une pas pire épopée (une référence à sa pièce Boules à mites), qui arrivera dans les bacs le 22 novembre. Il y a aussi ce spectacle qu’il prépare en vue de la saison des festivals et qui revisitera les titres de Dix mille matins et ses plus grands succès.

«J’ai une couple d’éléments scéniques en tête. On va voir si c’est réalisable pour nous autant que pour les festivals. J’aimerais ramener quelques éléments de l’époque...» laisse entendre l’auteur-compositeur-interprète. Parce que cette époque, elle a été importante pour Daniel Boucher, qui n’hésite pas à avancer que Dix mille matins a changé sa vie. Pourtant, la route a été longue. Et c’est un peu tout ça qu’il a documenté dans cet album, qui a marqué les imaginaires.

Un espoir, une guitare
Quand il a choisi la voie de la musique, Boucher a quitté ses études en génie civil pour se consacrer entièrement à son rêve. Pas question non plus de se trouver un emploi pour celui qui s’est tourné vers l’aide sociale afin de ne pas avoir à diluer ses efforts de création. «Je ne voulais pas travailler 30 heures par semaine, parce que je considérais que c’était 30 heures que je ne mettais pas sur mon projet. Ça me ralentissait. Mais ça donne ce que ça donne comme conditions de vie», décrit le chanteur à propos de cette période de sa vie à la fois créative et trouble.

«Moi, ce que je voulais, c’était être un auteur-compositeur, reprend-il. Je ne voulais pas aller à l’université pour étudier le jazz. Fallait que je reste chez nous et que j’écrive des tounes. Mais, en même temps, il faut vivre. Il y a eu toute cette remise en question. Ç’a été des années qui ont été difficiles sur le plan de l’apparence sociale. J’étais déjà rendu à la mi-vingtaine. J’avais des chums qui étaient mariés, qui avaient des enfants, qui avaient une job, une maison. Moi, je n’avais rien. J’avais juste un espoir, une guitare sèche, du papier et des crayons.»

Daniel Boucher estime que son premier grand succès, La désise, est né de ce contraste. La chanson n’est pas sa première à avoir été envoyée aux stations de radio. Même qu’on lui avait semble-t-il déconseillé de miser sur cette pièce de près cinq minutes qui commence par la phrase «Je suis un crotté...». Daniel Boucher a fait à sa tête, tout comme il l’avait fait quand on lui avait suggéré de couper le désormais célèbre segment «Ma gang de malades, vous êtes donc où?», qui vient clore la chanson. L’avenir lui a donné raison quand La désise s’est imposée comme une locomotive vers le grand public.

«Quand l’album est sorti, il y a eu un petit buzz de milieu, d’industrie, note Daniel Boucher. Il y a eu un petit buzz médiatique, ce qu’on appelle un succès d’estime. Les proches, la famille et les amis l’ont écouté. Il y a une couple de connaisseurs de chansons qui fouillaient un peu plus qui ont tripé. Mais ç’a pris plusieurs mois avant que le grand public découvre cet album-là. Pendant plusieurs mois, ç’a été un album pour les fouilleux

Dix mille matins s’est vendu à quelque 115 000 exemplaires, note Daniel Boucher, qui a un peu l’impression d’avoir vécu, au tournant des années 2000, la fin d’un âge d’or de l’industrie musicale, avant que les habitudes d’écoute ne se tournent vers le numérique.

«Mais déjà, quand je suis arrivé, ce n’était plus ce que ça avait été. Les gars qui sont arrivés cinq ans avant moi, Éric [Lapointe] et Kevin [Parent], eux autres, ils l’ont eu. Moi, je suis arrivé à la fin 1999. On a fait de bonnes ventes, quand on pense à ça aujourd’hui. C’est devenu rare...» observe celui qui aime bien prendre son temps et qui continue de laisser mûrir les chansons qui donneront suite à Toutte est temporaire, paru en 2014.

«Ce qui est le fun avec ce métier-là, c’est que si tu prends de l’âge et que tu travailles un peu, tu t’améliores, croit-il. Ce n’est pas comme dans le sport professionnel où à un moment donné, ton corps ne suit plus. Il y a une espèce de souplesse qui se pogne dans la guitare, dans la voix… Et j’espère dans l’écriture.»

D’ici à l’annonce de sa tournée «20 ans d’une pas pire épopée», Daniel Boucher se produira en solo à La Chapelle le 29 novembre.