Au gré d’une mise en scène dynamique, les comédiens, tous plus convaincants les uns que les autres, vont et viennent sur la scène, endossant à tour de rôle plusieurs personnages.

«Comment je suis devenu musulman»: des dieux et des hommes

CRITIQUE / À notre époque où l’islam est au centre de multiples controverses un peu partout en Occident, la pièce «Comment je suis devenu musulman» pourrait être perçue comme de la provocation gratuite teintée d’opportunisme. Ne nous y trompons pas, son auteur, Simon Boudreault, use plutôt d’un humour salvateur pour aborder judicieusement des questions complexes comme notre rapport à la foi et la soif de spiritualité dans un monde privé de repères.

À partir de réflexions nées dans la foulée de son mariage «obligé» avec sa conjointe marocaine, il y a cinq ans, Boudreault réussit le pari de faire rire, et aussi d’émouvoir. Sur la scène, son alter ego, Jean-François (Benoît Drouin-Germain), catholique non pratiquant et athée, doit affronter les mêmes questionnements afin de convoler avec Mariam (Sounia Balha), une musulmane non pratiquante, qui ne croit pas en Allah.

Il y a un os, et un gros. Ses beaux-parents (Nabila Ben Youssef et Manuel Tadros), qui rêvaient d’un gendre musulman, doivent composer avec ce beau-fils dont les parents (Marie Michaud et Michel Laperrière) sont divorcés.

Au gré d’une mise en scène dynamique, les six comédiens, tous plus convaincants les uns que les autres, vont et viennent sur la scène, endossant à tour de rôle plusieurs personnages avec une belle fluidité. Derrière ou devant des rideaux translucides, avec seulement quelques pièces de mobilier en guise de décors, ils se font tour à tour époux en devenir ou père et mère, mais aussi imam, prêtre, policier, fumeur de pot, adolescente gothique ou entrepreneur de pompes funèbres.

À la limite du burlesque

Dans sa façon d’aborder avec légèreté, à la limite du burlesque, un thème aussi polarisant que le choc entre l’islam et le catholicisme, les textes de Boudreault font mouche. Son humour est sain, jamais déplacé. Il est même égalitaire dans sa façon de passer à la moulinette les dogmes de toutes les religions.

La version déjantée de ce qu’on pourrait appeler Le frère André pour les nuls est particulièrement savoureuse. Tout comme le quiz Connais-tu ta religion? où la supposée «plusse meilleure» religion en prend pour son rhume. Même le bouddhisme perd des plumes. Et comme le dit si bien l’animateur (Drouin-Germain), «si Dieu existe, c’est son problème»...

À l’occasion, le ton se fait plus dramatique, alors que Jean-François est confronté à la mort imminente de sa mère, atteinte d’un cancer. Encore là, l’humour n’est jamais loin pour désamorcer les malaises et les lourds silences.

Leçon de vivre ensemble

Comment donner une signification à la mort sans la religion pour nous aider à croire en quelque chose? Quand la mère, mourante, demande à son fils de lui raconter une histoire, dans un moment très touchant, c’est du sens à cet ultime départ qu’elle réclame, rien d’autre.

C’est à une belle leçon de vivre ensemble que convie Simon Boudreault. Plutôt que de mettre l’accent sur nos différences, il propose la recherche de valeurs communes. Et si nos différences pouvaient devenir une richesse, et non un obstacle à un monde meilleur? 

Comment je suis devenu musulman tient l’affiche à La Bordée jusqu’au 8 décembre. Pour susciter de saines discussions sur un sujet dans l’air du temps, autour de la dinde (ou du couscous à l’agneau...), il n’y a pas mieux en ville.