Dans Corps gravitaires, la chorégraphe de Québec Geneviève Duong explore le corps comme un élément dans l'espace.

Corps gravitaires et beauté brute: de l'introspection à l'exagération

Le centre chorégraphique La Rotonde conviait mercredi le public à découvrir des oeuvres de chorégraphes de la relève. Entre l'excès d'introspection et l'excès d'exagération, nous avons eu droit à des pièces qui ne manquaient pas d'intérêt, mais certainement de nuances.
Dans Corps gravitaires, la chorégraphe de Québec Geneviève Duong explore le corps comme un élément dans l'espace. Le solo d'ouverture, interprété par la charismatique Odile-Amélie Peters, est prometteur. Son corps ondule comme une vague, sa présence est forte. Les deux autres danseuses Lila-Mae Talbot et Amélie Gagnon entrent ensuite en scène. Les trois interprètes s'approchent, puis s'éloignent soudainement comme des aimants. Belle interaction des danseuses entre elles, les trois s'appuyant les unes sur les autres. Les positions effectuées sont complexes et bien maîtrisées.
Le violoniste de l'Orchestre symphonique de Québec Inti Manzi est sur scène avec elles pour les accompagner au son de son instrument. La présence du musicien aurait pu être mieux exploitée. La musique composée par Benoît Fortier est lourde en général. L'éclairage et les costumes sont sombres. Les danseuses se meuvent devant nous, parfois le regard vide. La recherche chorégraphique est essentielle, mais il faut aussi qu'elle trouve écho chez le spectateur, ce qui n'était pas le cas ici. 
Après cet univers obscur, la pièce Beauté brute du Collectif La Tresse de Montréal nous est apparue comme une bouffée d'air frais. Deux danseuses prennent d'abord place à plat ventre. Elles bougent leur corps tels des serpents au son de gouttes d'eau. Une troisième vient les rejoindre. Elles sont vêtues de couleur claire. Les mouvements rappellent ceux d'un animal. On décèle même un clin d'oeil au faune de Nijinski. Aussi, l'influence de la technique Gaga, mise au point par Ohad Naharin et qu'ont étudiée les trois danseuses Geneviève Boulet, Erin O'Loughlin et Laura Toma à Tel Aviv.
Une musique rap vient casser le rythme. Les danseuses incarnent leurs personnages, synchronisent leurs lèvres aux paroles de la chanson. L'effet est original, fait sourire.
Contrairement à la pièce précédente, les interactions physiques sont minimes dans Beauté brute. Mais les danseuses ont chacune beaucoup de personnalité. Elles prennent souvent des positions un peu cliché à la fin d'une séquence de gestes saccadés. Elles assument leur féminité, se plaçant comme des modèles du peintre Botticelli. 
L'ensemble est innovateur, mais va un peu dans toutes les directions. De la musique techno au rap, en passant par le classique, des gestes rappelant l'animal aux positions plus classiques, on s'y perd un peu. On sent que les interprètes, aussi chorégraphes, ont voulu en mettre trop dans cette oeuvre. Mais leur originalité sera payante avec davantage d'expérience, croit-on.
Corps gravitaires et Beauté brute sont présentées de nouveau jeudi et vendredi, 20h, à la salle Multi de Méduse.