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Cinéma
Un duo québécois en route vers les Oscars
Deux films québécois sont en lice cette année pour l’Oscar du meilleur court-métrage de fiction, une première. Tout juste avant leur départ pour Hollywood, la semaine dernière, Le Soleil s’est entretenu avec les deux réalisateurs qui écriront peut-être dimanche une nouvelle page d’histoire de notre cinéma, Marianne Farley (Marguerite) et Jérémy Comte (Fauve).
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Jérémy Compte: un rêve d'enfance

Faire du cinéma est un «rêve d’enfance» pour Jérémy Comte. Déjà, vers l’âge de 6 ans, le classique d’animation de Disney, Fantasia, tournait en boucle dans le magnétoscope. «J’adorais les moments abstraits, la couleur adaptée à la musique qui était si poignante. Je trouvais ça puissant.»

Après avoir grandi à la campagne, à sept kilomètres du village de Sawyerville, en Estrie, le jeune réalisateur a véritablement découvert le septième art lors du déménagement de sa famille à Sherbrooke.

C’est en montant une pièce au secondaire qu’il «tombe en amour» avec l’art de la création, «cette magie qui donne un sentiment d’euphorie». Une caméra entre les mains, «avec les moyens du bord», l’adolescent se lance dans la réalisation de vidéos sur l’univers du skate, une activité dont lui et ses amis sont friands.

Plus tard, le diplômé en cinéma de l’Université Concordia se distingue en remportant le concours La Course des régions. Un autre court-métrage, Feel the Hill, réalisé à 18 ans, se retrouve au Festival de films de montagne de Banff. «Le cinéma direct québécois m’a beaucoup inspiré», explique celui qui garde un vif souvenir de Léolo (Jean-Claude Lauzon), de Maelström (Denis Villeneuve) et de L’eau chaude, l’eau frette (André Forcier).

La paisible vie rurale de son enfance, à errer en toute liberté entre champ et forêt, lui a inspiré le scénario de Fauve, où deux garçons (Félix Grenier et Alexandre Perreault) voient leurs jeux insouciants prendre une tournure dramatique, dans une mine désaffectée. Le film, tourné dans la région de Thetford Mines en 2017, a récolté 70 prix dans les quelque 130 festivals internationaux, dont le Prix spécial du jury à Sundance.

L’annonce de sa nomination à l’Oscar du meilleur court-métrage de fiction a créé un véritable tsunami dans son existence. «Je reçois tellement d’amour de partout. C’est super beau à voir. Des gens que je n’avais pas vus depuis le secondaire m’écrivent», mentionne-t-il en entrevue téléphonique depuis l’aéroport Trudeau, à une heure du départ de son vol vers Los Angeles. Une semaine chargée l’attendait là-bas, avec une série d’entrevues, d’activités promotionnelles et de cocktails.

Le réalisateur de 28 ans, grand admirateur du travail de Paul Thomas Anderson (Magnolia, There Were Be Blood) est accompagné en Californie par huit collaborateurs de son film, dont l’un des deux jeunes acteurs, Félix Grenier. 

Après avoir assisté tant de fois à la soirée des Oscars devant le petit écran, entouré d’amis avec qui il tenait des paris, Jérémy Comte doit se pincer pour réaliser qu’il foulera le tapis rouge hollywoodien. Même s’il sait qu’il existe un «gros buzz» autour de son film, rien n’est gagné pour autant. «C’est vraiment dur à dire, c’est tellement politique.»

Et tes scores avant, à la soirée des Oscars, ça disait quoi?

«C’était pas mal, quand même...» 

Cinéma

Marianne Farley: et si sa mère avait vu juste...

Chaque année depuis longtemps, la mère de Marianne Farley assiste «religieusement» devant la télé à la soirée des Oscars. Elle a pris soin de voir tous les films en nomination pour étayer ses prédictions. «C’est drôle, mais elle m’a toujours dit que je gagnerais un Oscar un jour...»

À l’autre bout du fil, Marianne Farley relate cette anecdote qui aura peut-être valeur de prophétie. Le site Indiewire, référence importante dans le monde du cinéma, avance que son court-métrage Marguerite l’emportera dimanche soir. «Le genre de film accroche-cœur qu’aiment les membres les plus âgés de l’Académie», écrit-on.

Peu importe le résultat, la réalisatrice estime que de se retrouver parmi les cinq finalistes est déjà une victoire en soi. À son avis, la qualité du film compte bien sûr dans le choix du gagnant, mais le processus repose aussi sur un concours de circonstances et un peu de chance. «Ce qui touche l’Académie et ce qui se passe dans l’actualité peuvent avoir une influence sur le vote.»

En cela, Marguerite est au confluent de thèmes dans l’air du temps, à commencer par le vieillissement et l’homosexualité. Béatrice Picard incarne une octogénaire qui reçoit régulièrement la visite d’une infirmière gaie (Sandrine Brisson), ce qui l’incitera à lui ouvrir son jardin secret.

«Ça illustre la différence entre les générations. Plusieurs personnes âgées n’ont pas eu la liberté d’être ce qu’elles étaient. Plus tu vieillis, plus tu réfléchis à la vie que tu aurais pu avoir. C’est un film sur la compassion, l’amour, le regret et l’importance de faire la paix avec son passé.»

Issue d’une famille où la musique et le cinéma occupent une grande place, Marianne Farley a débuté comme chanteuse, avant de devenir comédienne, il y a une vingtaine d’années. Au petit écran, on a pu la voir dans Mémoires vives et 30 vies. Parfaitement bilingue, elle a aussi décroché des rôles dans plusieurs téléséries canadiennes-anglaises.

«J’ai découvert très tôt le cinéma. On écoutait en famille les films de Frank Capra, comme Mr. Smith Goes to Washington et It’s a Wonderful Life», indique celle qui a été productrice de quelques courts-métrages québécois.

«Le premier film qui m’a marqué, c’est Psycho, d’Alfred Hitchcock, que j’ai vu à 7 ans. Ça m’a un peu traumatisée. Un film qui m’a influencée plus tard, c’est Cours, Lola, cours (de l’Allemand Tony Tykwer). Il est arrivé dans ma vie à une époque où j’avais besoin de ce genre de cinéma.»

À titre de réalisatrice, elle est fan du cinéma de Paul Thomas Anderson. Comme actrice, elle avoue un faible pour les comédiens «capables d’une grande profondeur et qui jouent proches de qui ils sont». Elle nomme Viggo Mortensen, Olivia Coleman et Chloe Sevigny.

La cinéaste a passé les derniers jours en Californie pour cette «belle aventure» que constitue une nomination aux Academy Awards. «Nous avons eu le “lunch des nominés”, il y a quelques semaines, où il y a eu une photo de groupe. On nous a donné des explications sur le déroulement de la soirée. Cette semaine, c’est la ronde des entrevues. C’est assez impressionnant comme organisation.

«Je ne croyais pas que c’était autant de travail, poursuit-elle. Je pensais que j’avais juste à me trouver une robe. Même si je ne suis pas une fille de tapis rouge, il faut jouer le jeu.»

Au moment de l’entretien, la cinéaste n’avait pas encore pris le temps de préparer son discours de remerciement si jamais le nom de son film est prononcé. Chose certaine, elle va essayer de respecter les directives de l’Académie qui n’aime pas que les gagnants fassent trop long.

«On n’aime pas quand on remercie tout le monde. On nous a montré le discours parfait, celui de Steven Soderbergh (gagnant du meilleur film pour Traffic en 2001). Il n’avait remercié personne, disant préférer le faire dans l’intimité, en face à face. De toute façon, tu ne peux pas remercier tout le monde en 45 secondes.»