Louis-José Houde joue un rôle dramatique dans Ça sent la coupe, celui d'un homme en pleine remise en question après le départ subit de sa blonde. «J'étais heureux d'aller dans cette direction-là, dans le respect des limites de mes capacités.»

Un joueur étoile pour Ça sent la coupe

Le Canadien de Montréal, un joueur étoile en Louis-José Houde et un réalisateur chevronné en Patrice Sauvé. Ça sent la coupe réunit tous les éléments pour faire les séries. En apparence. Le film repose sur un gros pari : l'humoriste joue un rôle dramatique, celui d'un homme en pleine remise en question après le départ subit de sa blonde. Histoire d'amour et d'amitié, donc. On s'est entretenu avec le chouchou des Québécois sur ce contre-emploi et ce qu'il représente dans son parcours au cinéma.
Q Tu as lu le roman de Matthieu Simard bien avant d'accepter le rôle. Par intérêt?
R On me l'a offert. J'ai aimé et j'en ai parlé, sans savoir qu'il y avait une adaptation en cours. Et ils ont fait appel à moi. J'ai lu une première version vers 2013.
Q Qu'est-ce qui t'a séduit dans ce rôle?
R La sobriété du personnage. Il ne va pas très bien, dans le film, et je trouve que ça m'amenait ailleurs, dans un autre registre. Ça me permettait d'expérimenter avec une autre tonalité.
Q C'est un rôle dramatique. As-tu eu des doutes?
R À la lecture du scénario, non. J'ai dit oui parce que j'avais pas le feeling d'embarquer dans quelque chose que je n'étais pas capable de gérer. Ça aurait pu être trop dans la dépression ou la tristesse, et j'aurais pas eu les outils pour ça.
Q Tu t'es déjà ouvertement demandé si tu avais le coffre pour être un acteur. Est-ce que ce film t'a rassuré sur tes capacités?
R Peut-être un peu. Je demeure prudent. Le film a un registre dramatique, mais mon personnage n'est pas sanglotant. Je ne joue pas non plus un psychopathe ou un junkie en sevrage. Ça demeure accessible. Mais, oui, je suis peut-être capable de passer des émotions à l'écran qui ne sont pas dans le comique.
Q Ça demeure un contre-emploi. Est-ce que ça te séduisait?
R Oui. J'aimais ça. J'étais heureux d'aller dans cette direction-là, dans le respect des limites de mes capacités. Dès que tu fais une comédie ou deux, on te demande si tu aurais le goût de faire autre chose. Mais j'ai jamais cherché à faire ça. Je me trouve bien chanceux de faire du cinéma. Je le prends avec beaucoup d'humilité. Je ne veux pas prendre tout ce qu'on m'offre. J'aimais ce contre-emploi, mais je l'ai pris aussi parce que j'aimais le scénario de Matthieu [Simard] et l'idée de travailler avec Patrice Sauvé. Il y avait plein de facteurs.
Q Dont, j'imagine, la dimension hockey, toi un collectionneur?
R Oui. Mais il faut aussi que les gens comprennent que c'est une histoire d'amitié et d'amour sur fond de hockey. Ce n'est pas secondaire, mais ce n'est pas la matière première. Bien sûr, il travaille dans une boutique de souvenirs de hockey. Je dirais que ça a été un beau tournage (rires).
Q Au-delà de cet aspect, justement, est-ce que tu t'identifiais à Max?
R Je me sentais assez proche de lui. N'importe qui qui a vécu une peine d'amour, c'est difficile de ne pas s'identifier. Tu sais comment la personne se sent et tu as une certaine empathie. Ça me replongeait là-dedans et je me suis inspiré de mon vécu.
Q Max est aussi troublé par le deuil de son père, le souvenir des soirées passées à écouter le hockey en sa compagnie. Est-ce que tu as vécu ce genre de relation?
R Ça me touchait totalement. Mon père m'habillait en gardien de but pour jouer au hockey quand j'étais tout petit et ça coûtait cher. À 7 ans, il m'avait amené au Forum pour mon premier match du Canadien. Après ça, c'est moi qui l'a amené. On n'a pas de tradition de regarder le hockey le samedi soir, mais il a été un papa de hockey dans les estrades, avec les hauts et les plusieurs bas que ça impliquait...
Q Comment as-tu préparé ton rôle?
R Je suis de presque toutes les scènes. Toute mon énergie allait là-dessus. Ma tournée était terminée. Je faisais juste ça. Je mets des heures sur mes numéros d'humour. Je me disais qu'il fallait que je mette la même dose d'énergie. Le bonheur au cinéma, c'est qu'il y a quand même un peu de temps. On peut peaufiner une scène tant qu'on n'est pas content. Ce travail de minutie sur un plateau est fascinant.
Q Tu as aussi repris ton rôle dans De père en flic 2, qui sort cet été. As-tu d'autres projets en cinéma?
R Non. Je travaille sur mon prochain spectacle, qui débute cet été. Pour la suite, on verra, mais il n'y a rien de confirmé encore.
Patrice Sauvé, l'entraîneur chevronné
Pour Patrice Sauvé, <i>Ça sent la coupe</i> a été le plus beau tournage de sa vie.
Le hasard fait, parfois, bien les choses. Patrice Sauvé, réalisateur des séries-cultes La Vie, la vie et Grande Ourse, n'a pas eu le succès escompté au cinéma. Puis, on lui a demandé de donner un coup de main à Matthieu Simard, qui peinait sur l'adaptation de son roman Ça sent la coupe. «Happé», il a fait sien ce qui est devenu son troisième long métrage et «le plus beau tournage de ma vie». Ça sent le succès!
Le réalisateur de 50 ans n'écrit pas ses scénarios. «Ma sensibilité est au service des histoires et c'est d'en trouver que je crois que je peux porter. Celle de Matthieu en faisait partie et c'est une vraie chance.»
Il a facilement pu s'identifier au personnage de Max, 35 ans, inconditionnel du Canadien toujours en deuil de ses parents qui se fait plaquer en plein milieu d'un match qu'il écoute, comme d'habitude, avec son trio d'amis. Ce qui va déclencher une profonde remise en question. Le réalisateur ne le précise pas, mais il a eu ses moments difficiles. Les gars, «on n'est pas outillés pour traverser les crises, accepter que quelque chose soit fini».
Le hockey sert de toile de fond dans cette comédie dramatique aux accents romantiques. La saison 2009-2010 du Canadien, riche en rebondissements, rythme l'action et les humeurs changeantes de Max. L'équipe connaît un succès inattendu en séries éliminatoires. D'où l'expression consacrée. Mais le Ça sent la coupe sert aussi de «grande métaphore».
Ce n'est pas pour rien que le titre «est la dernière image du film. On oublie, bêtement, dans une crise, qu'il y aura un après. Que ça sente la coupe, ça n'arrive pas si souvent dans une vie. Mais il ne faut pas croire que ça n'arrivera plus. Ça peut vouloir dire quelque chose de fondamental. La petite chanson en dedans de toi qui te redonne le goût de vivre, de tomber en amour, de faire des enfants, de changer de job, d'essayer de te réincarner, ben, c'est ça qu'on a essayé de célébrer avec le titre et le chemin de Max.»
La foi du sportif de salon
Et, évidemment, cette foi sans cesse renouvelée du sportif de salon, en début de saison, que tout devient possible. Que ce soit le hockey, le soccer ou le football (Sauvé est un partisan des Patriots, les Steelers pour l'auteur de ces lignes), «on oublie parfois qu'il s'est déroulé des moments charnières qui ont marqué nos vies.
«Il y a des espaces de notre intimité qui ont été marqués par ces matchs-là. Même en faisant le film, on n'avait pas réalisé à quel point c'est puissant. Je me suis mis à penser à mon père, à quel point cette sédimentation de tous ces matchs du Canadien avec lui dans les années 70, puis avec ma gang de chums de 14 à 22 ans, avec mes blondes dans la trentaine, ont marqué ma vie.»
Tout comme la rencontre avec Matthieu Simard. La paire travaille au développement de deux longs métrages - le romancier a attrapé la piqûre du cinéma. Le réalisateur «espère que ça ne prendra pas huit ans». Grande Ourse - la clé des possibles est sorti en 2009. En attendant, il a tourné Victor Lessard, avec Patrice Robitaille et Julie Le Breton, «psycho-thriller plus proche de Seven que de Ça sent la coupe». Les 10 épisodes seront diffusés en mars sur Club Illico.
Mais lundi, au téléphone, le réalisateur n'en avait que pour son troisième film. «Ça a commencé par un hasard et ça se termine par une histoire d'amour.» Ne reste plus qu'à souhaiter la même chose sur le plan personnel, dit Sauvé en riant.
Matthieu Simard, la recrue
Le réalisateur Patrice Sauvé et le scénariste Matthieu Simard, qui a voulu prendre ses distances avec son roman pour l'adapter au grand écran.
Matthieu Simard n'avait aucune idée de l'ampleur du défi qu'il relevait en adaptant Ça sent la coupe (2004). D'autant que le scénariste recrue a voulu prendre ses distances de son roman pour écrire «une nouvelle histoire, avec la même énergie». Un récit plus mature, inspiré de ses expériences, heureuses autant que douloureuses, comme la perte de son père. Tout en conservant le hockey comme toile de fond. L'un ne va pas sans l'autre dans ce film dédicacé «à nos papas».
La longue maladie de son père, décédé tout juste avant le début du tournage, a donné à l'homme de 42 ans ses moments les plus inspirés sur le deuil et les relations père-fils. «Mes plus beaux souvenirs avec mon père sont liés au hockey ou à la Formule 1. Je me souviens des samedis soir, d'entendre ma mère gueuler après les joueurs comme si elle avait le contrôle sur eux, mon père rire d'elle et s'endormir pendant la deuxième période... Ce n'est pas toujours le hockey, mais il y a ça, qui est suffisamment présent dans nos vies pour que ça teinte nos relations avec nos parents.»
Ce qui en dit long sur la place du hockey au Québec, véritable religion ou drogue, au choix. On peut se demander, d'ailleurs, si ce rituel ne prend pas trop de place dans la vie de certains. «Je veux poser la question. La réponse n'est pas si claire que ça. Quelle place ça doit prendre pour que ça demeure sain, pas trop maladif ou religieux? Mais il y a une place pour ça.»
Le renouveau qui accompagne chaque saison peut devenir une source d'inspiration, croit-il. «Si on s'éloigne du hockey pour aborder la chose de façon plus personnelle, ''ça sent la coupe'', c'est l'espoir que les choses peuvent changer, qu'on peut regarder en avant. Un peu comme tout le monde l'a fait avec 2016, une année atroce. Tout le monde a embarqué dans 2017 en se croisant les doigts.»
Incommunicabilité
Si le Canadien fait partie de notre ADN, tant pour les fefans que pour ceux qui se réveillent la nuit pour les haïr, Ça sent la coupe traite aussi d'une tare typiquement québécoise : nos profonds problèmes d'incommunicabilité. Comme le dit Julie (Émilie Bibeau) à Max (Louis-José Houde) après leur séparation: on fait pas ça, nous, se parler.
«C'est probablement ma ligne préférée du film. Elle le dit de façon tellement sincère et intime, mais ça se répercute dans tout. Au Québec, dès qu'il s'agit de relations amoureuses et amicales, on fait pas ça, se parler. On voulait faire un film qui nous ressemble, qui est sincère et qui parle de nous.»
Sans calcul, précise-t-il. Si le ton est moins cru, c'est qu'il a «vieilli». «Le roman était plus anecdotique. [Patrice et moi sommes] rentrés dans quelque chose de plus dramatique. On n'a jamais pensé grand public ou pas. On a voulu faire le film qu'on voulait raconter. Ce qui nous a permis d'être très vrais.»
Avec cette première expérience au cinéma qui lui a bouffé six ans de sa vie, l'auteur (Douce moitié, Llouis qui tombe tout seul) espère que les spectateurs en retireront quelque chose. «Je préférerais que notre film soit détesté ou très aimé plutôt que tout le monde dise : c'était correct. Je veux provoquer un peu de passion, d'un bord ou de l'autre.»
Ça sent la coupe prend l'affiche le 24 février.