Dans «Cold Blood», les doigts de techniciens forment sept personnages évoluant dans sept récits et qui se solderont par autant de morts différentes.

«Cold Blood» ou la vie au bout des doigts

CARREFOUR DE THÉÂTRE / Connu surtout pour ses films traversés par un imaginaire débordant et une poésie évoquant la naïveté de l’enfance, Jaco Van Dormael est aussi un homme de scène, mais pas n’importe quel, on s’en doute. Sa production «Cold Blood», où des doigts et des mains font figure de personnages, dans une nanodanse filmée en direct sous les yeux des spectateurs, s’avère une proposition pour le moins déjantée, à l’image de son créateur.

Travaillant à nouveau avec la chorégraphe Michèle Anne De Mey, sa conjointe à la ville, et le collectif Kiss & Cry, dont le dernier spectacle a été joué dans une vingtaine de pays, le réalisateur belge trace un parallèle avec le cinéma pour mieux faire comprendre ce qui attend le spectateur.

«Ça ressemble à un film éphémère, un film fabriqué en direct sur scène au lieu d’être enregistré. Le seul support d’enregistrement reste la mémoire de ceux qui l’ont vu», explique-t-il en entrevue au Soleil depuis son domicile de Bruxelles.

Cold Blood explore le minuscule et des mondes lilliputiens, reproduits à l’échelle, où les doigts de techniciens forment sept personnages évoluant dans sept récits et qui se solderont par autant de morts différentes.

La pièce entraîne le public dans l’envers du décor, poursuit le metteur en scène. «C’est comme un tour de magie où l’on voit [comment est fait] le tour de magie.»

Hypnose collective
Cold Blood n’aurait pu voir le jour il y a 10 ans, faute de technologie miniaturisée suffisamment avancée. «Ça nécessite des caméras hyper sensibles qui n’existaient pas. On éclaire avec de toutes petites ampoules LED qu’on peut tenir entre deux doigts. Ça me permet de faire sur scène des choses que je ne peux pas faire au cinéma.»

Le réalisateur belge Jaco Van Dormael a travaillé avec sa conjointe, la chorégraphe Michèle Anne De Mey, et le collectif Kiss & Cry.

Si, sur le fond, Cold Blood parle de la mort — «il y a beaucoup d’accidents…» —, c’est pour mieux embrasser la vie, explique Van Dormael, qu’un «souci de santé» ne permettra pas de faire le voyage à Québec. Sa femme et collaboratrice sera également absente.

«On laisse croire à une hypnose collective où les gens vont vivre sept morts et en revenir intacts. Mais qu’est-ce qui importe quand on sait qu’on va mourir et qu’on regarde en arrière? Toutes ces choses qui restent alors en mémoire, ce ne sont pas des choses grandioses, ce n’est pas ce mauvais bulletin qu’on a eu à l’école, ce peut-être l’odeur d’une pêche ou le toucher d’une pousse.

«En fin de compte, termine-t-il, le spectacle dit que la vie, ce n’est pas que des histoires grandioses, mais aussi et surtout des petits instants formidables dont on ne soupçonne pas l’importance.»

Cold Blood est présenté à la salle Octave-Crémazie, du Grand Théâtre de Québec, mercredi, jeudi et vendredi, à 19h30.

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UN FILM DANS SON STYLO

Contrairement à un Woody Allen, qui lance un film chaque année, Jaco Van Dormael n’est pas animé par l’urgence de tourner à tout prix. Depuis son premier long-métrage Toto le héros, en 1991, le cinéaste de 61 ans n’a tourné que trois autres longs-métrages: Le huitième jour (1996), qui a valu à Daniel Auteuil et Pascal Duquenne un Prix d’interprétation masculine à Cannes; le méconnu et touchant Mr. Nobody (2009), tourné en partie au Québec; et Le Tout Nouveau Testament (2015). «Ça me prend habituellement cinq ans à écrire, réaliser et monter un film. La partie la plus difficile reste le financement», explique-t-il, ajoutant ne pas pouvoir dire à quel moment aboutira le prochain projet. «J’ai un film quelque part dans mon stylo. J’en suis à l’écriture. Ça parlera des rêves, ce sera encore plus onirique, encore plus flyé, comme on dit chez vous.»