L'opposant politique Boris Nemtsov a été assassiné le 27 février 2015.

Un documentaire ravive le souvenir de l'opposant Boris Nemtsov

Pour faire revivre Boris Nemtsov, deux ans après son assassinat près du Kremlin, la réalisatrice russe Vera Kritchevskaïa dresse le portrait du farouche opposant russe dans un nouveau documentaire.
Intitulé L'Homme qui était trop libre, ce documentaire sera projeté dès le 23 février dans une vingtaine de villes russes, dont la capitale, Moscou.
«Je ne m'attendais pas à ce que le film soit autant distribué», se félicite Vera Kritchevskaïa, encore étonnée d'avoir reçu le feu vert des autorités pour son documentaire sur un des plus fameux opposants russes. «J'espère que tout va bien se passer», ajoute-t-elle, inquiète.
S'il a été autorisé à être aussi largement diffusé, c'est parce que «les documentaires vous laissent parler des sujets qui touchent la société russe», explique le producteur Evgueni Guindilis. «Dans des films de fiction, c'est devenu beaucoup plus difficile».
Connu pour son opposition au Kremlin, l'ancien vice-Premier ministre Boris Nemtsov a été abattu à 55 ans de quatre balles dans le dos au pied du Kremlin le 27 février 2015.
Son meurtre, qui avait provoqué une onde de choc et de consternation à travers le monde, n'est pas au coeur du documentaire : Vera Kritchevskaïa a surtout voulu faire revivre l'homme et à travers lui, l'opposition russe dont il était une figure de proue.
Ce documentaire, dont le budget n'a pas dépassé les 100 000 euros (139 000 $CAN), est «sur le temps que nous avons perdu», explique celle qui a travaillé pour la chaîne NTV, placée sous le contrôle de l'État dès 2001.
Dans un des nombreux entretiens, pour la plupart menés par le journaliste Mikhaïl Fichman, l'opposant numéro un au Kremlin Alexeï Navalny résume : «Une époque a un visage. (Boris Nemtsov) l'incarnait».
«Belle mort»
Jeune, charismatique et plein d'éloquence, Boris Nemtsov était l'une des principales figures de l'opposition russe, comme le rappelle le documentaire.
Après avoir été gouverneur de la région de Nijni-Novgorod, à 400 km à l'est de Moscou, il avait entamé une ascension fulgurante sous la présidence de Boris Eltsine, sous lequel il avait incarné la génération des jeunes ministres réformateurs de la Russie postsoviétique.
De mars 1997 à août 1998, il avait obtenu le poste de vice-Premier ministre chargé du secteur énergétique et des monopoles, secteur très convoité, ce qui lui a valu ensuite d'être régulièrement dénoncé par le Kremlin comme un homme politique lié aux oligarques ayant profité de la vague de privatisations des années 90.
Limogé par Boris Eltsine dont il était pourtant très proche, Boris Nemtsov bascule alors dans l'opposition quand Vladimir Poutine devient président.
Lors de la vague de contestation sans précédent qui a marqué en 2011-2012 la campagne électorale de Vladimir Poutine, il s'impose comme l'un des chefs de file, avec Alexeï Navalny.
Coprésident du parti d'opposition RPR-Parnas, il est élu en 2013 député au parlement de Iaroslavl, petite ville à quatre heures de route de Moscou. Mais, affirme Vera Kritchevskaïa, l'opposant «n'était pas un animal politique».
«Il suivait ses principes avec une constance absolue» et puisque l'opposition était exclue de la sphère politique, il a pris d'assaut les rues en manifestant sans relâche, raconte-t-elle.
Boris Nemtsov a été de très nombreuses fois arrêté au cours de manifestations. Même s'il était régulièrement menacé de mort, l'assassinat de l'opposant a bouleversé la société russe.
Une semaine après sa mort, des dizaines milliers de personnes avaient défilé dans les rues de Moscou pour lui rendre hommage et demander justice.
Mais, deux ans après, seuls les exécutants du meurtre - tous originaires des républiques russes de Tchétchénie et d'Ingouchie - ont été arrêtés, tandis que le commanditaire présumé, le Tchétchène Rouslan Moukhoudinov est toujours recherché par la police.
Pour l'opposant russe en exil et ancien oligarque Mikhaïl Khodorkovski, Boris Nemtsov aurait voulu mourir de cette façon-là, d'une balle transformant sa mort en exécution publique. C'est «une belle mort», estime-t-il.