L'approche documentaire des réalisatrices renforce la véracité du récit.

Voir du pays: combats de femmes ***

CRITIQUE / Voir du pays est un long métrage fascinant, qui nous plonge dans les contrecoups subis par des soldats qui ont combattu en Afghanistan et qui se retrouvent dans un hôtel cinq étoiles pour décompresser! Delphine et Muriel Coulin signent une oeuvre forte sur le mal à l'âme, tout en examinant la présence des femmes dans un corps majoritairement masculin.
Parmi ces soldats qui débarquent à Chypre, Marine (Soko) et Aurore (Ariane Labed). Les deux amies d'enfance se sont engagées faute d'avenir dans leur village. Le film s'attache aux tribulations des jeunes femmes dans ce que l'armée appelle un «sas de décompression».
Pendant trois jours dans ce tout inclus, les soldats doivent revenir sur leur séjour de six mois en terrain hostile. Le choc est grand - presque autant que le déni d'une embuscade traumatisante qui a laissé des séquelles physiques et psychologiques. La culture militaire n'encourage pas vraiment le partage des émotions...
L'approche documentaire des réalisatrices renforce la véracité du récit. D'autant que des visions différentes de l'événement, présentées en réalité virtuelle, font ressortir tensions et dissensions au sein de l'unité. 
Le spectateur a toujours l'impression que l'un d'entre eux va exploser. Une impression accentuée par le contraste surréaliste entre leurs versions de l'attaque et le lieu de villégiature, fréquenté par des vacanciers. La cohabitation n'est pas aisée...
L'ensemble est servi par la superbe direction photo de Jean-Louis Vialard. Mais les soeurs Coulin, qui adaptent le livre de Delphine, ont eu la main moins heureuse à la réalisation de leur premier long métrage conjoint. Elles abusent du recours au gros plan, ce qui dilue son impact.
D'autant que le glissement de la deuxième partie thématique dans une forme de fiction plus convenue ne se fait pas sans heurts. Après avoir examiné le syndrome du stress post-traumatique sous toutes ses coutures, les deux soeurs attaquent avec beaucoup moins d'aplomb le sexisme et la misogynie rampante caractéristiques de l'armée.
Sans l'encadrement de la hiérarchie militaire pour contenir les soldats, les trois femmes de l'unité sont soumises à un harcèlement de moins en moins subtil. D'abord psychologique, puis de plus en plus physique. Elles vont devoir mener une autre forme de combat.
Manque de subtilité
Ça manque de subtilité même si Voir du pays reproduit une réalité qui n'est pas exclusive à l'armée française. Les reportages sur les cas d'abus ici et aux États-Unis sont légion, de même que les enquêtes qui les documentent.
Ce serait plus facile de passer outre, après tout le film a obtenu le prix du meilleur scénario de la section Un certain regard à Cannes l'an passé, si la finale, très décevante dans les circonstances, ne venait pas tout gâcher.
Voir du pays demeure un film courageux, qui présente un point de vue original sur des réalités trop souvent ignorées. Et Soko (La danseuse) et Ariane Labed (Fidelio, l'odyssée d'Alice) s'illustrent suffisamment pour retenir notre attention. La première moitié est d'ailleurs vraiment très forte, surtout dans le portrait de ces deux fortes en caractère qui veulent démontrer qu'elles sont égales à leurs collègues.
Les soeurs Coulin ont le mérite de proposer un point de vue féministe sur l'armée. Ce n'est pas rien.
Au générique
Cote: ***
Titre: Voir du pays
Genre: drame psychologique
Réalisatrices: Delphine et Muriel Coulin
Acteurs: Soko, Ariane Labed et Ginger Roman
Classement: -
Durée: 1h42
On aime: la dénonciation de la misogynie rampante, le point de vue original, le rôle physique des actrices
On n'aime pas: la finale décevante, une réalisation académique