Le Club musical a présenté lundi un quatuor tout étoiles formé de Janine Jansen (violon), Lucas Debargue (piano), Martin Fröst (clarinette) et Torleif Thedéen (violoncelle, absent de la photo).

Club musical: quatre orfèvres exaltés

CRITIQUE / Le concert de Janine Jansen, Martin Fröst, Torleif Thedéen et Lucas Debargue sera à mettre dans les performances d’exception, comme le passage de Sol Gabetta au Club musical l’an dernier. Les quatre instrumentistes ont livré une performance sublime et exaltée, portée par un travail d’orfèvrerie musicale et par de grandes vagues d’émotions.

Quatuor pour la fin du Temps, d’Olivier Messiaen, semble avoir été écrit pour eux. Le violon de Janine Jansen, y reprend par mimétisme les notes rapides de la clarinette, relance et rabroue, jusqu’au tout dernier mouvement, une dernière louange. La musicienne, les yeux fermés, produisait un vibrato avec la plus extrême tendresse, tenait des notes qui semblaient faites de verre précieux. Le violoncelle, manié de main de maître par Torleif Thedéen, est presque imperceptible au premier mouvement, mais complètement émouvant lorsqu’il livre son soliloque, appuyé par le piano qui résonne comme des battements coeur.

Lucas Debargue, le seul du quatuor à être de toutes les pièces du concert, contrôle son instrument comme un navire amiral, qui guide les autres entre les écueils et les récifs, donne la cadence, et transmet aux troupes tout le courage du monde.

Martin Fröst est éblouissant à la clarinette, de laquelle il tire des sons simplement obsédants. Tout son corps se met en mouvement, même assis. Ses pieds pointés sont ceux d’un danseur, le moindre trait de son visage s’active à insuffler de la vie dans l’instrument. Pendant le segment baptisé Abîme des oiseaux, il entrelace les silences, les chants magnifiques et des sons supersoniques, surréels.

Entre les solos, attentivement reçus par les musiciens, qui laissaient la musique des autres les habiter complètement lorsque leurs mains n’étaient pas actives sur leurs instruments, des moments échevelés et glorieux révélaient toute la fougue, l’écoute et la virtuosité du quatuor. 

Une énergie qui faisait un bel écho à Constrastes de Bartok, joué au début du concert, où Jansen et Fröst se livraient à une formidable danse, changeant rapidement d’instruments, de sonorité, et cumulant les déferlements de notes.
Mythes : trois poèmes de Szymanowski, nous a permis de goûter le son délicieusement limpide et clair que la violoniste étoile peut tirer de son instrument. Lumineuse, insoumise, diablement attachante, Jansen n’a jamais fait sentir qu’elle était la tête d’affiche. Nous avions quatre étoiles devant nous; une formidable constellation.

Le concert était présent une seule fois, lundi, au Palais Montcalm.