Une fois élu premier ministre, Paul Bougon (Rémy Girard) négligera sa femme Rita (Louison Danis). Les deux acteurs sont vraiment très bons, évitant d'en faire trop, ce qui n'est pas évident dans les circonstances.

Votez Bougon: la réalité plus forte que la fiction **

CRITIQUE / Un constat: le passage d'une série-culte du petit au grand écran s'avère une entreprise risquée et, du coup, souvent très décevante. Votez Bougon n'échappe pas à ce mauvais sort.
Les créateurs ont tellement voulu ne pas changer les codes d'un iota qu'on se retrouve avec un film empêtré dans l'autoréférentiel et les conventions. Ce n'est pas le moindre des soucis de cette comédie aux prises avec un sacré gros problème : c'est tellement caricatural et vulgaire qu'on ne rit pas du tout. On s'attendait à un film beaucoup plus subversif que cette satire édentée.
L'action du film scénarisé par François Avard, Jean-François Mercier et Louis Morissette se déroule quelques mois après la fin de la série, il y a 10 ans. Le clan Bougon n'a pas changé, mais le monde, si. Cette histoire d'une grande gueule qui devient président aurait paru outrancière, il n'y a pas si longtemps. Plus maintenant : la réalité a dépassé la fiction avec l'élection de Donald Trump. 
Résultat : Votez Bougon semble bien inoffensif dans sa volonté de dénoncer les ratés du système démocratique, l'opportunisme des élus, leur populisme crasse et la corruption, même si la situation qu'il dépeint correspond à ce qu'on voit un peu partout sur la planète.
Tout commence avec le passage de Paul Bougon (Rémy Girard) à une émission de télévision (La grande messe, parodie de Tout le monde en parle). Après avoir enguirlandé un député qui change aussi souvent de parti que de chemise et qui le défie de se présenter, Papa Bougon fonde le Parti de l'écoeurement national (Le PEN, bien vu). 
Film cynique
Toute la famille met la main à la pâte et, contre toute attente, le «fourreur» de système est élu premier ministre. Paul Bougon négligera sa femme Rita (Louison Danis), se chicanera avec son entourage et se prendra trop au sérieux, ce qui mécontentera les pourris qui voulaient profiter de la naïveté de «Capitaine camisole» pour s'en mettre encore plus dans les poches avec les contrats gouvernementaux... Toute ressemblance avec la réalité est loin d'être accidentelle.
Sauf que Votez Bougon est un film cynique, qui encourage le cynisme, au lieu d'être corrosif. Quelques traits d'esprit font sourire - «On a gagné avec l'argent et le vote des deux de pique» -, certaines références à la réalité sont assez bien trouvées, mais c'est bien peu. Quant à l'humour, il ne suffit pas de faire sacrer ses personnages et de s'enfoncer dans les gags scatologiques à répétition pour que ce soit drôle. Ça devient lassant.
Bien sûr, les créateurs ont tenté de donner de l'épaisseur dramatique aux Bougon, notamment avec les difficultés matrimoniales de Papa et Maman. La situation permet à Rémy Girard et à Louison Danis de mettre de la chair à leurs personnages et, ainsi, de les rendre plus crédibles. Les deux acteurs sont vraiment très bons, évitant d'en faire trop, ce qui n'est pas évident dans les circonstances.
Ce n'est pas assez pour sauver le long métrage du marasme. La réalisation de Jean-François Pouliot, assurée mais sans imagination, ne parvient pas à imposer un rythme suffisamment enlevant. On finit par trouver le temps long dans un film relativement court (1h33). Avec autant de talent à l'écriture, on s'attendait à beaucoup mieux.
Votez Bougon veut combattre l'absurde par l'absurde, mais, à ce petit jeu, la réalité finit par triompher.
Au générique
Cote: ** 
Titre: Votez Bougon
Genre: comédie
Réalisateur: Jean-François Pouliot
Acteurs: Rémy Girard, Hélène Bourgeois-Leclerc et Louison Danis
Classement: général
Durée: 1h33
On aime: le jeu des acteurs, l'esthétique du film
On n'aime pas: l'humour scatologique, la satire ratée, le manque d'audace, la nostalgie