Corteo du Cirque du Soleil ne perd rien de sa chaleur humaine dans les grands espaces du Centre Vidéotron.

Corteo: la mort lui va si bien...

CRITIQUE / En 2005, lors de son passage dans la capitale sous le chapiteau du Cirque du Soleil, «Corteo» avait séduit par sa poésie, son onirisme et sa beauté surannée. Des acrobaties, certes, mais un spectacle qui cultivait une chaleur humaine, une proximité. La proposition allait-elle être dénaturée en se mesurant aux grands espaces d’un aréna? Après la première de jeudi soir au Centre Vidéotron, force est d’admettre que non.

Imaginé par Daniele Finzi Pasca, Corteo («cortège» en italien) nous amène dans l’imaginaire du clown Mauro, rêvant qu’il assiste à ses propres funérailles. On y chante, on y danse, on y rit, on y fait du théâtre et moult acrobaties… Et on en ressort se disant qu’on aimerait tous avoir autant de plaisir que lui en passant de vie à trépas!

Dans cette joyeuse procession funèbre défilent des personnages de fête foraine à l’ancienne, des gamins turbulents qui font des trampolines avec des lits, des anges serviables ou taquins, des arlequins jongleurs, une as du cerceau, un équilibriste qui fait de la magie avec une échelle, un gentil géant, des Lilliputiens amoureux et des musiciens délurés. Et quand ça déroge trop au décorum, un Monsieur Loyal sévère (mais qui sait siffler comme un rossignol!) s’assure de ramener l’ordre. Irrésistible pivot de ce rassemblement, le clown tout sauf triste Mauro anime la foule en se faisant aussi drôle qu’attendrissant (quand il tente d’apprivoiser ses ailes toutes neuves ou lorsqu’il revisite son enfance, par exemple).

Il se dégage de l’ensemble un esprit de groupe qui donne le ton au spectacle, alors que les membres du cortège sont souvent rassemblés sur scène pour assister aux prouesses des uns et des autres ou pour unir leurs voix afin donner encore plus de corps à la trame sonore, interprétée en direct comme c’est la tradition au Cirque du Soleil. À l’inverse, on apprécie aussi de Corteo qu’il ait dérogé à une certaine esthétique propre à la compagnie en nous laissant vraiment voir les interprètes, qui ne sont pas dissimulés sous des tonnes de maquillage.

Poésie et acrobaties

En explorant la symbolique des rituels, Corteo mise souvent sur la poésie. Mais ses créateurs n’ont pas sacrifié pour autant l’aspect acrobatique. On pense à ce segment vertigineux exécuté sur trois lustres, à cet étincelant numéro de sangles aériennes ou à ce périlleux exercice aux barres (le risque de collision semble grand!) baptisé Tournik et qui vient clore la soirée.

Si la magie avait opéré sous le chapiteau, elle n’a pas trop souffert (outre la pollution sonore, qui s’invite presque inévitablement au Centre Vidéotron…) de son nouveau domicile. Avec un public installé de part et d’autre de l’aire de jeu, la configuration réduite de la salle permet de créer une certaine intimité. Nous avons ainsi pu renouer avec ce tableau magnifique lors duquel la minuscule Valentina, suspendue à des ballons gonflés à l’hélium, va faire un petit coucou aux spectateurs. Il aurait été dommage de s’en passer!

Corteo est présenté jusqu’à dimanche au Centre Vidéotron.