Avec un jeu naturel et en retenue, Diane Rouxel a une présence magnétique à l’écran.

«Volontaire»: une belle occasion manquée ***

CRITIQUE / «Volontaire» est une belle occasion un peu gâchée. Hélène Fillières propose de suivre le parcours d’une jeune bourgeoise brillante qui s’engage soudainement dans la marine, où elle s’engage dans une relation ambiguë avec son supérieur. On voit ici la richesse thématique possible, mais, malheureusement, la réalisatrice française a ménagé la chèvre et le chou. Une chance qu’il y a Diane Rouxel et Lambert Wilson, rayonnants dans les rôles principaux.

La première est donc Laure, trilingue diplômée de la Sorbonne, qui étouffe sous la chape de sa célèbre mère actrice (Josiane Balasko). Sa décision subite de s’enrôler est autant un geste de provocation que de libération.

Sur place, elle se retrouve sous les ordres du commandant Rivière (Wilson), un quinquagénaire distant et austère surnommé Le moine. Les deux vont se dévisager, presque en chiens de faïence, dans leurs bureaux séparés par un mur avec une fenêtre.

Laure est à la fois fascinée et séduite par ce mentor taiseux, une figure paternelle forte. Ce qui n’empêche pas la recrue, qui a du caractère et de l’attitude, d’afficher son ambition. Mais son supérieur est réticent. Pas nécessairement pour les raisons qu’on croit...

Révélée dans La tête haute d’Emmanuelle Bercot, film d’ouverture à Cannes 2015, Diane Rouxel a une présence magnétique à l’écran. Des traits doux, pas nécessairement frappants au premier coup d’œil, mais un sourire lumineux et un regard qui capte l’attention. Son jeu naturel et en retenue est remarquable. Et il en fallait de la présence face à Lambert Wilson, capable de laisser entr’apercevoir une émotion furtive sans rien forcer.

Il est dommage qu’une telle complicité n’ait pas eu plus matière pour s’accomplir pleinement. Bien sûr, Volontaire ne marche pas dans les mêmes sentiers à la gloire physique que le G.I. Jane (1998) avec Demi Moore. Les efforts de Laure pour devenir béret vert, malgré son frêle physique, sont des exemples d’endurance et de détermination. Mais sans tomber dans les excès militaristes de Ridley Scott, la réalisatrice manque de distance face à l’armée.

Hélène Fillières filme la période d’entraînement, la camaraderie et l’esprit de corps en restant très en surface sur l’envers de la médaille: endoctrinement, humiliations, discrimination, etc. alors que Laure se transforme en marin en abandonnant sa vieille peau. On se serait attendu à un regard plus critique de la part d’une femme!

Même chose à propos du commandant, deux, trois fois plus âgé que sa recrue et qui entretient un rapport d’autorité. Le malaise aurait pu être mieux exploité.

Ce qui est dommage, d’autant qu’Hélène Fillières (Une histoire d’amour), aussi une actrice, démontre de belles choses comme réalisatrice. Elle a la caméra patiente et le sens du détail, surtout dans le jeu de ses acteurs, attentive aux regards révélateurs et aux expressions fugaces révélatrices.

Bon. Ce portrait féminin et féministe d’un milieu encore très masculin tombe à point nommé. Et ses mérites l’emportent sur ses défauts. J’aurais préféré qu’il soit une coche au-dessus, c’est tout.

AU GÉNÉRIQUE

• Cote: ***

• Titre: Volontaire

• Genre: drame

• Réalisatrice: Hélène Fillières

• Acteurs: Diane Rouxel, Lambert Wilson

• Classement: général

• Durée: 1h51

• On aime: la présence magnétique de Rouxel. Le sujet. La mise en scène attentive

• On n’aime pas: que la réalisatrice ait ménagé la chèvre et le chou