Cœur de Pirate a fait sienne la scène, l’arpentant une fois et une autre, sautillant, marchant à reculons, étirant la jambe ou avec de petites chorégraphies.

Cœur de Pirate à l’abordage des cœurs [VIDÉO]

CRITIQUE / Dix ans déjà que Cœur de Pirate fait partie du paysage musical québécois. À l’aube de la trentaine, la chanteuse démontre une maturité et un naturel qui ont été à l’honneur, dimanche soir, dans une place George-V remplie presque à pleine capacité de gens de toutes générations. Tous ces fans ont fait la fête à leur idole et vice-versa.

Vêtue de blanc de pied en cap, comme ses musiciens, avec en plus un piano immaculé — on se serait cru dans une pub de lait — la jeune chanteuse s’est donnée à fond. Elle a fait sienne la scène, l’arpentant une fois et une autre, sautillant, marchant à reculons, étirant la jambe, se mettant parfois à genoux, alliant petites chorégraphies et amples gestes des bras à ses chansons.

Sa reprise de Wicked Games, de Chris Isaak, a donné lieu à un très beau moment, elle qui a fait des amours torturés et toxiques son fonds de commerce. Idem pour les deux solos livrés au piano, Francis et la touchante Place de la République, composée après avoir eu «un kick sur une personne», une idylle qui a finalement été «très courte, comme la plupart de mes histoires».

L’auteure-compositrice-interprète s’est faite généreuse, offrant plus d’une vingtaine de chansons de son répertoire, dont plusieurs issues de son dernier album, En cas de tempête, ce jardin sera fermé, comme Je veux rentrer, Dans la nuit et Malade.

En milieu de parcours, la jeune chanteuse a innové en offrant des versions remaniées de St-Laurent, Carte blanche et Amour d’un soir, chanson qui en fait bouger plus d’un. «J’aime réarranger mes chansons. J’aime à peu près tout, un peu comme en amour...»

Le son en provenance de la scène des Plaines, gracieuseté de Twenty One Pilots, s’est légèrement invité dans les rares passages plus doux, mais rien de trop dérangeant. On imagine un peu le désagrément la veille lors du spectacle de Claude Dubois...

Après avoir remercié la foule enthousiaste pour son appui depuis une décennie — «je ne pensais jamais me rendre jusqu’ici» — c’est sur l’excellente Oublie-moi (ce qu’on peut aimer cette chanson) et Prémonition que la jeune artiste a tiré sa révérence, avant un rappel fait de Dans la nuit et Ne m’appelle pas.

«Je ne serai jamais très loin, vous ne vous débarrasserez pas de moi», a-t-elle conclu, au grand bonheur de la foule.

U.S. Girls

Quelques poignées de spectateurs ont salué le rendez-vous déconcertant de la formation U.S. Girls.

C’est à un rendez-vous plutôt déconcertant auquel le public a été convié, un peu plus tôt, avec la performance de Meghan Remy, du groupe U.S. Girls, formé de cinq… gars et d’une chanteuse-choriste complice.

L’ex-punk, habillée d’une robe aux motifs très années 70, a livré un show où les mouvements et déhanchements étrangement robotiques ont fait corps avec ses airs pop-glam rock.

Le clou du spectacle a certainement été sa longue promenade sur la Place George-V, pieds nus, au rythme d’un long, très long solo tribal de batterie et de tam-tam. La chanteuse s’est rendue jusqu’à la tente de la régie technique, tenant par la main un agent de sécurité, avant d’aller piquer une jasette avec une fillette. On a cru un moment la dame partie sur Grande-Allée...

Quelques poignées de spectateurs ont salué son audace; pour les autres, on ne savait plus trop...

Elliot Maginot

Comme premier amuse-gueule de la soirée, les festivaliers ont eu droit à une belle performance du jeune Elliot Maginot, 31 ans, de son vrai nom Gabriel Hélie-Harvey. Le natif de Saint-Hyacinthe, venu au Festival d’été il y a quatre ans, a déployé avec belle sobriété une dizaine de chansons de ses deux albums. 

Des sonorités aériennes, des textes souvent touchants (on pense à The Weight, notre coup de cœur), une voix aux intonations rappelant Peter Gabriel et Phil Collins, autant d’éléments qui témoignent d’un talent à surveiller de près.