Il fallait beaucoup de sensibilité pour tourner un drame psychologique sur des non-voyants qui vont au cinéma.

Vers la lumière: beauté intérieure ***

CRITIQUE / Naomi Kawase a une longue histoire d’amour avec le Festival de Cannes depuis que son premier long métrage y a obtenu, en 1997, la Caméra d’or. Ses films, délicats et témoins des us et coutumes du Japon, y sont régulièrement présentés en sélection officielle, comme «Vers la lumière», œuvre originale et poétique qui se veut un véritable témoignage d’affection envers le septième art!

Sans Cannes, on ne verrait probablement pas les films de la réalisatrice ici. Vers la lumière marquait sa septième présence sur la Croisette, avec déjà un Grand Prix à son actif (La forêt de Mogari, en 2007). Ce qui témoigne de son savoir-faire et de sa signature distinctive, très humaniste.

Il fallait d’ailleurs sa sensibilité pour tourner un drame psychologique sur des non-voyants qui vont au cinéma! Misako (Ayame Misaki) est une introvertie qui trouve dans la description de films un exutoire. Mais la débutante doit composer avec les critiques d’un groupe test d’une dizaine d’aveugles qui trouve que ses commentaires, parfois trop descriptifs, ne laissent pas assez de place à la subjectivité du spectateur… En particulier ceux de Masaya (Masatoshi Nagase), un photographe au fort caractère.

Kawase en profite pour camper quelques plans du long métrage que Misako doit faire vivre à l’écran, histoire de mettre le spectateur dans la tête des non-voyants, pour qu’ils ressentent leur façon différente d’appréhender la réalité. Voire d’accepter leur handicap. On peut imaginer le choc de perdre la vue pour un homme orgueilleux comme Masaya, qui considère que sa caméra est son cœur.

Avec Vers la lumière, la réalisatrice propose un beau récit poétique sur le goût de vivre et l’espoir. Elle met en scène cette jeune femme en deuil de son père et de sa mère en perte d’autonomie qui s’attache à ce photographe célèbre irascible. Vont naître de cette union improbable des sentiments forts entre un homme qui perd la lumière et une femme qui la poursuit.

Honnêtement, c’est lorsque la cinéaste s’est engagée sur ce sentier que j’ai décroché. Dans sa deuxième moitié, il devient un film convenu et un peu mièvre. Sa résonnance intime et sensuelle, toutefois, pourrait bien toucher une corde sensible chez plusieurs, d’autant que la réalisation éthérée de Kawase propose aussi de magnifiques plans gorgés de lumière et un travail remarquable sur le son.

Mais plutôt que d’être touché par sa grâce habituelle, comme dans Still the Water (2014), Vers la lumière finit par tomber à plat, empêtré dans son symbolisme sur la vue et la disparition des choses, le temps qui fuit. Et son histoire d’amour improbable.

Dommage.

AU GÉNÉRIQUE

Cote: ***

Titre: Vers la lumière

Genre: drame psychologique

Réalisatrice: Naomi Kawase

Acteurs: Ayame Misaki, Masatoshi Nagase, Tatsuya Fuji

Classement: général

Durée: 1h41

On aime: la magnifique photographie. La lettre d’amour au cinéma

On n’aime pas: le récit un peu mièvre. L’aspect trop cérébral