Jean-François Cooke et Pierre Sasseville ont notamment livré l’œuvre d’art public extérieure du Centre Vidéotron, «La rencontre».

Cooke et Sasseville: artistes investis, citoyens allumés

RETOUR SUR 2017 / Ces artistes de Québec ont marqué l’année de belle façon, chacun dans leur domaine. Découvrez quel bilan ils tirent de l’année qui se termine, leurs coups de cœur et ce que 2018 leur réserve. Aujourd’hui: le duo d’artistes Cooke-Sasseville et Line Ouellet, directrice du Musée national des beaux-arts du Québec.

Artistes investis et citoyens allumés, Jean-François Cooke (JFC) et Pierre Sasseville (PS) en ont long à dire sur la ville et la société dont ils font partie. L’art, pour eux, est une manière de poétiser des idées, de lancer des questions et de s’ancrer dans l’espace public. 

Le duo d’artistes visuels de Québec a notamment livré l’œuvre d’art public extérieure du Centre Vidéotron, La rencontre, une élégante et monumentale sculpture montrant deux cerfs en équilibre — ou un jeune animal qui découvre son reflet — un arrêt sur image qui peut enchanter, mais aussi susciter de riches interprétations. Sur le socle, les observateurs reconnaîtront les motifs de lames de patins caractéristiques des balcons de Limoilou. Les philosophes évoqueront Narcisse, la ronde des saisons, voire le veau d’or…

On a beaucoup mentionné que l’œuvre de 1,12 million $ était la plus coûteuse de l’histoire du Québec. En oubliant presque l’amphithéâtre flambant neuf qui a été érigé au coût de 400 millions $...

En février, le duo a aussi rejoint l’écurie de la dynamique Galerie 3, où leur travail récent ouvrira l’année 2018.

› Votre plus beau souvenir de 2017

JFC La journée de l’installation de La rencontre. L’intensité était dingue, avec les journalistes et les gens qui suivaient le projet sur la route. Habituellement, on installe et c’est tranquille, là c’était surréaliste. On avait dit au maire que ça allait être «toute une parade» sur l’autoroute et sur les ponts, et il est allé répéter ça devant les médias, donc les gens ont pris ça au pied de la lettre. Les gens nous appelaient pour nous demander où passerait la parade!

› Votre coup de cœur de 2017

PS Le Festival de cinéma de la ville de Québec, qu’on a découvert comme membres du jury en 2016 et qu’on a fréquenté comme cinéphiles cet automne. C’est un évènement qui prend du gallon chaque année, qui a atteint une belle maturité et qui n’est pas élitiste. Les projections gratuites, l’animation extérieure, c’est vraiment cool. Que le projet du Diamant soit enfin lancé, qu’on laisse de côté tous les débats sur le financement, c’est une bonne nouvelle aussi.

› Ce qui vous a déçu en 2017

JFC La suite de la désillusion amenée par l’élection de Donald Trump. Toutes les semaines, on attend la frasque. On pensait que l’Amérique n’allait pas valider ses choix, mais son côté téflon de milliardaire lui donne tous les passe-droits. On se demande vraiment jusqu’où on peut aller avant de se faire montrer la porte.

PS Qu’on soit encore obligé de justifier que l’argent placé en culture n’est pas une dépense, mais un investissement collectif, qui a été démontré par un paquet d’économistes. On l’a vécu avec La rencontre, mais c’est omniprésent, pour chaque projet. Au lieu de parler de l’œuvre, on justifie le budget et on parle du processus de sélection et des matériaux.

› Ce que vous attendez de 2018

PS On a remporté un concours [d’art public] à Edmonton. On a trois expos solos qui s’en viennent, en janvier à Québec à la Galerie 3, puis à L’Écart à Rouyn-Noranda et au Centre national d’exposition à Jonquière.

JFC Personnellement, je fais le même souhait chaque année, j’aimerais que l’humanité me prouve qu’on n’est pas des parasites.

› Votre souhait pour Québec (la ville) en 2018

PS J’aimerais que les gens réalisent qu’ils se font un peu berner. Les radios font la promotion d’un 3e lien à un auditoire captif pris dans le trafic. Il y a un conflit d’intérêts flagrant.

JFC Que l’opposition [au conseil municipal de la Ville de Québec] parle seulement de 3e lien et d’automobile, c’est complètement rétrograde et égocentrique. On est censé avoir les yeux ouverts et faire en sorte que ça change. Si je résume, je voudrais qu’à Québec on continue de faire la promotion de la culture et qu’on envisage l’avenir de façon écologique et durable.

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L'ANNÉE FRUCTUEUSE DE LINE OUELLET

Line Ouellet, directrice et conservatrice en chef du Musée national des beaux-arts du Québec

Année fructueuse que 2017 pour Line Ouellet. La directrice et conservatrice en chef du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) a pu récolter les dividendes de l’ajout du superbe pavillon Lassonde. Le lieu a accueilli, entre autres, la rétrospective du créatif photographe Philippe Halsman et la fascinante Mitchell/Riopelle – Un couple dans la démesure. Mme Ouellet en a aussi profité pour mettre la table pour deux expositions d’envergure en 2018 : Giacometti et Berthe Morisot.

› Quel est votre meilleur souvenir de 2017?

Avoir participé à l’ouverture de l’exposition Giacometti à la Tate Modern de Londres et avoir eu l’occasion de rencontrer personnellement Nick Serota, le directeur de Tate Museums and Galleries depuis 1988, qui terminait son mandat après avoir créé la Tate Modern, fut pour moi un grand moment de 2017, un réel privilège. Cet homme a contribué à faire de Londres un haut lieu de l’art contemporain et à créer un engouement incroyable pour ce formidable musée auprès du grand public. Le travail de M. Serota a été pour moi une source d’inspiration, un modèle inspirant dans la vision du complexe muséal du MNBAQ.

› Votre coup de cœur cette année?

La découverte de l’œuvre Chasse interdite de Joan Mitchell, un quadriptyque de plus de 7 m prêté par le Centre Pompidou, juste après son accrochage aux cimaises du Musée, j’en ai eu les larmes aux yeux... Une émotion esthétique de ce niveau n’arrive pas souvent, même pour quelqu’un qui fréquente l’art quotidiennement. Ce sont ces moments d’exception qui font que l’art est si précieux dans nos vies. 

› Une déception en 2017?

Ne pas avoir eu assez de temps pour faire du ski! Ouvrir un nouveau complexe muséal n’est pas de tout repos! Cela vaut pour moi et pour les formidables équipes du Musée et de sa Fondation avec qui je souhaite partager cette reconnaissance! 

› Qu’est-ce que vous réserve 2018?

Faire plus de ski, je l’espère! Mais aussi faire vivre de grands moments tout au long de cette année qui marquera le 85e anniversaire du MNBAQ! J’ai particulièrement hâte de voir comment va se matérialiser l’audacieuse proposition d’architecture éphémère des étudiants de l’École d’architecture de l’Université Laval, qui va conclure en beauté le cycle de l’exposition Giacometti, à l’occasion du premier GALA MNBAQ le 5 mai prochain, où ils vont notamment emballer l’escalier monumental du pavillon Pierre Lassonde. Nous travaillons aussi très fort à refaire une beauté à notre pavillon initial — celui qui fait face à l’anneau des plaines — et à y installer de façon audacieuse notre collection historique pour terminer l’année 2018 en beauté! 

› Ce que vous souhaitez pour Québec en 2018?

Retenir et attirer les jeunes! Avec sa qualité de vie — je dis souvent que Québec est belle, ce qui n’est pas une qualité fréquente pour une ville — son dynamisme culturel, ses grandes opportunités d’emploi, un centre-ville, qui est un lieu de choix pour y vivre! D’ailleurs, nous vous invitons tous à célébrer la nouvelle l’année au Musée le 31 décembre prochain, avec une soirée très festive sur le thème de la démesure, rien de moins!  Éric Moreault