Vincent Cassel, lors de son passage au Festival de Cannes 2018, joue le rôle principal de L'empereur de Paris.

Vincent Cassel: porter le flambeau du cinéma français

PARIS — L’empereur de Paris est ce qui s’approche le plus d’une production française populaire à gros budget, tout en tentant de dépoussiérer le film historique par l’entremise du film d’action. Le long métrage suit le destin de François Vidocq, l’ennemi public numéro un qui devient chef de police pour nettoyer les bas-fonds de la capitale sous Napoléon. Avec le flamboyant Vincent Cassel pour incarner le légendaire repenti.

«De passer de l’homme le plus recherché de France à chef de police, c’est pas commun (rires). Tous les grands auteurs de l’époque, comme Balzac, l’utilisaient déjà comme un archétype. On ne s’échappe pas 27 fois du bagne… C’est fou. […] Il a toujours pensé qu’il avait été injustement condamné. C’est une force de caractère», souligne Cassel.

Le célèbre acteur français reçoit les journalistes en chandail noir et pantalon taupe. Les cheveux rasés et le teint bronzé, il vapote autant qu’il placote. Ses traits d’esprit font rigoler. Le séducteur joue du charme avec une certaine virilité. Et avec beaucoup d’efficacité, si on se fie aux gloussements et aux rires.

Il défend bec et ongles son personnage qui se sert de ses connaissances du milieu pour faire enfermer les brigands. Vidocq a éliminé les gangs du nord de Paris qui terrorisait les paysans, souligne également Jean-François Richet. «Il faut dépoussiérer l’histoire. La modernité, c’est de coller à l’époque», ajoute le réalisateur. Dans le contexte actuel, il préviendrait les attentats terroristes en infiltrant le milieu. «Nous serions plusieurs à l’applaudir, je crois.»

Le mythique Vidocq n’avait guère le choix de collaborer pour retrouver sa liberté. Mais ses succès et ses méthodes peu orthodoxes lui attirent bien des jalousies au sein des forces de l’ordre. Un personnage complexe, avec bien des zones d’ombre.

Vincent Cassel en a l’habitude. Les parallèles à tracer avec le charismatique bandit Jacques Mesrine, qu’il a incarné dans un diptyque pour ce même Richet en 2008 (L’instinct de mort et L’ennemi public no 1), sont inévitables.


« Ce qui m’intéresse au cinéma, c’est quand on réussit à évoquer des choses qu’on n’arrive pas à mettre en mots dans la vie de tous les jours. »
Vincent Cassel

«Je pense que ça commence à devenir assez clair (rires). L’ambiguïté, les paradoxes… Ce qui est intéressant, c’est de voir des personnages pris dans des contradictions et qui se retrouvent à faire des choses qu’il n’aurait pas cru être capable de faire. Cette complexité, je la trouve passionnante. […] Ce qui m’intéresse au cinéma, c’est quand on réussit à évoquer des choses qu’on n’arrive pas à mettre en mots dans la vie de tous les jours. Tout d’un coup, ça révèle des choses qu’on aurait le goût de planquer. On se reconnaît, mais on a envie que personne ne le sache.»

Le choix d’incarner Vidocq a été facilité par la présence de Richet derrière la caméra. Le réalisateur est-ce qui guide d’abord Cassel lors qu’il choisit un rôle. «Ensuite, un projet, il y a une cohérence qui se dégage, ou pas… Il y avait cette envie de faire un film français épique, ambitieux. On n’en fait plus beaucoup. On a la sensation de porter un flambeau.»

Vincent Cassel dans la peau de Vidocq.

Tout en prenant une distance avec les films d’une certaine époque, plus empesés et, souvent, sur le ton de la comédie. L’empereur de Paris porte une signature contemporaine, «ce qui nous donne la possibilité d’être plus réaliste. On peut arriver à faire un film en vous montrant comment était Paris à l’époque [au début du XIXe siècle]. Il y a 40 ans, ce n’était pas possible. On peut proposer une immersion plus crédible.»

Toutes les rues Paris ont été construites, à Brétigny-sur-Orge, en banlieue de Paris, sur les terrains d’une ancienne base aérienne de l’armée française, jusqu’au 1er étage (les étages supérieurs ont été recréés par ordinateur). La production a même posé des pavés d’époque! La reconstitution est tellement exacte qu’elle pourrait confondre un historien qui va voir le film, soutient Jean-François Richet.

L’aventurier

Vincent Cassel est un des rares acteurs français (il y en a plus du côté féminin) à tourner à l’étranger — pas seulement à Hollywood — alternant entre les grosses productions et le cinéma indépendant. Au moment de l’entrevue, début janvier, il venait de terminer un film chinois, tourné en Australie.

«Ce qui me procure un sentiment de liberté, plus encore qu’un équilibre artistique, c’est cette possibilité d’aller travailler n’importe où et de se retrouver un peu largué, dit celui qui a longtemps partagé son temps entre le Brésil et la France. Pour moi, c’est une manière de voyager, d’apprendre plein de choses, de rencontrer des gens de culture différente… C’est un plaisir. Et une chance.»

Il garde d’ailleurs un bon souvenir de ses tournages au Québec. Les films sur Mesrine, mais aussi Juste la fin du monde de Xavier Dolan. «Le Québec, c’est l’Amérique française. Il y a tous les avantages de l’Amérique : c’est un pays jeune, où les choses se passent plus vite, etc. Mais avec, quand même, une espèce de savoir-vivre à la française. Les Québécois sont plus accessibles, bons vivants...»

L’empereur de Paris prend l’affiche le 12 avril

Les frais de ce reportage ont été payés par Unifrance

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LE CONTRÔLE GRÂCE À INSTAGRAM

«Le médium, c’est le message», disait le grand chercher Marshall McLuhan. Ça, Vincent Cassel l’a parfaitement compris. Il se plie encore de bonne grâce aux rencontres de presse, surtout quand il s’agit de tables rondes à la chaine où une quinzaine de journalistes boivent ses paroles. Mais ce qui l’intéresse surtout, c’est Instagram, «un truc publicitaire», où il a plus d’un million d’abonnés. «C’est une manière de donner l’information que vous avez envie que les gens relaient, de la diriger et de contrôler mon image», avoue-t-il candidement. En fait, «c’est une version de la réalité». Qui est tout à son avantage. Évidemment. Éric Moreault

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VINCENT CASSEL EN CINQ FILMS

La haine de Mathieu Kassovitz, 1995

Sur mes lèvres de Jacques Audiard, 2001

Le retour de Danny Ocean de Steven Sodernergh, 2004

Le cygne noir de Darren Aronofsky, 2011

Juste la fin du monde de Xavier Dolan, 2016