Ziva Postec a consacré six ans de sa vie au montage du film-fleuve Shoah. Photo Les films du 3 mars

Ziva Postec, la monteuse derrière le film: Lumineuse femme de l’ombre *** 1/2

CRITIQUE / Le réalisateur Jean-Luc Godard a déjà dit que le sens de ses oeuvres ne lui venait qu’au montage. Une belle façon de souligner l’importance cruciale de cette étape dans la fabrication d’un film. Catherine Hébert en fait la preuve der brillante façon avec le documentaire consacrée à la monteuse Ziva Postec, dont le travail de très longue haleine a permis au film événement «Shoah» de voir le jour, en 1985.

Difficile d’imaginer la force de caractère et la ténacité que cette femme d’origine juive pour mener à bon port cette colossale entreprise de mémoire qui lui aura pris six ans de sa vie. Par la plus grande des injustices, Lanzmann, décédé l’an dernier, ne lui a jamais rendu hommage.

Pourtant, sans cette précieuse collaboratrice, investie autant que lui dans ce projet, on peut se demander si Shoah aurait vu le jour. Écrasée sous une tonne de pellicule montrant uniquement des témoignages de victimes de la folie nazie, sans plan de travail sous la main, c’est elle qui a convaincu le tonitruant réalisateur de retourner des plans de l’environnement mortifère des camps de concentration.

Ziva Postec, la monteuse derrière le film Shoah est le récit de la rencontre de deux obsessions, celle d’un homme déterminé à raconter cette histoire «de morts vivants qui racontent les morts», et celle d’une femme totalement investie d’un travail plus grand qu’elle, sombre écho de ses origines.

C’est avec émotion qu’elle confie son angoisse de ne pas voir le résultat fini. «J’ai pensé un moment que je ne verrais jamais le film, que je crèverais avant. Si j’ai tenu six ans, c’est parce que je me considérais en mission. J’ai oublié que j’avais une fille. Il y avait moi et le film, c’est tout.»

Une fois Shoah terminé, elle prendra du temps à s’en remettre. Ses mots vont droit au coeur. «J’étais malade d’épuisement, comme un coureur de fond. J’étais comme une rescapée. Il n’y avait que (Claude Lanzmann) pour comprendre ce que j’avais traversé.»

Quand l’art est (presque) plus fort que la vie...

AU GÉNÉRIQUE

Cote : *** 1/2

Titre : Ziva Postec – La monteuse derrière le film Shoah

Genre : documentaire

Réalisateur : Catherine Hébert

Classement : général

Durée : 1h32

On aime : l’originalité du sujet, la démarche, la découverte d’une artiste méconnue

On n’aime pas : -