La compétition entre les grandes chaînes du câble et les géants d’Internet a débouché sur une myriade de séries plus sophistiquées les unes que les autres, souvent mieux produites et plus onéreuses que nombre de films, notamment «La servante écarlate».

Culture pop des années 2010: la révolution du «streaming»

NEW YORK — Chaque année qui s’achève apporte son lot de classements culturels : meilleurs films, livres, albums. Et les décennies n’échappent pas à la règle. Alors quand il s’agit de se lancer dans une rétrospective des 10 dernières années, la tâche peut paraître au mieux ardue, au pire impossible.

De la révolution engendrée par la baladodiffusion à la destruction des barrières entre les genres musicaux, voici plusieurs éléments clés des années 2010.

Génération streaming

Début 2010, Spotify avait moins d’un million d’abonnés, Netflix un peu plus de 12 millions, et l’écoute en continu sur les plateformes numériques était davantage une curiosité qu’un phénomène.

Dix ans plus tard, la plateforme musicale a 248 millions d’utilisateurs et Netflix, plus de 158.

Télévision, musique et même cinéma ont été transformés par l’émergence de ce nouveau mode de consommation qui permet d’accéder à tout, à tout moment.

Plateformes audio et vidéo font et défont des carrières musicales, reléguant disques et téléchargements au rang de niches.

YouTube a pris une place déterminante dans le paysage de la musique et du divertissement en général, au point de façonner les goûts de la génération post-millénariaux.

La généralisation du câble, puis l’émergence de la fibre, et le déploiement progressif du réseau 4G ont levé les obstacles technologiques à l’écoute en continu de masse, qui rendaient impossible une telle consommation il y a 10 ans.

Les nouvelles capacités offertes par les opérateurs ont aussi bouleversé l’industrie des jeux vidéo, avec la généralisation du jeu en ligne à plusieurs, qui a aussi favorisé l’émergence du sport électronique.

Et le mouvement s’accélère même, avec les débuts aux États-Unis en 2019 de la 5G, qui doit notamment permettre d’éviter la saturation du réseau.

L’écoute en continua accompagné la migration des utilisateurs depuis télévisions et ordinateurs vers les téléphones intelligents, désormais supports principaux de consommation des contenus audio ou vidéo, séries, films, sport, informations, musique ou jeux.

Vive l’écoute en rafale

À une époque, regarder votre émission télévisée préférée relevait presque du rendez-vous chez le médecin. Il fallait être devant l’écran du salon à une heure bien déterminée.

Grâce à Netflix, Hulu, Amazon et les autres, on consomme maintenant jusqu’à l’épuisement les épisodes de ses séries préférées où l’on veut et quand on veut.

Et de cette compétition entre les grandes chaînes du câble et les géants d’Internet a débouché une myriade de séries plus sophistiquées les unes que les autres, et souvent mieux produites et plus onéreuses que nombre de films.

Le trône de fer, la saga médiévale-fantastique lancée en 2011, est le premier nom qui vient à l’esprit. Sexe, violence et dragons ont captivé les masses, saison après saison. À grand renfort de conventions et de marketing, la série est devenue un phénomène de société.

Mais il y en a eu pour tous les gouts dans les années 2010.

Breaking Bad, l’histoire d’un professeur de chimie atteint d’un cancer et reconverti en revendeur de méthamphétamines, a pris fin au début de la décennie.

L’avenir politique lugubre de La servante écarlate a également trouvé son public, inspirant des déguisements à des manifestants aux quatre coins du monde.

Côté comédie, Une famille moderne, Veep : vice-présidente et Mme Maisel, femme fabuleuse ont charmé les spectateurs, qu’ils soient devant leur téléphone, leur ordinateur ou leur télé.

Le règne Disney

Durant son âge d’or, Hollywood était dominé par le Big Five, les cinq grands studios. En regardant les chiffes du box-office de nos jours, on peut parler de Big One : Disney.

Près d’un dollar sur trois généré par l’industrie du cinéma cette année est allé dans les poches de Mickey, pour un total de 10 milliards $US dans le monde entier.

Et encore, ce chiffre ne prend pas en compte le nouveau La guerre des étoiles, L’ascension de Skywalker, qui sort juste avant Noël.

Ce tour de force n’est pas le résultat du hasard.

Le pdg de Disney, Bob Iger, a passé la décennie à racheter à coups de milliards de dollars des grands studios, pour donner vie aux fantasmes les plus fous de tous les geeks (et s’assurer la présence de six films dans les dix plus gros succès commerciaux de tous les temps).

Après le rachat en 2009 de Marvel et de son appétissant catalogue de super-héros (Avengers: Phase finale est devenu le film le plus lucratif de l’histoire), il a ajouté Lucasfilm (La guerre des étoiles) en 2012 et Fox (la franchise X-Men et les suites à venir d’Avatar de James Cameron) en 2019.

En plus de tout cela, Disney a décidé de donner une nouvelle vie à son catalogue, à grands coups de reprises (Aladdin, Le roi lion, etc.), pour le plaisir des plus petits... et des plus nostalgiques.

Rap et country

Un des plus gros tubes de rap de cette fin de décennie est un morceau de country enregistré par un jeune homosexuel noir d’Atlanta — Old Town Road. Un bon résumé de ces dernières années, où le show-business et les institutions culturelles se sont ouvertes à ce qui n’est pas forcément blanc, masculin et hétérosexuel.

Autre héros inattendu du monde de la musique : la K-Pop, cette pop coréenne clinquante et ultra-rythmée, qui s’est imposée. Le tube Gangnam Style, qui a fait le tour de la planète en 2012, en est l’un des représentants les plus célèbres.

Le reggaeton et les mélanges des genres sud-américains, entre rap et pop latine, ont pris d’assaut les pistes de danse du monde entier sous l’impulsion du mégahit Despacito (2017), le clip le plus regardé sur YouTube avec plus de 6,5 milliards de vues.

La série télévisée Transparent a changé à jamais la représentation des personnes transgenres à la télévision, alors que le super-héros africain de chez Marvel La panthère noire est devenu, grâce aux adaptations de ses aventures sur grand écran, un véritable phénomène de société.

Et en 2016, le mouvement  #OscarssoWhite a demandé plus de diversité à l’Académie des arts et sciences du cinéma, qui a annoncé une série de mesures pour élargir l’origine de ses plus de 6200 membres votants.

Les nouvelles reines de la musique

Beyoncé est sans aucun doute la vedette de la décennie, avec notamment à son actif des concerts à Coachella et à la mi-temps du Super Bowl, deux grossesses ultramédiatisées et une apparition dans la nouvelle version du «Roi lion».

Dans le monde sans pitié de la musique, il ne suffit plus d’avoir une voix, de bons arrangements et de belles paroles.

Pour arriver tout en haut, il vous faudra également une marque de vêtements, une ligne de cosmétiques ou une présence accrue sur les réseaux sociaux (liste non exhaustive et non contractuelle).

À cet égard, Beyoncé est sans aucun doute la star de la décennie, avec notamment à son actif des concerts à Coachella et à la mi-temps du Super Bowl, deux grossesses ultramédiatisées et une apparition dans la nouvelle version du Roi lion.

Accessoirement, elle dirige sa marque Ivy Park, a décroché un partenariat avec Adidas, a réalisé un documentaire et s’est servi de ses déboires conjugaux avec son Jay-Z de mari pour produire un album, Lemonade, énorme succès populaire et critique.

«Plus je vieillis, plus j’ai conscience de ma valeur», a-t-elle expliqué au début du mois au magazine Elle.

Et elle n’est pas seule. En plus de ses succès commerciaux (Work), Rihanna a amassé une petite fortune grâce à ses marques de maquillage et de lingerie, et s’est même associée à LVMH.

Taylor Swift a, quant à elle, ramassé la bagatelle de 10 Grammys depuis 2010, a lancé une kyrielle de parfums et s’est lancée dans une bataille pour récupérer le droit de ses enregistrements.

Chacune d’entre elles pèse plus de 300 millions $...