Téhéran tabou brosse un portrait sans fard de la double vie de quatre personnages vivant en Iran, comme Pari, une prostituée frondeuse qui traîne son fils muet Elias partout, ou Sara, une femme mariée qui cherche un boulot pour quitter le cocon familial.

Téhéran tabou: derrière la vie de façade ***

CRITIQUE / Les longs métrages pour «adultes» sont rares. Les films sur l’Iran, encore plus. Surtout s’ils proposent de lever le voile de la vie de façade des habitants du pays des mollahs pour révéler la fuite par plusieurs dans la décadence : sexe, alcool, drogue... Téhéran tabou livre sans fard la double vie de ceux et celles qui refusent de se plier aux diktats sociaux et religieux en courant des risques qui peuvent parfois avoir des conséquences funestes.

Ali Soozandeh a depuis longtemps quitté l’Iran pour l’Allemagne. Mais son amour du pays l’a poussé à ce film qui s’attarde aux destins croisés de trois femmes et d’un musicien qui cherchent à se libérer de la chape de plomb iranienne.

Il y a Pari, une prostituée frondeuse qui traîne son fils muet Elias partout, même chez ses clients; Sara, la femme mariée qui cherche un boulot pour quitter le cocon familial; Donya, la jeune campagnarde réfugiée en ville et Babak, timide joueur d’accordéon qui rêve d’une carrière.

Les restrictions qui pèsent, surtout celles liées à la sexualité, vont amener chaque membre du quatuor à poser des gestes lourds de conséquences. Et à défier la morale ambiante — pas ouvertement. Ali Soozandeh en profite pour radiographier les tabous : sexualité, corruption, religion, maltraitance, suicide… L’hypocrisie, donc, de toute une société qui présente un visage public et adopte un autre comportement en privé.

Le réalisateur a utilisé la technique de la rotoscopie — des acteurs filmés sur fond vert puis redessinés — pour illustrer son propos. L’effet est saisissant de réalisme, avec une touche de poésie. Dans les moments plus durs, les couleurs sont sombres, colorées lorsque l’espoir s’immisce par une craque… Soozandeh a aussi porté une attention particulière à la cacophonie sonore de la métropole, qui est un écho de l’état d’esprit des protagonistes!

L’animation permet aussi d’aborder les sujets de façon crue… et pudique. Un curieux paradoxe, mais qui permet à Téhéran tabou de ne pas être choquant même quand il filme l’explicite.

Le drame est un pamphlet politique, à la symbolique parfois lourde. Ali Soozandeh ne fait pas dans la dentelle. C’est un choix. On pourrait le situer à l’opposé des portraits nuancés, et plus solides sur le plan dramatique d’Asghar Farhadi (Une séparation, Le client). Mais ils ont en commun d’aborder la question de la famille et de l’honneur de plein fouet.

En Iran, une atteinte à l’honneur familial peut être à l’origine des pires dérives. Sara est prisonnière de cette contrainte, dans un désespoir résigné poignant. Et qui donne aussi ses moments les plus touchants.

Dans cet univers à l’horizon bouché — tous voudraient s’enfuir à l’étranger s’ils le pouvaient —, le fils de la prostituée joue le rôle de témoin impuissant (muet) et incarne l’innocence perdue. Mais aussi une lueur d’espoir…

Téhéran tabou a été présenté à la Semaine de la critique lors du dernier Festival de Cannes.

AU GÉNÉRIQUE

Cote: ***

Titre: Téhéran tabou

Genre: animation

Réalisateur: Ali Soozandeh

Classement: 13 ans +

Durée: 1h36

On aime: le réalisme de l’animation. Le portrait décapant

On n’aime pas: le manque de nuances. La symbolique lourde