Coco est une véritable partie de plaisir cinématographique d’une richesse visuelle remarquable.

Un feu d’artifice nommé Coco ***1/2

CRITIQUE / Un nouveau Pixar est toujours attendu avec une dose d’anticipation et d’appréhension : le studio aux 22 Oscars saura-t-il répondre aux attentes? On vous rassure : Coco, leur 19e long métrage d’animation, est une fable brillante, touchante et colorée (mais un peu larmoyante). Un véritable feu d’artifice, en fait, qui célèbre une riche tradition culturelle mexicaine tout en abordant avec beaucoup de doigté les thèmes de la mort, du souvenir et de la famille.

La Coco du titre est l’arrière-grand-mère, un peu sénile, de Miguel. L’attachant garçon de 12 ans, déterminé et débrouillard, a le malheur de vivre dans une famille qui a banni la musique après que le père de Coco ait quitté femme et enfant pour faire carrière, sans jamais revenir. Ce qui ne l’empêche pas de porter un véritable culte secret à Ernesto de la Cruz, un chanteur de charme célèbre. 

Mais voilà que le Jour des morts (Día de muertos, célébré le 2 novembre) offre une occasion en or à l’aspirant musicien : un concours de talents sur la place publique du village. Ses aspirations contrariées par sa grand-mère Rivera poussent Miguel à «emprunter» la guitare emblématique de son idole dans son caveau. Mal lui en prit: le voici projeté dans le monde des morts fantasmagorique rempli d’alebrije (des créatures fantastiques) en compagnie de Dante, chien fou à la langue pendante.

Miguel doit obtenir la bénédiction d’un membre (décédé) de sa famille pour retourner chez les vivants avant l’aube. À condition de renoncer à la musique à jamais… N’en disons pas plus. Sa quête effrénée pleine de rebondissements chez les disparus ne fait que commencer. Coco est une véritable partie de plaisir cinématographique d’une richesse visuelle remarquable.

Célébration des arts

Pixar a souvent su faire preuve autant d’audace (Sens dessus dessous, Ratatouille, WALL-E) que de sensibilité (Là-haut) par le passé. Coco se trouve au confluent des deux, mélangeant réalisme magique et richesse thématique de sujets universels. Bien sûr, la fable aborde les questions inévitables liées à la mort, en particulier ce qu’il reste de nous après notre départ: le souvenir perpétué dans la mémoire de nos êtres chers. Le film en fait une très belle allégorie.

Mais il aborde aussi de front le poids des traditions, culturelles et familiales, qui sont parfois un frein aux aspirations de la jeune génération. Doit-on sacrifier ses rêves les plus chers à sa famille? Le «fantôme» d’Ernesto n’arrête pas d’inviter Miguel à saisir l’occasion. Une aspiration légitime, mais qui peut aussi avoir un coût terrible…

Cela dit, Lee Unkrich et Adrian Molina appuient légèrement sur le crayon à ce chapitre, laissant au (jeune) spectateur tout le loisir de s’attacher à la quête de Miguel sans trop réfléchir au propos. Qui percolera ensuite…

De plus, l’esthétique chatoyante est une véritable fiesta pour les yeux. Les oreilles sont aussi comblées avec une trame sonore qui fait presque autant de place aux chansons composées pour l’occasion qu’aux airs traditionnels des mariachis. Après tout, Coco est une célébration de l’importance des arts (et de la créativité), en général, et de la musique en particulier.

En terminant, je trouve aberrant que la version doublée au Québec ait choisi la traduction «Jour des ancêtres» pour «Día de muertos» («Day of the Dead» en anglais) alors que tout le film est bâti sur l’acceptation du concept de mort, de souvenir et de deuil. De quoi a-t-on eu peur?

AU GÉNÉRIQUE

  • Cote: ***1/2
  • Titre: Coco
  • Genre: animation
  • Réalisateurs: Lee Unkrich, Adrian Molina
  • Classement: général
  • Durée: 1h45
  • On aime: l’animation colorée. Le doigté de l’approche. L’universelle richesse thématique. Le récit imaginatif
  • On n’aime pas: la malavisée traduction Jour des ancêtres