Vincent Macaigne incarne un auteur adepte de l'autofiction dans Doubles vies d'Olivier Assayas.

Vincent Macaigne: collectionner les icônes du cinéma français

PARIS — Vincent Macaigne a d’abord fait sa marque comme comédien et metteur en scène au théâtre. Mais depuis cinq, six ans, il s’impose comme un acteur important du renouveau du cinéma français. On le voit dans les films des nouveaux auteurs (Justine Triet, Louis Garrel, Vincent Mariette…), puis il passe à la vitesse supérieure, tournant avec Anne Fontaine, dans le prochain Wes Anderson et avec Olivier Assayas. Le Soleil s’est entretenu avec celui qui donne la réplique à Guillaume Canet et à Juliette Binoche dans Doubles vies.

L’homme est chaleureux, sympathique et très drôle. Il nous accueille en toute simplicité pour cette entrevue dans un hôtel parisien, mesurant sa chance d’avoir un rôle principal avec le réalisateur des Destinées sentimentales (2000) et de Sils Maria (2014), un régulier au Festival de Cannes.

«Pour ma génération, c’est un des plus grands cinéastes français. Je trouvais ça génial de travailler avec lui.» Il aime les «réalisateurs qui m’offrent des possibilités de travailler autrement. J’essaie d’aller vers les gens qui me semblent les plus doués. Je suis ravi de changer un peu de registre.»

D’autant que l’acteur et ses collègues pouvaient compter sur des échanges très bien écrits. «Toutes les finesses sont écrites dans les dialogues. C’est très brillant.»

Surtout, lui suggère-t-on, quand on joue avec Juliette Binoche. «C’est un peu fou. C’est une icône. Je la voyais ado dans Les amants du Pont-Neuf (1991, Leos Carax). C’est un peu étrange de se rendre compte qu’elle est bien vivante», rigole l’homme de 40 ans.

Il compare le nouveau long métrage d’Assayas à du «Woody Allen, époque Manhattan» avec une touche de Tchekhov.

Une analogie justifiée (même si Allen est plus obsédé par Dostoïevski). Dans la mesure où Doubles vies marque un petit glissement vers la comédie dramatique pour Assyas et qu’il met en scène un chassé-croisé sentimental et professionnel entre deux couples.

Macaigne (Le sens de la fête, Marvin...) se glisse dans la peau d’un auteur moyen qui entretient une aventure avec la femme (Binoche) de son éditeur (Canet) et meilleur ami. «La particularité, c’est qu’il écrit sa vie, en la changeant plus ou moins. C’est un des ressorts comiques du film puisque ça met tout le monde en danger.

«Je suis un peu loin de ça parce que je ne suis pas dans l’autofiction quand j’écris pour le théâtre. Mais je pense que tous les auteurs écrivent à partir de ce qu’ils vivent. Ils le cachent plus ou moins, c’est du domaine de l’intime.»

Mais il n’y a pas que ça, puisque le propos réfléchit sur l’impact induit par le numérique dans le monde de l’édition, mais aussi sur ce qui se publie dans cette ère de post-vérité. «C’est un film, qui parle d’un monde qui change, qui s’éteint», observe-t-il.

En résulte, un film verbeux. «C’est vrai. Assayas fait confiance en la parole dans son geste de cinéma. Un peu comme chez Bergman. […] Je trouve que la brillance du film, c’est qu’on peut aller le voir en se disant que c’est un peu ennuyeux ces débats sur la technologie et la numérisation du monde, mais qu’on peut prendre plaisir à autre chose. Comme chez Tchekhov. Il y a différentes couches de lecture.

«Mais c’est universel. Comme ses aristocrates qui ne savent pas quoi faire de leur cerisaie. Mais qui a une cerisaie? Ça ne parle pas que de ça. [Doubles vies] parle de ce que va devenir le monde, de ce qu’on vit, de comment les rapports humains changent… Assayas est un citoyen du monde. Il est très Français, mais il parle de l’état du monde.»

Cette réflexion sur l’impact des changements technologiques sur le livre s’apparente à celle qui touche la musique, le cinéma, les médias écrits… «Ce nouveau mode de vie change nos comportements et on n’a pas vraiment le mode d’emploi.»

Notre rapport au monde en est bouleversé. Mais en humaniste, Olivier Assayas croit tout de même en la primauté des relations humaines, estime Vincent Macaigne. «C’est la vie qui gagne.»

Non content de donner la réplique à Juliette Binoche, Vincent Macaigne a poursuivi sa collection d’icônes du cinéma français. Au moment de notre entretien, il venait d’enchaîner les tournages de Blanche comme neige d’Anne Fontaine, avec Isabelle Huppert, et de Fête de famille de Cedric Khan, avec Catherine Deneuve. Dans ce dernier cas, toutefois, «elle est très séduisante, mais elle joue ma mère (rires).»

Les frais de ce reportage sont payés par Unifrance