L'actrice transgenre Daniela Vega est à l'affiche du film chilien Una mujer fantastica.

Une actrice transgenre chilienne fait sensation à la Berlinale

À la Berlinale, la femme du jour était dimanche Daniela Vega, une actrice transgenre à l'affiche du film chilien Una mujer fantastica, dans le rôle bouleversant d'une femme qui doit se battre pour exister à la mort de son compagnon.
L'actrice a marqué les esprits en Marina, une serveuse de 27 ans qui vit une histoire d'amour avec un homme plus âgé, Orlando, jusqu'à ce qu'il meure brutalement.
Du jour au lendemain, elle est sommée de quitter leur appartement à Santiago, la famille lui interdit l'accès aux funérailles et une enquête est ouverte pour examiner la «teneur» de leur relation, qui dérange, car Marina est née dans un corps d'homme.
L'air déterminé, parfois enragé, Marina va prendre son courage à deux mains pour continuer à vivre, loin de ceux qui voient en elle un monstre.
Elle «est presque un peu inconsciente, mais elle veut dire au revoir à Orlando. Elle est fantastique (comme dans le titre) parce qu'elle trouve la dignité là où il n'y en a pas», a expliqué Daniela Vega, devant la presse à Berlin où elle a fait sensation.
Pour l'actrice, passée par le théâtre et également chanteuse, il n'est pas question d'être cantonnée dans des rôles transgenres (elle aimerait notamment jouer une femme enceinte), mais il est aussi important d'«interpréter les symptômes sociaux que nous vivons».
«J'ai joué des personnages transgenres, car nous sommes en train d'expérimenter ce changement». Pour autant, le film n'est pas «un plaidoyer, mais une histoire d'amour entre deux personnes que la vie sépare», a-t-elle insisté.
Une vision partagée par le réalisateur, le Chilien Sebastian Lelio, qui fait partie de la nouvelle vague de cinéastes chiliens avec Pablo Larrain (Neruda, Jackie), qui a coproduit le film.
«Le cinéma devrait plutôt poser les questions que d'apporter les réponses, donc il s'agit surtout d'apporter un éclairage», souligne le réalisateur qui a acquis une renommée internationale avec un autre portrait de femme, celui de Gloria en 2013.
Présenté à Berlin, le film avait d'ailleurs valu un Ours d'argent de la meilleure actrice à son interprète, Paulina Garcia.
«Quel est le genre de monde que nous souhaitons? Avec des murs et des étiquettes? Ou dans une logique de vie commune? De manière intuitive, le film s'intéresse à cela», a-t-il souligné, confirmant combien la politique américaine de Donald Trump est dans tous les esprits à la Berlinale.
S'apparentant à un mélodrame, non dénué d'humour, Una mujer fantastica parle d'identité sexuelle sans jouer sur l'ambiguïté sexuelle de ses personnages.
Le film a été écrit bien avant l'émergence d'une culture transgenre «installée dans notre imaginaire collectif», a expliqué le réalisateur, qui dit s'être plus inspiré de l'oeuvre de Louis Malle que de celle d'Almodovar, qui compte de nombreux personnages de transexuels hauts en couleur.
The Bomb explose au festival du film de Berlin
The Bomb, ovni cinématographique sur les dangers de l'armement nucléaire et la fascination qu'il suscite, a secoué les spectateurs du festival du film de Berlin, impressionnés par un film aux confins du politique et de l'esthétique.
Réalisation de Kevin Ford, Smriti Keshari et du journaliste d'investigation Eric Schlosser, The Bomb avait déjà fait sensation au festival new-yorkais de Tribeca, où il avait été projeté en première mondiale l'an passé.
Conçu comme un vidéoclip d'un peu moins d'une heure, il compile, dans un montage nerveux, des images d'archives et récentes de lancements de missiles, d'explosions atomiques ou d'anciens spots vantant les mérites du nucléaire. Le tout accompagné en direct par le groupe de musique électro The Acid, qui joue dans une fosse devant l'écran.
Quasi expérimental, le film documentaire a été conçu pour être projeté à 360° pendant que les musiciens jouent au milieu de l'espace occupé par les spectateurs. À la Berlinale, il a été projeté dans une salle classique, où il a malgré tout électrisé les spectateurs.
Éléonore Clemente a «bien aimé l'esthétique du film». Cette Française de 26 ans se dit également très «surprise» par la masse d'armes nucléaires dans le monde - 15 000, dont plus de 90 % aux mains des États-Unis et de la Russie, ont expliqué les réalisateurs à l'issue de la projection.
L'audace du film, dérangeante sur un tel sujet, est entièrement assumée par les auteurs, explique la réalisatrice Smriti Keshari : «Il y a sans aucun doute [chez les hommes]une séduction pour les machines», et les bombes nucléaires «sont les plus puissantes» jamais créées, relève-t-elle.
Séduction
«C'est cette séduction que nous voulions explorer» en créant «une relation émotionnelle avec le sujet parce que vous ne pouvez pas être inspiré ou motivé par une idée abstraite : les armes nucléaires sont enterrées, elles ne sont pas visibles», a expliqué la jeune femme.
Pour les auteurs de The Bomb, deux dangers menacent l'humanité : le changement climatique et la bombe atomique. Le changement climatique, «vous pouvez le voir en face de vous. Les armes nucléaires, parce qu'elles ne sont pas visibles, les gens pensent que le danger est passé», juge Smriti Keshari.
Pour illustrer les dangers des armes nucléaires, Eric Schlosser a quant à lui pris l'exemple des membres de l'armée de l'air américaine, l'US Air Force, appelés à les manipuler: ils sont soumis à des «tests de fiabilité» afin de déterminer s'ils sont «stables émotionnellement», moralement «intègres» où s'ils n'ont pas «de problèmes financiers».
Selon ces critères, «mon président actuel [Donald Trump] ne serait pas admis au sein des US Air Force où à un quelconque endroit près d'une arme nucléaire», juge-t-il, «et pourtant, en ce moment, il est la seule personne autorisée [aux États-Unis] à donner l'ordre d'utiliser une arme nucléaire».