Le groupe est composé de trois frères et deux amis.
Le groupe est composé de trois frères et deux amis.

Cirrhose et cendrier: entre punk, métal, poésie et humour absurde

Le groupe punk/métal montréalais Cirrhose et cendrier vient de sortir un tout nouvel album le 24 juin, Coquerelle Molotov. Incursion dans l’univers poétique, engagé et lugubre d’un groupe pas comme les autres.

Une fusion de rock alternatif, de pop lugubre avec une bonne dose de métal et une infusion de classique: c’est comme ça que le groupe présente ce nouveau projet qui aborde des sujets variés comme le féminisme, la mort et les imprévus tragiques. Cirrhose et cendrier, c’est trois frères et deux amis qui forment une grande famille aux bagages bien différents. Pour mieux comprendre les influences du groupe, Le Soleil s’est entretenu avec Philippe Le Boulaire, guitariste.

Q Comment est-ce que tu décrirais ton groupe à des gens qui ne vous connaissent pas en une phrase?

R C’est une tentative de faire un nouveau genre de rock violent, mais agréable [rires].

Q D’où vient le titre de votre nouvel album Coquerelle Molotov?

R On choisit notre titre d’album en pigeant dans les paroles d’une chanson. On choisit deux ou trois mots efficaces qui représentent le tout. Là, Coquerelle Molotov, ça vient de la chanson Ça Sent L’Brûlé. Ça fait référence à nous, aux musiciens «underground» qui sont sous les craques du plancher et qui brûlent d’envie d’exploser.

Q Quelles sont vos principales influences?

R On aime autant la poésie que l’humour absurde. C’est certain qu’il y a du Baudelaire, mais aussi les sketchs des Chick’n Swell. Pour la musique, les cinq membres du groupe amènent différentes influences. Moi, j’adore la musique africaine, notre batteur le métal, d’autres le rock, le classique. Au début ça faisait des tounes qui n’avaient aucun sens, mais on a réussi à créer un style plus cohérent et tout le monde a fini par écouter la musique que les autres aiment.

Q Dans l’album, vous parlez de thèmes qui se trouvent dans l’actualité chaude.

R Oui, mais les paroles étaient déjà écrites en décembre 2019. Nos inspirations ne viennent pas nécessairement de l’actualité, mais disons que c’est un synchronisme. Ce qui se passe en ce moment montre que ces thèmes étaient là depuis longtemps.

Le chanteur écrit toutes les paroles qui sont parfois engagées, mais sans qu’elles soient moralisatrices. Il utilise des métaphores et plusieurs couches de sens pour parler de réflexions politiques, repenser des systèmes, ou aborder les vicissitudes de la vie.

Q Comment se positionner sur des thèmes comme le féminisme quand on est une gang de gars qui font du punk/métal?

R Parler de féminisme, c’est toujours un terrain glissant venant d’une gang de gars, alors on essaye, dans nos actions, d’être le plus possible des alliés. On apprend tous les jours en faisant l’effort d’écouter et en contrant ce que l’on trouve malsain, encore plus dans nos vies que dans nos paroles.

Dans nos chansons, on pointe l’homme qui est malsain pour diverses raisons et on le ridiculise, comme dans la première chanson. Dans Ça Sent L’Brûlé on parle d’une «flamme au foyer» qui représente en fait une femme qui brûle les limites qui lui sont imposées.

Q Quelle est ta chanson préférée?

R C’est difficile de dire laquelle est ma préférée. J’ai tellement entendu les chansons de l’album parce que la prise de son a été faite dans mon appartement. Ça change souvent, mais je dirais qu’en ce moment c’est Corps à Corps, parce que je trouve que les transitions dans cette chanson sont vraiment fluides. Tout s’enchaîne et ça a été facile de la composer. Ça sort de ce qu’on fait d’habitude et j’aime les paroles qui racontent une histoire d’amour entre la mort et le narrateur. Je ne m’en tanne pas.

Pour moi, cet album-là, c’est vraiment un aboutissement. On est tous dans le processus créatif et pour qu’un riff soit accepté, tout le monde doit être d’accord. Je crois que l’on a atteint une maturité de groupe avec les années. Trois membres ont une formation en musique, alors que les deux autres sont autodidactes. Ça crée de gros «clash», mais ça amène beaucoup de nouveauté aussi. Je crois qu’on a tous été capables de prendre un pas de recul et c’est harmonieux.

Q Quelle est la relation avec ses voisins quand on enregistre un album punk chez soi?

[Rires] On est vraiment chanceux je te dirais, parce que nos murs ne sont pas collés à une autre maison et les voisins du dessus sont aussi musiciens. Ils font du folk traditionnel. Ce qui est étonnant, c’est à quel point du folk traditionnel peut faire plus de bruit que du métal parce qu’ils tapent des pieds et font de la claquette [rires]. On s’entend super bien. C’est le folk trad qui rencontre le métal.