Condamnation pour recel annulée pour l'ex-électricien de Picasso

PARIS — La Cour de cassation, plus haute juridiction française, a annulé mercredi la condamnation à deux ans de prison avec sursis de l'ex-électricien du peintre espagnol Pablo Picasso et de son épouse pour le recel de 271 oeuvres.

La cour d'appel d'Aix-en-Provence, qui avait condamné Pierre et Danielle Le Guennec en décembre 2016, n'a pas démontré que «les biens détenus par les prévenus provenaient d'un vol», selon l'arrêt de la Cour de cassation consulté jeudi par l'AFP.

«Le juge [...] ne peut prononcer une peine sans avoir relevé tous les éléments constitutifs de l'infraction», résume la Cour de cassation, qui a ordonné le renvoi de l'affaire devant la cour d'appel de Lyon.

«C'est une décision formidable qui valide la thèse qui a toujours été défendue par les époux Le Guennec, à savoir l'absence totale de vol», a réagi auprès de l'AFP Antoine Vey, l'un des avocats de ce couple de retraités modestes. Le futur procès offrira «une grosse fenêtre pour faire enfin établir la vérité», a-t-il ajouté.

Les oeuvres, non signées ni inventoriées au moment du décès du peintre en 1973, avaient refait surface lorsque M. Le Guennec s'était présenté en 2010 à son fils, Claude Ruiz-Picasso, afin d'en faire authentifier 180 ainsi qu'un carnet de 91 dessins. Les héritiers avaient aussitôt porté plainte.

Après avoir soutenu, au cours du procès en première instance, que les 271 oeuvres, datées de 1900 à 1932, étaient un cadeau offert en 1971 ou 1972 par l'artiste pour qui l'électricien avait travaillé entre 1970 et 1973, en remerciement de son dévouement, il avait changé de version devant la cour d'appel.

À la barre, il avait affirmé qu'il s'agissait d'un don de sa veuve Jacqueline après la mort du maître.

Quelques mois après le décès de Picasso, «elle m'a demandé de bien vouloir mettre chez moi en réserve des sacs poubelle». Selon lui, il y en avait entre 15 et 17. Plus tard, elle lui aurait demandé de les lui rendre, sauf un pour lequel elle aurait dit: «Gardez-le, c'est pour vous», avait raconté M. Le Guennec à la barre.

Selon lui, il s'agissait «peut-être» de faire échapper ces sacs à l'inventaire de succession. Il avait affirmé ne pas avoir dit la vérité plus tôt par «peur qu'on m'accuse ainsi que madame d'avoir volé ces sacs».