Véronique Cloutier et Yann Perreau dans le numéro d'ouverture

ComediHa!: la touche magique de Véro

CRITIQUE / De nos jours, tout le monde et n’importe qui s’improvise animateur, avec plus ou moins de bonheur, avouez. Parce qu’animer, c’est vraiment un métier… et Véronique Cloutier en a fait la preuve éclatante, jeudi soir au Palais Montcalm, en animant son premier gala d’humour en solo.

ComediHa! avait promis «un gala humoristique à thématique musicale», mais Véronique Cloutier a presque renversé la proposition, offrant un gala musical à saveur humoristique. Pour sa «mission», l’animatrice (qui a 300 représentations du spectacle Les Morissette derrière la cravate) pouvait compter sur Louis-Philippe Rivard aux textes, et sur Jean-François Blais (En direct de l’univers, maintenant La voix) à la mise en scène.

Forte en autodérision, Véro a commencé la soirée en interprétant la chanson thème de son «succès» cinématographique, Les Dangereux, avec choristes et danseurs. «Oui, un gala musical, pourquoi? Parce que Louis Morissette n’est pas là!» s’est réjouie l’animatrice.

Louis n’était peut-être pas là, mais l’animatrice s’était entourée de belle façon pour son numéro d’ouverture, sur le (faux) lancement de son album de reprises de chansons comiques en duos. Ce qui nous a donné l’occasion d’entendre Guylaine Tanguay yodeler sur Les fesses (d’Yvon Deschamps), France D’Amour jazzer sur Snack-bar chez Raymond (de François Pérusse), et Mario Pelchat «et les papes» chanter sur Le feu sauvage de l’amour (de Rock et Belles Oreilles). La Poune virtuelle (le duo le moins drôle) a repris avec Véro Prendre un verre de bière, mon minou, et ça s’est terminé en folie avec Yann Perreau revisitant C’est Noël, de Paul et Paul. On appelle ça «partir fort».

Arnaud Soly et Julien Corriveau (Les Appendices) ont ouvert le bal des invités avec guitare et flûte (oui, Soly en a joué avec son nez) pour un numéro chanté. Julien Tremblay a suivi (également avec sa guitare), nous expliquant qu’il était humoriste et «musicien dans l’âme», en racontant en chanson ses amusants souvenirs familiaux des années 80.

Les Denis Drolet (toujours drôles) sont venus nous raconter l’histoire de la musique à leur façon… en résumé, disons. Leur chanson hommage aux chanteuses et chanteurs du Québec (impossible à vous résumer ici) est un moment que vous devez absolument attraper lors de la diffusion télé de ce gala.

On a enchaîné avec Les actualités musicales animées Marie-Lyne Joncas et Pier-Luc Funk, à la manière des Nouvelles SNL. Un segment rigolo sans être désopilant, qui est revenu à trois reprises, et qui s’insérait très bien entre les numéros à plus grand déploiement.

Dans un sketch sur «les tounes qu’on ne peut plus chanter», Jean-François Breau a «tenté» de reprendre quelques-uns des grands classique de la musique québécoise, mais Kim Lévesque-Lizotte et Catherine Ethier sont venues démolir toutes ses interprétations, jugées aujourd’hui trop sexuellement explicites ou sexistes.

Invités attendus, Patrick Huard et Anik Jean sont montés pour la première fois ensemble sur scène. Un amalgame de musique et de stand-up, drôle bien qu’inégal, où Huard et Jean se sont moqués férocement l’un de l’autre… et nous ont mis C’est une question de feeling dans la tête (on leur en veut beaucoup).

Pièce d’anthologie

En début de deuxième partie, Véronique Cloutier s’est fait très plaisir avec un numéro musical grandiose, accompagnée d’Élyse Marquis (en fauteuil roulant car elle s’était blessée pendant les répétions), Mélissa Bédard, Debbie Lynch-White, Véronique Claveau, et Julie Ringuette, pour raconter… 100 ans de musique féminine en 8 minutes, avec changements de costumes en accéléré. Par hasard, disons que le coup de chapeau donné à la reine de la soul, Aretha Franklin, est tristement bien tombé. On se souviendra longtemps de ce moment, qui a tout pour devenir une pièce d’anthologie. 

Dominic et Martin ont de leur côté personnifié (déguisés, ce qui est rare dans leur cas) un duo qui chante… pour pouvoir avoir du sexe, finalement. Un duo psychotronique excellent dans leur «mauvaiseté». 

Véronique Cloutier a ensuite présenté son «coup de coeur», le «Piano Man du Québec» (qui avait d’ailleurs fait la première partie des Morissette), Christian-Marc Gendron. Le pianiste/chanteur/imitateur a fait mouche en faisant spontanément chanter les spectateurs.

Ça s’est terminé par un hommage (dans le style de l'émission 1res fois) à la plus populaire chanson comique du Québec, Le temps d’une dinde, avec la participation de Michel Barrette lui-même.. et Yama, la gagnante de La voix de cette année, qui a interprété l’Ave Maria («Ave Marie-Hi! Ha!»…), sur des images des grandes années de Hi! Ha! Tremblay. Même Ludovick Bourgeois et Gregory Charles sont venus pousser la note sur la célèbre chanson de Barrette.

Conclusion: de mémoire de critique (et de spectatrice/téléspectatrice ordinaire), un des meilleurs galas jamais présentés dans un festival d’humour au Québec. Bravo, Véro.