Comme le dit bien le titre, Crashing, Pete (Pete Holmes), le héros, passe son temps à s’écraser : sur scène, sur le canapé d’autres humoristes qui l’hébergent temporairement, ou dans sa vie amoureuse.

Crashing, l’univers impitoyable du stand-up

NEW YORK — Bides, humiliations et difficultés financières, c’est l’envers du décor du stand-up, un genre très américain en plein renouveau décrit par la série Crashing, où les humoristes tentent de survivre accrochés à leur bien le plus précieux : le rire.

D’autres se sont déjà essayés à l’exercice, de Seinfeld à Louie, mais nul n’était allé si loin pour dépeindre la précarité de cet univers que cette série produite par HBO, dont la deuxième saison débute dimanche.

Elle est coproduite, coréalisée et coécrite par Judd Apatow, producteur, humoriste et scénariste à succès, qui a notamment mis en scène 40 ans, toujours puceau et lancé la série Girls.

Comme le dit bien le titre, Crashing, Pete (Pete Holmes), le héros, passe son temps à s’écraser : sur scène, où il vit quelques grands moments de solitude, sur le canapé d’autres humoristes qui l’hébergent temporairement, ou dans sa vie amoureuse, avec un mariage qui s’achève brutalement.

Alors qu’il se débat, seul sur la scène d’un de ces fameux clubs new-yorkais, dans un sous-sol aux murs de briques rouges, une spectatrice moqueuse lui lance, un soir : «C’est pénible. Pas pour toi?»

«Quand nous recréions des situations, je me disais : je ne sais pas si je pourrais encore passer par cette humiliation», expliquait Pete Holmes lors d’un entretien en marge du tournage de la seconde saison, à New York, en juillet.

«C’est difficile de trouver la gnaque», dit celui dont l’histoire personnelle a largement inspiré celle de son héros. «Je suis content de l’avoir fait à l’époque, parce que j’avais une telle énergie...»

Nouvel engouement

Le stand-up a explosé aux États-Unis durant les années 70 mais remonte au XIXe siècle, voire plus tôt. Aujourd’hui, grâce notamment à la plateforme vidéo YouTube, il bénéficie d’un renouveau et d’un engouement inédit.

Le genre consiste à évoquer des questions de société ou des sujets de la vie quotidienne lors d’un spectacle en continu, sans coupure, ponctué de punch lines, des phrases censées déclencher les rires.

Dans ce parcours du combattant, où il faut parfois briller en une poignée de secondes, à une heure indue, et gratuitement, Pete enchaîne les situations embarrassantes.

Son profil atypique de chrétien fervent et son humour clean, sans grossièreté ni vulgarité, en font aussi un personnage complètement décalé parmi les humoristes new-yorkais cyniques et corrosifs.

Mais il découvre, sa candeur en bandoulière, que malgré la concurrence, la scène du stand-up est marquée par l’humanité et l’entraide.

«Les gens pensaient que c’était faux, qu’on exagérait, mais c’est vrai», explique ce géant de 38 ans, à l’allure dégingandée, qui assure avoir bénéficié de multiples coups de main lorsqu’il était encore anonyme.

Pete dénote dans ce milieu de névrosés, qui lui enseignent l’obsession du travail, du perfectionnisme, de la répétition.

«Les gens ne se rendent pas toujours compte que les humoristes sont des dingues qui passent leur temps à refaire la même chose», s’amuse Pete Holmes.

Crashing surfe sur cette nouvelle vague de popularité du stand-up. HBO, Showtime ou la chaîne satirique Comedy Central offraient déjà un plateau aux humoristes, mais l’arrivée de Netflix qui les arrose de millions de dollars pour venir amuser sur sa plateforme a donné un coup d’accélérateur aux specials, les spectacles de stand-up filmés.

La série d’Amazon The Marvelous Mrs. Maisel, une femme au foyer se découvrant un talent pour le stand-up à la fin des années 50, a même remporté le 7 janvier deux Golden Globes : meilleure série comique et meilleure actrice dans une série comique pour Rachel Brosnahan.

«Avant, l’objectif, c’était d’avoir son sitcom», explique Judd Apatow, interrogé avec Pete Holmes mi-juillet. «Vous vouliez être Roseanne», dit-il, en référence à Roseanne Barr, héroïne et scénariste de la série éponyme, phénomène d’audience au tournant des années 90 et qui revient en mars avec de nouveaux épisodes.

Il y a 10 ans seulement, faire du stand-up «n’était pas aussi bien accepté qu’aujourd’hui», souligne Pete Holmes. Maintenant, «il y a toutes ces destinations possibles, YouTube, Netflix, et beaucoup de façons de se faire connaître».