Quelques membres de l’équipe du film Apapacho – Une caresse pour l’âme, en tournage lundi et mardi à Lennoxville : sur le canapé, Audrina Gagné, Gabriel Sabourin, Myriam Leblanc et Marie-Félixe Allard. Devant : la réalisatrice Marquise Lepage et Janyève Denoncourt.

Tournage du film Apapacho : du Mexique à Lennoxville

SHERBROOKE — Les Mexicains, on le sait, ont une façon particulière de souligner le jour des Morts : ils se rendent dans les cimetières où ils apportent de la nourriture ou des fleurs en offrande à leurs proches défunts, allumant des bougies et parsemant le sol de pétales. Une fête que la réalisatrice Marquise Lepage a vécue de près, sur place, alors qu’elle traversait justement le deuil d’une personne très précieuse. L’expérience fut à ce point marquante que la cinéaste a eu envie d’en faire un film.

Apapacho – Une caresse pour l’âme a donc été tourné en grande partie au Mexique (il s’agit d’ailleurs d’une coproduction Mexique-Canada), mais il restait quand même quelques scènes à croquer au Québec, dont certaines dans une résidence de la rue Parkdale, à Lennoxville. Il s’agit, en fait, de retours en arrière où les deux personnages principaux, interprétés par Fanny Mallette et Laurence Leboeuf, se remémorent leur enfance avec leurs parents (Gabriel Sabourin et Myriam Leblanc) ainsi que leur autre sœur, décédée récemment.

« J’espère, comme le dit le titre, que ce film sera une caresse pour l’âme des gens en deuil. Les deux femmes au cœur de ce récit vivent une sorte de voyage initiatique, au cours duquel elles se transforment. Leur douleur s’apaise énormément. C’est le chemin de leur réparation vers la sérénité. Et c’est beaucoup le Mexique qui m’a inspiré ça », résume celle qui est également scénariste et coproductrice du long métrage.

« La première fois où je suis allée dans le vrai Mexique, à l’intérieur des terres très loin des plages, je suis tombée sur un endroit complètement méconnu (même pour plusieurs Mexicains!), la Reserva Tehuacan-Cuicatlan, où vivent plusieurs peuples autochtones. À la fête des Morts, tout le monde décore sa maison, les petites routes et le cimetière. Les tombes ont l’air d’un gâteau de mariage. C’est tellement beau! Bref, rien à voir avec un salon funéraire. Bien sûr, les Mexicains éprouvent aussi beaucoup de peine au moment du décès, mais ces rites-là les aident à ne pas se perdre dans leur deuil. Pour moi, ils sont la meilleure chose qui me soit arrivée à ce moment de ma vie. C’était du pur bonheur! »

Un doigt dans le gâteau

Estelle (Fanny Mallette) et Karine (Laurence Leboeuf) se retrouvent donc au Mexique, alors que la perte de leur sœur leur fait encore extrêmement mal. Les retours en arrière permettent notamment de comprendre pourquoi les frangines étaient si attachées les unes aux autres.

La comédienne Myriam Leblanc, qui incarne la mère des trois fillettes, considère Apapacho comme un film sur la perte, mais surtout sur les façons de vivre sans ceux que l’on a aimés. « Et la lumière n’est peut-être pas nécessairement dans les sentiers que l’on connaît déjà, du moins dans notre culture ici. Notre rapport à la mort en tant que Québécois n’est pas du tout le même que celui des Mexicains. Lors de leur voyage, ces deux femmes vont gagner quelque chose de fondamental dans leur survie. C’est la principale raison pour laquelle ce scénario m’a énormément touchée. »

« C’est plus un film sur le positif de ce qui peut ressortir des départs tragiques », poursuit Gabriel Sabourin, qui s’empresse d’ajouter que l’ambiance du plateau est loin d’être lourde, surtout grâce à la présence de Janyève Denoncourt, Marie-Félixe Allard et Audrina Gagné, qui incarnent les trois sœurs lorsqu’elles étaient petites. « Pour les acteurs adultes, jouer avec des enfants apporte un plaisir tout simple. Par exemple, nous avions une scène avec un gâteau de fête, mais la plus jeune ne pouvait s’empêcher de mettre le doigt dedans. »

« À l’écran, c’était super! ajoute Marquise Lepage. Si je lui avais demandé de faire ça, ça n’aurait jamais été aussi naturel! »

« Nous sommes dans un lieu bucolique. C’est un endroit exceptionnel, donc c’est assez facile de se nourrir de merveilleux et de belles choses. C’est un plateau zen, léger, heureux », commente Myriam Leblanc.

Comme à la campagne

Comment Marquise Lepage s’est-elle retrouvée à tourner à Lennoxville? « En fait, on se trouve dans la maison de mon conjoint. Et lorsque j’ai imaginé les scènes d’enfance de mes personnages, j’avais en tête cette maison, que l’on pourrait croire à la campagne. Jusqu’au jour où je me suis dit : "Dans le fond, pourquoi ne pas tourner ici?" Ce que j’aimais aussi de cette maison, c’est qu’elle est un peu intemporelle. Les retours en arrière se passent 30 ans plus tôt, mais on pourrait être aujourd’hui. Derrière ce choix, il y a l’espoir que ce film dure dans le temps. »

La neige tombée vendredi dernier a toutefois bouleversé quelques plans. « Ce devaient être des scènes d’automne! Je voulais plusieurs saisons dans mon film... mais là, je crois qu’il n’y aura pas d’automne », avoue la réalisatrice, en riant quand même de bon cœur.

Tourné avec un budget d’un peu moins de 2 millions $, Apapacho devrait arriver sur les écrans dans un an. « À moins que l’on soit trop proche de Noël. On attendra peut-être alors le printemps, car ce n’est vraiment pas un film de Noël. »