Crépuscule: dompter les orages

CRITIQUE / Avec les orages qui ont déferlé sur la ville en soirée, les éléments faisaient pleinement partie du décor à la première du spectacle Crépuscule - Vents et marées. Il y avait quelque chose d'éminemment beau à voir des acrobaties ponctuées d'éclairs, sous un rideau de pluie, effectuées par de vrais battants.
Lorsque Flip FabriQue disait vouloir braver la pluie en utilisant de l'eau sur scène pour son troisième spectacle à l'Agora, ce n'était pas des paroles en l'air... Après un numéro de doubles mâts chinois où les 13 acrobates semblaient braver de gigantesques bourrasques de vent (fictives, celles-là) en accumulant les chaînes humaines, les portées et les sauts, ils se sont plongés tout entier dans le bassin d'eau à l'avant de la scène. Les mouvements de danse et les jongleries, alors que les éclairages se reflétaient dans l'eau qui fusait dans l'air, créaient une scène surréelle, très libre, qui donnait le ton pour la suite. Adam Strom a livré son numéro de roue allemande en plongeant et replongeant dans l'eau avec beaucoup d'aisance, ce qui donnait un nouveau souffle inattendu à cette discipline.
Si toutefois la pluie ne s'était pas mise de la partie, ça en aurait été fait de la partie «mouillée» du spectacle. L'eau devient ensuite métaphorique, simulée par un grand plastique que les interprètes agitent pour créer des vagues ou transformée en patinoire pour une partie de hockey.
L'ensemble a beau flotter dans un univers éthéré et intemporel, où les acrobates, comme des naufragés, s'échangent des bouteilles à la mer, le metteur en scène Olivier Lépine s'est permis quelques clins d'oeil comiques ; une sauveteuse avec de l'attitude, des couples arborant masques et tuba et dansant sous la pluie, cette partie de hockey qui introduit le duo de patins à roulettes de Myriam Lessard et Mathieu Cloutier.
En voyant les deux interprètes tournoyer à toute allure en patins sur un bloc lui-même sur roulettes, sous la pluie battante, on mesurait tout le risque que prenaient les interprètes en bravant les éléments. L'exécution sans faille n'en semblait que plus relevée. Même chose pour le numéro de cadre coréen, avec Camila Comin et Francis Roberge, exécuté finement malgré les éléments qui se déchaînaient autour d'eux. 
Les numéros de groupe, dont les anneaux chinois et trampo-mur réinventé en fin de programme, étaient comme toujours avec Flip FabriQue extrêmement dynamiques et inventifs. Il y a eu quelques accrocs lors du numéro des anneaux (sitôt qu'un interprète accroche un anneau, celui-ci se détache, ce qui ne pardonne pas), mais vu la somme considérable de sauts et de vrilles que comprenait la séquence, on passait facilement outre. La troupe a su réinventer sa discipline signature en ajoutant des mâts près du trampoline et en s'accrochant au cadre de scène, les pieds suspendus dans le vide, pour se déplacer au-dessus de lui. 
Trame sonore ondoyante
Tout au long du spectacle, la musique composée par Josué Beaucage et jouée en direct, par Pierre-Emmanuel Beaudoin (à la batterie) et Christian Poirier (à la guitare et à la basse), offre une trame sonore ondoyante aux percussions et aux cordes très présentes. Sa présence est parfois si forte qu'elle nous fait vibrer le sternum, mais elle sait aussi envelopper les acrobates dans les moments tendres et les accompagner avec fougue dans leurs jeux plus étourdissants. Un morceau au piano, pendant un numéro d'équilibre d'Irina Naumenko, donnait l'impression que les figures parfaites de l'acrobate constituaient quelque ballet aquatique.
La pluie d'été, avec toute sa fureur, sied bien à l'énergie de ce nouveau chapitre de Crépuscule. S'en est presque à se demander à quoi aurait ressemblé le spectacle sans elle...
Vents et marées sera présenté gratuitement du mardi au dimanche à 20h30 jusqu'au 20 août, et à 20h du 22 août au 3 septembre, à l'Agora du Port de Québec.