Enfants juifs dans la France occupée, Joseph et Maurice (Dorian Le Clech et Batyste Fleurial) doivent se débrouiller seuls pour atteindre Nice, dans un véritable jeu de chat et de souris avec les nazis.

Un sac de billes: le salut dans la fuite ***

CRITIQUE / Un sac de billes raconte une incroyable odyssée, inspirée de la fuite réelle de Maurice et Joseph, deux jeunes frères juifs, dans la France occupée de la Seconde Guerre mondiale. Christian Duguay filme avec son aplomb habituel ce récit initiatique, qui est aussi une belle leçon de courage et de résilience dans l'adversité. Le réalisateur québécois a su trouver le ton juste entre drame et moments plus légers, entre divertissement et devoir de mémoire.
Cette deuxième adaptation du récit autobiographique de Joseph Joffo, après celle de Jacques Doillon (1975), débute en août 1944, lorsque le garçon revient à Paris. Rien n'est plus comme avant. Retour en arrière à ce moment de mai 1942, où insouciance et joie de vivre sont oblitérées par cette infâme étoile jaune que doivent arborer les Joffo. Les deux garçons sont bientôt confrontés au racisme ordinaire de ceux qui étaient, il n'y a pas si longtemps, leurs amis...
Il devient trop dangereux de rester ou de fuir en famille. Maurice (Batyste Fleurial), 12 ans, et Joseph (Dorian Le Clech), 10 ans, doivent donc se débrouiller seuls pour atteindre Nice, dans un véritable jeu de chat et de souris avec les nazis. Leur traversée de la France n'est pas une sinécure et Duguay met bien en évidence les moments périlleux auxquels les enfants sont confrontés pendant ces deux années tragiques.
Mélo trop appuyé
Un sac de billes aurait pu être un film épique si Duguay avait su éviter le mélo trop appuyé. Ces quelques moments viennent gâcher le climat de tension habilement construit par le réalisateur de Jappeloup (2013). Grâce à sa caméra mobile et son usage justifié du gros plan, le Québécois, un technicien doué, nous fait vivre de très près les vives émotions vécues par les enfants.
Autre bémol, l'utilisation des clichés usés à la corde pour illustrer la complicité et la tendresse familiale, comme la bataille d'oreillers et la «lutte» sur la plage qui se termine avec le père tout habillé dans la mer...
C'est dommage parce que ces moments forcés font contraste avec le naturel désarmant des jeunes acteurs. On croit en ce duo de petits malins qui utilisent leur débrouillardise et leur détermination, avec un peu de chance, pour continuellement échapper aux soldats allemands qui les destinent aux camps de la mort.
Lâchetés et altruisme
Patrick Bruel, en père aimant, tendre et soucieux de léguer à ses enfants les outils pour survivre, offre une de ses meilleures prestations au cinéma, bien appuyé par Elsa Zylberstein en mère complice.
En entrevue, Christian Duguay soulignait que le rappel historique d'Un sac de billes n'avait rien de didactique. Il a raison. Mais il n'en est pas moins pertinent. Surtout à la lumière de la crise des migrants actuelle. En confrontant la France avec son passé collaborateur de façon très explicite dans ce film, il rappelle à tout l'Occident ses lâchetés, sa peur de l'autre et son repli identitaire.
Mais le drame fait aussi une belle place à tous ces gens altruistes, dignes et courageux qui aident les frères Joffo dans leur fuite perpétuelle. Un sac de billes n'accote pas le très beau La vie est belle (1997) de Roberto Begnini sur le plan esthétique, mais il suscite le même genre d'effet chez le spectateur, de 7 à 77 ans. C'est plutôt rare.
Au générique
Cote:  ***
Titre: Un sac de billes
Genre: drame
Réalisateur: Christian Duguay
Acteurs: Dorian Le Clech, Batyste Fleurial et Patrick Bruel
Classement: général
Durée: 1h53
On aime: la maîtrise technique, le naturel des enfants, la toujours pertinente leçon d'histoire
On n'aime pas: les clichés,le mélo trop forcé