Weirdos, dont les scènes sont magnifiquement filmées en noir et blanc, se déroule en 1976. Le film s'attarde à quête identitaire de Kit et de Alice, deux adolescents qui font de l'autostop entre Antigonish, en Nouvelle-Écosse, jusqu'à Sydney.

Weirdos: la route de l'affirmation ***1/2

CRITIQUE / Bruce McDonald est l'électron libre du cinéma canadien-anglais, à la Érik Canuel (Cadavres). Un cinéaste doué qui aime explorer des thèmes plus marginaux, avec un style affirmé. Le titre son plus récent long métrage, Weirdos, coule de source. Et pourtant, il s'agit d'une tendre histoire de rite de passage à l'âge adulte, qui explore avec justesse la grâce maladroite de l'adolescence et la composition de l'identité canadienne.
Weirdos s'attache aux pas de Kit (Dylan Authors), ado de 15 ans mal dans sa peau, qui décide de quitter le domicile paternel d'Antigonish, en Nouvelle-Écosse, pour rallier la capitale Sydney, où vit son extravagante mère (Molly Parker). Sa copine Alice (Julia Sarah Stone), délurée et débrouillarde, l'accompagne dans son voyage vers l'affranchissement.
En cours de route, toutefois, le duo va découvrir la vraie nature de leur relation pendant que le jeune naïf se débat avec des questions d'identité sexuelle, d'identité tout court, en fait. Kit se sent décalé, bizarre dans une société qui peine aussi à s'affirmer - Weirdos se déroule en 1976, à la veille du bicentenaire des États-Unis. Alice, elle, se sent rejetée...
Un habitué des road movies, McDonald (Highway 61, Hard Core Logo, The Husband) se montre parfaitement à l'aise dans une mise en scène à la touche délicate. Quand il ne filme pas les déplacements des deux jeunes autostoppeurs, parfois aux prises avec des situations incongrues et les apparitions ponctuelles d'Andy Warhol, il cadre large pour laisser respirer les scènes, magnifiquement filmées en noir et blanc et baignées par le soleil de la côte Est.
Retenue
Le vétéran réalisateur fait montre d'une retenue qu'on ne lui connaît guère, certainement influencé par le récit, qu'on devine autobiographique, du dramaturge Daniel MacIvor, d'ailleurs couronné du prix du meilleur scénario aux prix Écrans canadiens. Weirdos est un film sensible, qui laisse de la place au non-dit sans pour autant être obscur. Notamment quand il explore les difficiles relations père-fils
Il a aussi de fascinant que son centre de gravité passe doucement de Kit à Alice. Molly Parker a peut-être gagné le prix Écran de la meilleure actrice de soutien, la vraie révélation de ce film d'époque est Julia Sarah Stone (Every Thing Will Be Fine de Wenders). 
La menue actrice de 19 ans, qui en paraît facilement quatre de moins, a une présence remarquable à l'écran et un sourire dévastateur. Elle incarne avec beaucoup de naturel cette ado qui comprend bien mieux les doutes existentiels qui assaillent Kit que le garçon lui-même. 
Son cheminement vers l'affirmation est aussi celui d'un jeune pays qui se cherche une identité aux côtés de son encombrant voisin du Sud. Weirdos est une ode, un brin nostalgique, mais assumée comme telle, au Canada des années 1970 - la trame sonore largement composée de chansons de Gordon Lightfoot, Anne Murray et même Rush (un court extrait).
Bon, on pourra toujours dire que le film n'a vraiment de weird que son titre; que le thème du rite de passage est éculé; que l'histoire est aussi palpitante qu'une soirée à Winnipeg, reste qu'il s'avère absolument charmant. Et qu'il peut nous faire comprendre un peu plus les complexes du ROC (Rest of Canada). Tout en nous offrant la chance de voir le long métrage d'un des meilleurs réalisateurs au Canada anglais avec Atom Egoyan et Patricia Rozema.
***
Au générique
• Cote : ***1/2
• Titre : Weirdos (v.o.a.s.-t.f)
• Genre : comédie dramatique
• Réalisateur : Bruce McDonald
• Acteurs : Dylan Authors, Julia Sarah Stone, Molly Parker
• Classement : général
• Durée : 1h25
• On aime : le portrait d'époque, le naturel des acteurs, la photo noir et blanc
• On n'aime pas : un manque de douce folie