Dans Tadoussac, Chloé (Camille Mongeau) fuit Montréal en plein hiver pour se rendre à Tadoussac, à la recherche de sa mère biologique.

Tadoussac: au féminin ***

CRITIQUE / Martin Laroche a décidé de tourner Tadoussac sans véritable financement institutionnel et il prouve aux bailleurs de fonds qu’ils faisaient fausse route. Plus de temps et d’argent auraient donné une meilleure ampleur dramatique à sa quête identitaire d’une adolescente désemparée, qui se distingue déjà pour sa véracité, son authenticité et sa sensibilité.

Chloé (Camille Mongeau), 18 ans, fuit Montréal en plein hiver pour se rendre à Tadoussac. En pleine détresse et en sabbatique, refusant les mains tendues, elle veut retrouver sa mère biologique sans que celle-ci s’en doute — tout se sait dans un village de 800 habitants. 

Elle s’inscrit donc sous un faux nom à l’auberge de jeunesse et tente de se rapprocher de Myriam (Isabelle Blais), une femme fantasque au tempérament explosif, mais plein de vie.

Laroche déroule au spectateur un film qui, au fond, ne sert que de prétexte à la longue séquence cathartique de la fin. C’est efficace, nul doute. Encore faut-il qu’il réussisse à maintenir l’intérêt jusque-là — ce n’est pas toujours le cas. Surtout qu’il y a des redites. Ce dernier acte tombe toutefois dans le piège de la conversation téléphonique (comme beaucoup trop de films) qui étouffe la charge dramatique, malgré les gros plans et l’interprétation sentie des deux actrices.

Tout au long, le réalisateur a pris soin, avec une caméra portée, de cadrer ses personnages de près, évitant la surenchère d’images cartes postales de Tadoussac, aussi magnifique en hiver que l’été. Il a su, d’ailleurs, intégrer l’environnement du village de façon très réaliste. Les références aux lieux (la baie, le grand hôtel, le Gibord, Sacré-Cœur, l’hôpital des Escoumins, etc.) sont parfaitement intégrées au récit. Même chose pour la faune locale (et l’utilisation d’acteurs amateurs du coin).

Le personnage de Myriam en est d’ailleurs une fière représentante. Guide de kayak de mer, elle bosse comme une folle l’été et se la coule douce l’hiver. C’est d’ailleurs là que réside le principal intérêt de Tadoussac. Le scénario, simple et convenu, manque de tonus. Mais il met de l’avant des personnages féminins authentiques qui existent hors des clichés rétrogrades et sexistes des propositions habituelles au cinéma.

Le cinéaste s’était déjà intéressé à l’excision dans Les manèges humains (2013), un autre film indépendant. Cette fois, il se penche sur la question de la maternité non désirée, le poids d’être parent, le post-partum, entre autres. 

Et avec des points de vue opposés, en quelque sorte. Chloé et Myriam sont antinomiques. Autant l’adolescente est introvertie, remplie de doutes et d’espoir, autant la femme est extravertie, égocentrique, revenue de tout et refuse d’affronter la réalité (et les blessures du passé).

Camille Mongeau (Les 4 soldats, 2013)  offre une Chloé crédible et à fleur de peau avec beaucoup de naturel, jusque dans les scènes douloureuses, plus difficiles à jouer. Elle a d’ailleurs obtenu le Bayard de la meilleure actrice à Namur (Tadoussac a une belle sélection de festivals à son palmarès). Isabelle Blais (Borderline, 2008) a un peu plus de difficulté à cerner sa Myriam de party, mais la charmante actrice est, comme souvent, renversante dans les moments plus dramatiques.

Tadoussac est un beau petit film, qui puise à la longue tradition du cinéma direct québécois. Il offre au spectateur une histoire emplie d’humanité et une fin ouverte conséquente. C’est déjà beaucoup.

AU GÉNÉRIQUE

  • Cote: ***
  • Titre: Tadoussac
  • Genre: drame
  • Réalisateur: Martin Laroche
  • Acteurs: Isabelle Blais, Camille Mongeau, Juliette Gosselin
  • Classement: général
  • Durée: 1h29
  • On aime: l’authenticité des personnages. La perspective féminine
  • On n’aime pas: le récit convenu. Les conversations téléphoniques