Laura (Penélope Cruz) revient dans son village pour le mariage de sa sœur. Elle y retrouve au passage Paco (Javier Bardem), son ancienne flamme dans Tout le monde sait d’Asghar Farhadi.

Tout le monde sait: Les démons du passé ***

CRITIQUE / Le Festival de Cannes s’est offert tout un film d’ouverture l’an passé avec Tout le monde sait (Todos lo sabon) d’Asghar Farhadi. Le très doué réalisateur iranien a toujours connu beaucoup de succès sur la Croisette et les attentes étaient élevées puisque son nouvel essai pouvait compter sur la présence de Penélope Cruz, Javier Bardem et Ricardo Darin. Mais le mélange de genres (drame psychologique, policier, mélo et suspense) donne au final un long métrage très convenu qui peine à nous bouleverser.

L’entreprise n’était pas sans péril puisque Tout le monde sait était tourné en espagnol, une langue que Farhadi ne parle pas. D’ailleurs, les meilleurs œuvres de sa filmographie, comme Une séparation (2011) et Le client (2016), tous deux Oscars du meilleur film en langue étrangère, ont été tournées dans son pays.

Bien sûr, le splendide Le passé (2013) s’est fait dans la langue de Truffaut — mais avec des éléments propres à sa culture et une certain compréhension du français.

On pouvait tout de même espérer que tourner en Espagne avec Cruz et Bardem serait une combinaison gagnante. Pas vraiment. Le duo surjoue presque tout au long. Ce qui est d’autant plus surprenant de la part d’un directeur d’acteurs aussi doué que l’Iranien. Ce n’était pas l’idée du siècle finalement. Ni arpenter les mêmes terres mélodramatiques qu’Aldomovar.

L’action de Tout le monde sait se déroule dans le Rioja où Laura (Cruz) revient dans son village pour le mariage de sa sœur. Elle y retrouve au passage Paco (Bardem), son ancienne flamme. L’enlèvement de sa fille adolescente lors de la fête va créer un véritable drame. Laura ne sait comment annoncer la nouvelle à son mari Alejandro (Darin), resté en Argentine.

Les soupçons se tournent vers les gens présents à la noce. Pour faire la lumière, on va impliquer un flic à la retraite, qui doit enquêter discrètement. Ses questions vont néanmoins faire ressurgir les démons du passé, craquer le vernis de l’entourage familial et exposer les rancœurs qui mijotent depuis plusieurs années.

Alors que Farhadi nous a habitués à des scénarios riches en rebondissements et en significations, celui-ci se révèle d’une linéarité sans surprise, surtout dans le suspense.

Bien sûr, la réalisation est impeccable, avec un montage haletant, une caméra de proximité, un gros travail sur le son et un bon sens de l’ellipse au départ, malgré de petites longueurs. Ça se gâche ensuite, surtout avec un développement cousu de fil blanc.

Le film gratte la surface de la filiation, du sacrifice, de l’amour filial, du désespoir, de la foi, sans nous plonger dans les réflexions sur la condition humaine auxquelles nous a habitués la cinéaste dans ses drames psychologiques.

Entendons-nous : Tout le monde sait est un bon film. Meilleur que la grande majorité de ce qu’on peut voir en salle pendant toute l’année. Mais on s’attendait à plus d’Asghar Farhadi. Sa filmographie est là pour nous prouver qu’il figure parmi le cercle très restreint des meilleurs cinéastes vivants.

J’ai peut-être mis la barre trop haute. À vous de voir.

Au générique

Cote : ***

Titre : Tout le monde sait

Genre : Drame

Réalisateur : Asghar Farhadi

Acteurs : Penélope Cruz, Javier Bardem, Ricardo Darin

Classement : Général

Durée : 2h12

On aime : la réalisation impeccable. Les superbes paysages.

On n’aime pas : le scénario linéaire. Le jeu sans retenue. La finale cousue de fil blanc.