Antonio Sánchez assurera la trame sonore en direct du film Birdman.

Un autre envol pour Birdman

Birdman, l'excellent film d'Alejandro G. Iñárritu prendra un nouvel envol jeudi, au Palais Montcalm. Le long métrage de 2014, mettant en vedette Michael Keaton, aura droit au jeu unique du batteur Antonio Sánchez, qui assurera la trame sonore en direct.
Birdman s'est distingué de plus d'une manière et la dimension musicale n'est certainement pas la moindre. Jamais, à ce jour, une production cinématographique n'avait inséré et fait parler des improvisations à la batterie de cette façon. Ce n'est donc pas un hasard si aujourd'hui Antonio Sánchez s'amuse à interpréter cette trame sonore un peu partout autour du monde, pour le plus grand plaisir des cinéphiles et des mélomanes. Le Soleil s'est entretenu avec le musicien.
Q Vous venez à Québec pour interpréter la bande sonore de Birdman. Ce n'est pas une première pour vous, mais ce n'est pas non plus le type de spectacle que vous donnez régulièrement...
R C'est un projet incroyablement agréable à faire pour moi, parce que, comme vous dites, c'est quelque chose de tellement différent de ce à quoi je suis habitué. Seul avec ma batterie, sur scène, je peux réaliser presque l'entièreté de la bande sonore devant un grand écran et c'est un sentiment hallucinant pour moi. Je crois que la réponse du public est favorable, car personne n'a vu quelque chose comme ça auparavant. 
Q À la base, cette bande sonore est le fruit d'improvisations. Mais est-ce que vous la reproduisez telle quelle ou vous êtes capable de garder des segments spontanés?
R Au départ, on travaillait à partir du scénario, car il n'y avait pas encore de film - ils n'avaient pas encore commencé à tourner. La première phase d'enregistrement n'était qu'avec Iñárritu, qui me parlait du scénario et m'expliquait les scènes en détail. Puis la deuxième fois, ils avaient la base du film, alors je suis allé à Los Angeles, ils m'ont montré ça et j'ai tout refait, mais c'était encore très improvisé. Alors quand je le fais en spectacle, chaque performance est unique, car je veux garder l'esprit de ce qu'Iñárritu essayait d'inculquer. Je m'efforce de conserver les effets dramatiques intacts, d'être fidèle à ça, mais ça n'aurait aucun sens si j'apprenais tous les rythmes, un à un, car ça ne sonnerait pas aussi naturel et ce n'était pas l'intention originale.
Q Comme vous l'indiquiez, des pistes de batterie ont été enregistrées avant même que le film ne soit tourné, ce qui a donné un rôle de premier plan à l'instrument et à votre jeu, mais ce qui fait comprendre aussi qu'Iñárritu n'a pas craint d'improviser avec son film, n'est-ce pas?
R C'est un des éléments que j'ai notés. [...] Pour moi, un film est quelque chose qui doit être fortement planifié. Je crois qu'il y a beaucoup de planification, mais qu'il s'appuie énormément sur son instinct et sa créativité. Par exemple, au tout début du film, quand le générique apparait au rythme de la batterie, ils ont fait ça à rebours. Ils ont fait apparaître les lettres sur ce que j'avais joué. Ils se sont nourris d'une portion de ce que j'ai fait et je me suis nourris de ce qu'ils ont fait...
Q Comment c'était d'être en studio avec Iñárritu qui n'est pas, à la base, un musicien? La manière de communiquer les idées était-elle différente?
R Il est très versé dans la musique. Même s'il n'est pas musicien, il comprend profondément la musique. Il était DJ à Mexico et il jouait la musique la plus cool et la plus à la mode dans les années 80, je crois. J'étais fan de son émission quand je vivais à Mexico, il comprend donc très bien la musique et même si les indications qu'il pouvait me donner n'étaient pas, disons, académiques, c'était très facile pour lui d'exprimer ce qu'il voulait et comment il souhaitait que les choses prennent forme.
Q Comme il s'agissait d'improvisations et non de pièces écrites et retravaillées, étiez-vous satisfait du boulot accompli quand vous vous êtes entendus ou vous auriez aimé retravailler ça?
R Tout s'est passé si rapidement... On a enregistré deux ou trois heures la première fois, puis, la seconde, c'était une journée et demie. On a réécouté quelques trucs, mais le film n'était pas terminé, il restait des trucs à faire. Je n'ai vu le produit fini qu'après un an et demi. Et j'ai été soufflé. Je n'avais jamais entendu ma batterie dans un cinéma. Il y a une incroyable qualité sonore sur l'enregistrement, l'ingénieur a fait un super boulot, ils savaient ce qu'ils faisaient. Je ne pouvais dire s'ils avaient coupé ou altéré ce que j'avais fait, car ça sonnait comme moi. Mais maintenant que j'ai joué avec le film si souvent, j'aimerais refaire la bande sonore. Je connais tellement le film, je connais exactement les dialogues, certains mouvements, je le fais mieux maintenant que sur l'original.
Q Vous voulez faire des bandes sonores sur une base régulière?
R Assurément. J'en ai fait quelques-unes. Un documentaire espagnol, puis un film britannique et là je fais de la musique pour une série télé, Get Shorty, qui s'inspire d'un livre - tout comme le film du même nom, paru dans les années 90. J'ai fait la première saison et ça vient d'être prolongé pour une seconde. J'y prends beaucoup de plaisir, parce qu'il y a beaucoup de batterie, d'éléments électroniques et autres.
L'homme de confiance de Pat Metheny
Au fil de sa carrière, Pat Metheny a eu des proches complices, comme le claviériste Lyle Mays ou le contrebassiste Steve Rodby, mais aucun n'est resté à ses côtés aussi longtemps et n'a participé à des projets aussi divers qu'Antonio Sánchez. La batteur aux racines mexicaines est le premier à se réjouir de ce partenariat qui remonte à l'an 2000. «J'ai tellement appris avec lui, que ce soit du côté business de la musique, à comment diriger un groupe, faire des tournées, à l'éthique de travail. C'est très inspirant de voir ça et de travailler avec quelqu'un de si accompli, qui continue d'avancer et de créer. Devant quelqu'un comme ça, je suis un débutant, à titre de leader de groupe ou de compositeur.»
En solo, avec une touche politique
Antonio Sánchez est impliqué dans maints projets. Son aventure principale est au sein du groupe Migration, mais il déploie ses intérêts également dans d'autres directions et s'apprête à lancer un album solo engagé. «J'ai ce groupe, qui peut transcrire les sons que j'ai dans ma tête, mais je peux jouer toutes sortes d'autres musiques. Le 29 septembre, je fais paraître un nouvel album intitulé Bad Hombre, qui a des résonnances politiques à cause de tout ce qui se brasse aux États-Unis en ce moment avec Donald Trump et son administration. Ce n'est que ma batterie et de l'instrumentation électronique, j'ai fait ça seul, chez moi, c'est très expérimental. J'ai écouté tellement de types de musique depuis que je suis enfant que je n'aime pas me concentrer uniquement sur une chose.»
Vous voulez y aller?
Qui: Antonio Sánchez joue Birdman
Quand: 21 septembre, à 20h
: Palais Montcalm
Billets: 61,99 $
Info: palaismontcalm.ca
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