La vie de Fares (Sami Bouajila) et Meriem (Najla Ben Abdallah) vole en éclat lorsque leur fils Aziz, 11 ans, est touché par une balle perdue.
La vie de Fares (Sami Bouajila) et Meriem (Najla Ben Abdallah) vole en éclat lorsque leur fils Aziz, 11 ans, est touché par une balle perdue.

Un fils: La mort aux trousses *** 1/2

CRITIQUE / Il n’y a rien comme une tragédie — familiale de surcroit — pour servir de révélateur. Un fils, drame poignant doublé d’un fort suspense, en dit autant sur les liens qui unissent un homme et une femme que sur une société tunisienne qui se fissure de partout. Magnifiquement interprété et filmé avec une belle retenue, voilà un superbe long métrage pour renouer avec le cinéma en salle.

Dans Un fils, une balle fait tout voler en éclat. Fares (Sami Bouajila) et Meriem (Najla Ben Abdallah), parents d’Aziz, 11 ans, forment un couple progressiste et bien nanti de la Tunisie, début 2010. Lors d’une virée dans le sud du pays, la famille se retrouve au mauvais endroit, au mauvais moment. À la suite d’un attentat terroriste, le garçon écope d’une balle perdue dans l’abdomen.

Paniqué, le duo conduit Aziz à l’hôpital. Le foie gravement atteint, une greffe s’impose sous peine de mort. Le temps est compté et seul le cercle familial peut agir comme donneur. Or, les tests révèlent que Meriem n’est pas compatible en raison de son groupe sanguin et que Fares… n’est pas le père !

Il s’agit d’un point de rupture pour le couple. Le premier long métrage de Mehdi M. Barsaoui rappelle La chambre du fils, pinacle de la carrière de réalisateur de Nanni Moretti et Palme d’or 2001, dans son exploration des douleurs liées à l’absence et à l’ébranlement des certitudes.

Alors que l’Italien adoptait une approche plus psychanalytique sur le deuil et la résilience, Un fils s’écarte du noyau familial pour ouvrir sur une plus vaste perspective, à la fois morale et sociale, avec une facture très authentique, jamais plaquée.

Meriem tente désespérément de retrouver son amant, perdu de vue depuis 10 ans, prête à subir les conséquences d’un amour adultérin dans une société patriarcale qui compose avec la montée de l’intégrisme musulman. Fares, lui, se fait offrir un pacte faustien.

Un homme lui propose un foie — et une table d’opération dans une clinique privée — en échange d’une forte somme d’argent. Il s’agit, de toute évidence, d’un trafic d’organes sur lequel le père veut fermer les yeux. Car Aziz se meurt…

Les images de la Tunisie sont superbes.

Mehdi M. Barsaoui filme bellement, de façon naturaliste, ces parents désespérés, cadrant souvent en gros plans, mais sans tomber dans le pathos. Sa fin ouverte s’avère absolument conséquente avec tout ce qui précède.

Il peut compter sur des performances intenses et nuancées de Najla Ben Abdallah, qui a une florissante carrière à la télé tunisienne, et de Sami Bouajila. L’expérimenté interprète (Indigènes, Les témoins, Omar m’a tuer…) a d’ailleurs obtenu le prix du meilleur acteur dans la section Orizzonti à la Mostra de Venise 2019.

Couronné de plusieurs récomprenses, Un fils a entre autres remporté celui du meilleur film au Festival de Hambourg (2019). La fin ouverte s'avère conséquente avec tout ce qui précède.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Un fils

Genre : Drame

Réalisateur : Mehdi M. Barsaoui

Acteurs : Sami Bouajila, Najla Ben Abdallah

Durée : 1h36