Xavier Dolan a remporté vendredi les César du meilleur réalisateur et du meilleur montage pour Juste la fin du monde.

Xavier Dolan remporte le César du meilleur réalisateur

À seulement 27 ans et six films à son actif, le Québécois Xavier Dolan, qui a remporté vendredi soir à Paris le César du meilleur réalisateur, s'est taillé une place bien à lui sur la planète du cinéma mondial.
Juste la fin du monde, huis clos familial sur le mode hystérique avec une pléiade de stars françaises (Marion Cotillard, Léa Seydoux, Nathalie Baye, Gaspard Ulliel, Vincent Cassel), lui a déjà valu le Grand Prix du Festival de Cannes 2016. Il a depuis drainé plus d'un million d'entrées en France.
Son film a également remporté les César du meilleur acteur pour Gaspard Ulliel et celui du meilleur montage. Absent de la cérémonie, Gaspard Ulliel a rendu hommage «au regard» que pose le réalisateur sur les comédiens, «qui n'a pas d'équivalent», dans un message lu par un Xavier Dolan très ému.
«Il paraît que les histoires de cinéma sont celles qui au début ne laissent pas présager de la fin. N'est-ce pas la raison d'être de cette vie sur grand écran, que vous soyez acteur ou spectateur, la fin d'un film ne sera jamais la fin d'un monde, mais la promesse d'un monde à venir», a déclaré Xavier Dolan.
Cet enfant chéri du cinéma québécois - nervosité à fleur de peau et répartie plutôt vive - semble avoir un appétit sans limite, prêt à relever sans cesse de nouveaux défis.
Touche-à-tout du cinéma - acteur, doubleur, scénariste, monteur -, il est aujourd'hui embarqué dans son septième long métrage, le premier en anglais, The Death and Life of John F. Donovan. Avec une distribution de stars, Jessica Chastain, Kit Harington ou Natalie Portman, il sort de l'univers intimiste familial de ses oeuvres précédentes.
Les rapports mère-fils et les amours impossibles dans des contextes dramatiques sont les thèmes de prédilection de ce cinéaste intense, dont les oeuvres sont régulièrement sélectionnées dans les festivals.
Au plus près de ses personnages, il signe des films souvent très colorés, à la mise en scène très maîtrisée, avec des plans parfois tournés au ralenti, accompagnés d'une bande-son très présente.
Un habitué de Cannes
Cet autodidacte qui aime les mots et la poésie, admirateur de Cocteau, a arrêté l'école à 17 ans. Il a eu une enfance marquée par l'absence du père, un acteur et chanteur d'origine égyptienne.
Très jeune, il commence sa carrière sur les plateaux en tournant des publicités pour une chaîne de pharmacie. Au début des années 2000, il a doublé pour le Québec le personnage de Ron Weasley, le meilleur ami d'Harry Potter.
Faute de bailleur de fonds, il autoproduit son premier long métrage, J'ai tué ma mère, dont il a écrit le scénario à 16 ans et dans lequel il joue.
Cette oeuvre qu'il a décrite comme «son film le plus personnel», avec son actrice fétiche, la Québécoise Anne Dorval, a été présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2009. Il y décrit une douloureuse relation entre un fils et sa mère à travers le prisme de l'adolescence.
Dolan n'a alors que 20 ans et Cannes vient de découvrir le jeune prodige, tignasse bouclée, ongles rongés, corps tatoué.
L'année suivante, il est à nouveau à Cannes pour Les amours imaginaires. Après avoir tourné Laurence anyways, difficile sujet sur un transgenre (interprété par Melvil Poupaud), il présente Tom à la ferme en 2013 à la Mostra de Venise.
Pour Mommy, l'histoire d'une mère et de son fils bipolaire, impulsif et violent, acclamée par la critique et le public, le jeune Dolan partage le Prix du jury à Cannes en 2014 avec le vétéran du cinéma, Jean-Luc Godard.
«C'est le film dont je suis le plus fier», confiait alors le prodige québécois.
Ce film lui a valu également le César du meilleur film étranger en 2015.
«Je pense que tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n'abandonne jamais», déclarait-il, il y a trois ans.
Elle et Isabelle Huppert couronnés
Elle, thriller du Néerlandais Paul Verhoeven, a continué d'engranger les récompenses des deux côtés de l'Atlantique en remportant vendredi à Paris deux César, les récompenses du cinéma français: meilleur film et meilleure actrice pour Isabelle Huppert.
Lors de cette 42e cérémonie des César, le Britannique Ken Loach s'est vu décerner celui du meilleur film étranger pour Moi, Daniel Blake, un film militant, Palme d'or au dernier festival de Cannes, qui raconte la descente aux enfers d'un chômeur confonté à la bureaucratie.
Avec Ken Loach, mais aussi avec la star américaine George Clooney, la cérémonie a pris une tournure politique, le premier appelant les Français à voter à gauche à la présidentielle fin avril, le second lançant un appel à la liberté dans l'Amérique du président Donald Trump.
Avec 11 nominations, Elle et son actrice Isabelle Huppert faisaient figure de favoris. Cette histoire d'une femme violée qui traque son agresseur, adaptée du roman Oh... de l'écrivain français Philippe Djian, a déjà obtenu le Golden Globe du meilleur film étranger.
«Isabelle Huppert, tu as ajouté un niveau supérieur à ce film, et c'est quelque chose que je n'avais pas à l'esprit quand j'ai commencé. C'est quelque chose qui s'est passé avec toi», a déclaré Paul Verhoeven en recevant son prix.
Déjà récompensée par un Golden Globe pour ce rôle, l'actrice rousse, vêtue vendredi soir d'une robe verte, est en lice pour les Oscars décernés dimanche à Los Angeles.
Déjà récompensée par un Golden Globe pour son rôle dans Elle, Isabelle Huppert est en lice pour les Oscars décernés dimanche à Los Angeles.
«Défendre la liberté»
Moment politique, George Clooney, 55 ans, venu avec son épouse Amal, enceinte, pour recevoir un César d'honneur, a fait de nombreuses allusions à la présidence de Donald Trump, soulignant que «le monde traverse des changements importants, pas tous dans le bon sens».
«Nous nous décrivons comme les défenseurs de la liberté... mais nous ne pouvons pas défendre la liberté à l'étranger si nous l'oublions chez nous», a-t-il lancé.
Cinéaste engagé, Ken Loach en a profité pour exalter «l'esprit de résistance» et appeler les Français qui éliront leur président dans moins de deux mois à voter à gauche, dans un message lu sur scène en son absence.
«L'extrême droite réussit lorsque les gens se sentent désespérés», a-t-il dit. «À présent c'est à vous, Français, de faire un choix. Nous, qui sommes vos amis depuis tant d'années, espérons que dans l'élection à venir vous pourrez rejeter l'amertume de la droite et voter en faveur de l'espoir suscité par la gauche.»
George Clooney, venu avec sa femme Amal pour recevoir un César d'honneur, a fait de nombreuses allusions à la présidence de Donald Trump.
Les César, qui ont souvent mis à l'honneur ces dernières années des films engagés, ont aussi sacré un documentaire, Merci patron! du journaliste François Ruffin, qui égratigne avec dérision le géant du luxe LVMH et son PDG Bernard Arnault.
Son réalisateur en a profité pour alerter sur les délocalisations, évoquant le sort d'une usine de sèche-linge Whirlpool à Amiens (nord de la France) promise à la fermeture.
La cérémonie a également rendu un hommage chaleureux à l'acteur français Jean-Paul Belmondo, présent pour la première fois à la grand-messe du cinéma français en dépit d'une carrière éclatante.
Ma vie de courgette du Suisse Claude Barras, conte délicat sur la tolérance qui a rencontré le succès auprès du public, a obtenu deux César, dont celui du meilleur film d'animation.
Frantz de François Ozon, nommé 11 fois comme Elle, n'a remporté qu'une seule récompense, celle de la meilleure photo.
Les César n'avaient cette année aucun président. Le choix initial du réalisateur franco-polonais Roman Polanski avait déclenché en France une polémique, en raison des poursuites dont il fait l'objet aux États-Unis depuis 40 ans pour le viol présumé d'une adolescente. Il avait renoncé en janvier, sous la pression d'associations notamment féministes.