Les dialogues entre Antoine (Jean Dujardin) et Anna (Elsa Zylberstein) sont savoureux, notamment parce qu'ils sont marqués d'une spontanéité remarquable.

Un + Une: on connaît la chanson ***

CRITIQUE / Claude Lelouch est ce genre de réalisateur qui refait, plus ou moins, le même film depuis le début de sa longue carrière - il l'admet volontiers. C'est d'autant plus évident avec Un + une qu'il s'agit d'un hommage à Un homme qui me plaît (1969), avec Jean-Paul Belmondo et Annie Girardot. Le cinéaste a bien voulu revisiter son long métrage à la demande d'Elsa Zylberstein et de Jean Dujardin, qui s'amusent comme des petits fous. C'est le principal intérêt de cette comédie romantique convenue mais agréable.
Quand il en fait trop, Lelouch est parfois imbuvable. La retenue lui sied mieux. Et c'est le cas dans ce film intimiste malgré son décor naturel plus grand que nature : l'Inde. Dans Un + une, Antoine (Dujardin) est un compositeur célèbre qui se rend au pays de Gandhi pour travailler sur la trame sonore d'un nouveau Roméo et Juliette (on a le droit au film dans le film, figure éculée). Personnage désinvolte, égocentrique et charmeur, il fréquente une pianiste (Alice Pol) avec qui il a peur de s'engager.
À une réception sur place, il rencontre Anna (Zylberstein). La femme de l'ambassadeur français (Christophe Lambert, très décalé) ne lui ressemble en rien. Notamment parce qu'elle confond ésotérisme avec spiritualité. Les dialogues entre Anna et Antoine sont savoureux, notamment parce qu'ils sont marqués d'une spontanéité remarquable et par le charisme fou de Dujardin (L'artiste). Ses sourires moqueurs sont irrésistibles.
Malgré leurs différences, le duo tente, tant bien que mal, de résister à leur attirance réciproque. Jusqu'à ce qu'Anna s'embarque dans un train et qu'Antoine décide de la suivre... Le but du voyage : une visite à Amma, une gourou qui, espère Anna, la placera sur la voie de la fertilité.
Les aléas et les bonheurs des relations amoureuses ont toujours inspiré Lelouch depuis Un homme et une femme (1966). Il creuse encore le sillon du désir, de l'espoir, mais aussi de la jalousie et des trahisons. Ce couple improbable mais crédible symbolise bien ce qui unit et ce qui oppose dans l'amour.
Fraîcheur
Lelouch a opté pour une forme plus épurée. Il tourne de grandes parties comme si c'était un documentaire, plongeant ses acteurs dans la foule et les forçant à sortir de leur zone de confort. Le duo livre des prestations d'une fraîcheur telle qu'on croirait qu'ils improvisent sous l'inspiration du moment.
Reste qu'Un + une est extrêmement bavard, et Lelouch se perd parfois dans des digressions à saveur mystique qui frôlent le ridicule. Il perd aussi parfois le sens de la mesure dans son lyrisme - il ne s'est pas soudainement débarrassé de tous ses tics. Comme dans cette finale qui s'étire à n'en plus finir.
Sauf que sa sincérité évidente et son enthousiasme à filmer ses deux vedettes lui permettent de réaliser un de ses meilleurs longs métrages depuis belle lurette. À condition que ce genre d'exercice de style un peu vain nous plaise. On passe un bon moment, mais il n'en reste rien à la sortie.
=> Au générique
Cote: ***
Titre: Un + une
Genre: comédie romantique
Réalisateur: Claude Lelouch
Acteurs: Jean Dujardin, Elsa Zylberstein et Christophe Lambert
Classement: général
Durée: 1h53
On aime: la retenue de Lelouch, la magie entre les deux acteurs, la liberté documentaire
On n'aime pas: l'aspect un peu ésotérique, la trame sonore appuyée, le manque d'originalité