Jeff Denis admet qu’il y a énormément de contraintes à tourner à Québec.

Tourner à Québec, le défi relevé de Jeff Denis

Le réalisateur Jeff Denis n’a pas attendu que l’argent lui tombe du ciel pour tourner son premier long-métrage. Porté par «un vent de folie» et une flopée de complices habités comme lui de la foi du charbonnier, «Napoléon en apparte» débarque au grand écran la semaine prochaine, à la grande satisfaction de son instigateur, qui a conçu son projet entièrement à Québec.

À force de grappiller les sous à gauche et à droite (dont une campagne de sociofinancement avec La Ruche), de faire appel à tous les crédits d’impôts possibles et de demander quelques concessions à ses collaborateurs, Jeff Denis a finalement mené son projet à bon port.

«Il y a énormément de contraintes à tourner à Québec, que ce soit pour le soutien technique ou l’enveloppe budgétaire, mais arrive un moment où tu te dis qu’il faut que tu le fasses, ton film. Tu ne peux pas toujours attendre et ne rien faire», lance le patron de la boîte de production JET7Media, installée rue de la Couronne, dans Saint-Roch.

Conçu à l’origine pour être une série web, Napoléon en apparte est né d’un «moment de découragement» du réalisateur, qui pensait abandonner le métier, de plus en plus irrité par les contraintes. Lors d’une promenade dans le quartier Saint-Sauveur, il emprunte la rue Napoléon et c’est le déclic.

L’idée du scénario qu’il mijotait depuis un moment s’est alors cristallisée autour d’un Napoléon Bonaparte devenu... locataire. «J’aime les jeux de mots poches…» lance-t-il, dans un éclat de rire.

Napoléon et... Joséphine
Pour les besoins de la cause, l’empereur français s’est métamorphosé en un jeune et bien peu dégourdi comptable de Limoilou, toujours dépendant de ses parents malgré qu’il vive en appartement. Un party lui fera rencontrer une horticultrice prénommée…Joséphine (eh oui, comme la femme du célèbre personnage), qui lui tombera dans l’œil. Son père et son meilleur ami l’aideront à surmonter sa timidité pour «l’aider à scorer»…

De fil en aiguille, le tournage se met en place. Un producteur et un distributeur sont approchés. Des amis comédiens — Jean-Michel Girouard, Joëlle Bond, Maxime Robin, Denis Marchand, Jack Robitaille — sautent dans l’aventure. Le coscénariste et directeur artistique Philippe Savard accepte de prêter son appartement dans Limoilou, rue Saint-Martial, où se déroule une bonne partie de l’intrigue. La blonde du réalisateur, Maude Brochu, compose la trame sonore du film avec ses deux complices du groupe Whisky Legs.

Gros travail d’équipe
Tourné en une trentaine de jours, il y a deux ans, avec un «microbudget» évalué à 300 000 $ (dont les deux tiers en crédits gouvernementaux), le film a été fait avec «le moins de contraintes possible afin de garder le budget bas».

«Tu sais, quand ton personnage principal est un jeune comptable, il faut donner l’exemple et apprendre à compter des peanuts...»

«Ç’a été un gros travail d’équipe, fait à l’huile de bras, ajoute-t-il plus sérieusement. Beaucoup de monde y croyait. Ç’a travaillé fort pour que le film se fasse.»

Conçu à l’origine pour être une série web, «Napoléon en apparte» est né d’un «moment de découragement» du réalisateur, qui pensait abandonner le métier.

«Si je suis satisfait de mon film? Oui et non, poursuit-il, on ne peut pas être satisfait à 100%. C’est un premier long-métrage, je n’ai pas pondu le film que je voulais parce que je n’avais pas assez de budget. Je n’ai pas pu contrôler toutes les situations, j’ai dû couper des scènes, mais c’est correct, tu prends des notes pour la prochaine fois.»

Car prochaine fois il y aura? «Tu m’aurais posé la question il y a un an et je t’aurais dit que c’était mon premier film et mon dernier, mais j’ai quelques idées dans le collimateur que j’aimerais faire encore à Québec. Ce serait l’fun de faire travailler notre monde.»

Napoléon en apparte prend l’affiche le 8 juin.