Dane DeHaan n'a pas le charisme pour interpréter Valérian, un agent égocentrique, désinvolte et charmeur. Cara Delevingne se débrouille plutôt bien dans le rôle de Laureline, mais la chimie et la tension sexuelle entre les deux acteurs font cruellement défaut.

Valérian et la cité des mille planètes: l'ennemi intérieur

CRITIQUE / À quoi faut-il s'attendre de Luc Besson qui fait un space opera si ce n'est du Luc Besson: tout dans le contenant et presque rien dans le contenu. Avec Valérian et la cité des mille planètes, la plus coûteuse surperproduction européenne de l'histoire, le réalisateur livre un film visuellement spectaculaire qui repose, toutefois, sur un scénario prévisible, puéril et aux dialogues insipides. Selon le point de vue, on dira qu'il est à moitié réussi ou à moitié raté, mais il n'entrera pas dans l'histoire comme l'aurait souhaité l'ambitieux Français.
La faute n'incombe pas qu'à Besson, même s'il est responsable, en fin de compte, des acteurs qui incarnent Valérian (Dane DeHaan) et Laureline (Cara Delevingne). DeHaan, qui était très bon dans Two Lovers and a Bear de Kim Nguyen, n'a pas le charisme pour interpréter cet agent égocentrique, désinvolte et charmeur. Quant à Delevingne (Suicide Squad), l'ex-mannequin se débrouille plutôt bien dans la peau de cette femme indépendante et déterminée, mais la chimie et la tension sexuelle entre les deux acteurs font cruellement défaut.
D'autant que nos deux agents spatiotemporels flirtent sans cesse, malgré l'extrême gravité de leur mission: sauver Alpha d'un cancer qui la ronge. L'action se déroule, au XXVIIIe siècle, sur cette immense base spatiale qui réunit toutes les espèces extraterrestres en harmonie - ce qui lui vaut le nom de cité des mille planètes. Une utopie humaniste à la Star Trek, créée d'ailleurs à la même époque que la première des 23 BD de Christin et Mézières.
Au cours de leur mission, le duo doit sauver de l'extinction les habitants de la planète Mül - une métaphore assez appuyée et maladroite sur les nations autochtones qui vivent dans un paradis (perdu) en harmonie avec la nature. Comme d'habitude, Besson beurre épais.
Même chose pour son esthétique extravagante caractéristique - bien qu'il faut lui rendre ce qui lui appartient: c'est totalement stupéfiant. Le réalisateur de Nikita (1990) et du Cinquième élément (1997) tombe aussi dans la démesure dans son amalgame maladroit de genre, surtout des excès de mélo et de burlesque (le numéro de danse de Bubble (Rihanna), totalement gratuit).
Le spectateur verra des références visuelles à <i>Star Wars</i> et à <i>Avatar</i>
Inévitablement, le spectateur verra des références visuelles à Star Wars et à Avatar (et à James Bond pour l'humour dans l'action). Sur écran géant, l'ensemble est une extravaganza qui bombarde le cerveau de facteurs «wow». Reste que cette surstimulation ne dissimule pas la vacuité de l'ensemble.
Diversité
Bien sûr, Besson a conservé les principaux thèmes de la saga Valérian: diversité, ouverture aux autres, humanisme, pacifisme et dénonciation des travers comme la subordination et l'ambition. Il respecte aussi la propension de Laureline à défendre les opprimés en bottant des fesses (un personnage beaucoup plus intéressant que Valérian, d'ailleurs). Modernité oblige, Valérian et la cité... aborde l'intelligence artificielle et la réalité virtuelle, sans approfondir.
Comme d'habitude chez Besson, d'ailleurs, on reste à la surface des choses ou bien on les traite de façon simpliste alors qu'un réalisateur peut divertir intelligemment! Il y a aussi un lot de clichés, dont l'utilisation comme élément de suspense du compte à rebours apocalyptique. Come on! En fait, c'est toute sa mise en scène qui ne casse rien.
Le spectateur le moindrement perspicace aura compris dès le début que le pire ennemi de l'homme est l'homme (surtout quand il s'agit d'un «méchant» caricatural). On peut dire la même chose du réalisateur dans sa volonté d'être le plus américain des cinéastes européens: il est son pire ennemi. Besson devrait méditer là-dessus.
Au générique
Cote: **1/2
Titre: Valérian et la cité des mille planètes
Genre: science-fiction
Réalisateur: Luc Besson
Acteurs: Dane DeHaan, Cara Delevingne, Clive Owen, Ethan Hawke
Classement: général
Durée: 2h18
On aime: l'extravagance visuelle
On n'aime pas: la réalisation banale, la direction d'acteurs approximative, la superficialité du propos