Keira Knightley s’en tire plutôt bien en Colette, ne cédant pas un pouce à Dominic West, qu’on aime détester en personnage odieux. Mais elle ne livre pas la performance transcendante qu’exigeait le rôle.

«Colette»: la métamorphose **1/2

CRITIQUE / «Colette» est l’histoire d’une métamorphose. Celle d’une jeune paysanne naïve qui épouse un séducteur égocentrique, se libère progressivement de son emprise, tant sur le plan intellectuel que sexuel, pour devenir une figure majeure de la littérature du XXe siècle. Un modèle. Sauf qu’avec cette richesse thématique incroyable, Wash Westmoreland nous offre un drame biographique lisse et sage alors qu’il aurait pu, et dû, être beaucoup plus sulfureux.

Bien sûr, ceux qui aiment les films à costumes racontés de façon chronologique, avec des enjeux clairs et des personnages sans nuances, vont adorer. Il y a même quelques scènes d’amour saphiques (pas très explicites, voyons!) pour se donner un petit frisson…

Le long métrage s’amorce à Saint-Sauveur, 1892. Gabrielle Sidonie Colette (Keira Knightley), jeune fille à l’esprit rebelle, trouve le salut dans la fuite en épousant Willy (Dominic West). Le célibataire endurci et noceur invétéré, de 14 ans plus vieux, enferme son oiseau dans sa cage parisienne pendant qu’il joue aux courses et dilapide le reste chez les putes.

Pour maintenir son train de vie, l’écrivain raté embauche deux écrivains fantômes. Pour l’aider, ce monument d’orgueil consent à ce que Colette, drôle et intelligente, écrive… à condition qu’il signe à sa place. Claudine à l’école (1898) et ses suites connaissent un succès phénoménal. Que Willy, homme d’affaires avisé, fait fructifier jusque dans les produits dérivés…

Colette est évidemment prisonnière des conventions de l’époque et de son mari, une entrave à son talent. Mais elle s’en libère peu à peu et revendique de plus en plus son accès à l’égalité ainsi que son droit de créer et la réappropriation de son œuvre. Sous cet aspect, le long métrage est malheureusement toujours d’actualité.

L’auteure était moderne et indépendante. C’est toutefois sa rencontre avec Missy (Diane Gough), une comtesse travestie, qui lui permettra de s’affranchir. Les deux femmes feront d’ailleurs du music-hall (et scandale), expérience dont s’inspirera Colette pour le premier roman sous son nom.

Le film de Westmoreland s’arrête à ce moment — ce qui nous donne surtout le goût d’en savoir plus sur la carrière de l’auteure qui finira par produire un imposant corpus littéraire et présider l’Académie Goncourt (de 1949 à 1954).

Colette repose beaucoup sur Keira Knightley (Orgueil et préjugés, Pirates des Caraïbes...). La Britannique s’en tire plutôt bien, sans en faire trop, ne cédant pas un pouce à Dominic West (The Square), qu’on aime détester en personnage odieux. Reste que Knightley ne livre pas la performance transcendante — pas assez incarnée — qu’exigeait le rôle. Comme aurait pu le faire, par exemple, Natalie Portman.

La mise en scène sage de Westmoreland, qui a coréalisé Still Alice avec son conjoint Richard Glatzer, est dans la note, contient plusieurs beaux plans et quelques splendides mouvements de caméra. Sans plus.

Pour une rare fois, je vous recommande, si le cœur vous en dit, de voir le film traduit et non pas en version originale. Entendre des acteurs britanniques massacrer les noms français, et écrire en français, ça ne fonctionne tout simplement pas.

Mais ce n’est pas un cas d’appropriation culturelle pour autant...

AU GÉNÉRIQUE

• Cote: **1/2

• Titre: Colette

• Genre: drame biographique

• Réalisateur: Wash Westmoreland

• Acteurs: Keira Knightley, Dominic West, Diane Gough

• Classement: général

• Durée: 1h51

• On aime: la pertinence du propos

• On n’aime pas: la réalisation lisse. Le manque de tonus