Suzanne Clément est installée en France depuis quelques années. Après plusieurs rôles secondaires, elle est la vedette du Rire de ma mère, qui prend l’affiche vendredi au Québec.

Suzanne Clément ou l'art de mordre dans la vie

«Tout est lié dans notre métier. Il faut nourrir nos personnages de ce qu’on vit», croit Suzanne Clément. Depuis la présentation du film «Laurence Anyways» de Xavier Dolan à Cannes, l’actrice québécoise développe sa carrière en France. Elle avait déjà eu un coup de cœur pour l’Hexagone, lors d’une année sabbatique, et elle y a maintenant fait son nid professionnel.

Après plusieurs rôles secondaires, notamment dans Le sens de la fête, on peut la voir tenir le premier rôle du Rire de ma mère, qui prend l’affiche vendredi au Québec. Elle y joue une mère flamboyante, encore amoureuse de son ex-mari, qui cherche par tous les moyens à mordre dans la vie, alors qu’elle est condamnée par la maladie.

Q Qu’est-ce qui vous a plu dans ce premier scénario de Colombe Savignac et Pascal Ralite?

R Le ton, la délicatesse des sentiments, la finesse dans l’écriture. On essaie de ne pas tomber dans le pathos, mais en même temps, on raconte les choses avec humour et tendresse. Il y a plein d’amour là-dedans. J’ai rencontré le couple de réalisateurs et ce sont des gens que j’ai tout de suite aimés.

Q Et dans le personnage de Marie, que vous interprétez?

R Ce que j’aimais d’elle est qu’elle n’est pas toujours juste dans son rapport aux autres. Ce n’est pas une politically correct. Elle a ses excès, elle dérange, elle déborde, elle en demande un peu trop autour d’elle, elle n’est pas toujours gentille, et je n’avais pas envie de gommer ces défauts-là. J’aime défendre les personnages qui sont comme ça.

Q Elle a ses excès, mais elle vit également un drame. Comment avez-vous abordé ce mélange?

R Le personnage est inspiré de l’ancienne femme de Pascal, que Colombe a connue. C’est une femme qui ne passait pas inaperçue, qui aimait vraiment vivre, qu’on avait envie de suivre le soir pour faire la fête. Il y a des personnalités comme ça, ces gens de la fête et de la nuit, qui, pour moi, sont très liées à Paris. Elle a vécu sa maladie comme ça, en n’en parlant pas, en fumant trop, en buvant. Elle ne voulait pas s’arrêter. L’empreinte de cette femme est vraiment dans le scénario. Elle avait un côté impétueux, plus fort que tout.

Q Ce qui marque, comme spectateur québécois, même si ce n’est pas le premier rôle que vous tournez en France, c’est votre accent français. Était-ce difficile à tenir, tout en demeurant dans la vérité?

R Par moments oui, parce que la connexion entre l’émotion et la parole est pas mal liée à notre langue. Mais ça fait presque une dizaine d’années que je suis plus souvent en France qu’au Québec. Donc, à part quand je suis avec mes amies québécoises, je parle toujours comme ça, sans accent québécois. Pour que les gens dans le cinéma qui me croisent aient le moins possible de doutes. Je l’ai vraiment éprouvée, cette langue-là, dans mon quotidien. Parfois, j’ai une coach aussi, pour aller retravailler des choses quand je reviens du Québec. C’est devenu une seconde nature.

Q Un moment donné, dans le film, Marie dit: «Ils ont une expression au Québec pour dire qu’ils en ont assez, ils disent ‘‘J’ai mon voyage’’.» Qu’en avez-vous pensé?

R Il y avait plusieurs phrases comme ça au départ. Pascal et Colombe auraient aimé qu’elle soit québécoise. Ils adorent, ils trouvent ça charmant. Mais moi, j’étais plutôt dans une phase où j’avais envie et besoin que les gens en France voient que je pouvais travailler sans accent. J’étais plus réticente et je ne croyais pas non plus que ça amenait quelque chose. La phrase est restée, parce qu’elle est vraiment belle.

Interprétant une femme gravement malade, Suzanne Clément porte plusieurs perruques dans Le rire de ma mère.

Q La mer est très présente visuellement, dans le film. Avez-vous un rapport particulier avec la mer? Est-ce que ça a amené quelque chose dans le tournage?

R La mer, c’est à la fois nourrissant et fort, c’est un symbole de la maternité. Ma mère venait de la Gaspésie et souvent la mer lui manquait. Ce besoin de voir la mer a été important dans ma mythologie personnelle. Il y a eu plusieurs moments dans ma vie où, quand je voulais vraiment me calmer, me régénérer, je prenais la voiture et je filais dans le Maine. L’endroit où on a tourné, au Cap Ferret, par sa végétation et tout, me faisait penser au Maine. Je me sentais bien là-bas.

Q Vous enfilez pas mal de perruques au cours du film. Cet aspect a-t-il été amusant?

R Oh oui, vraiment. Aller les choisir, c’était drôle. Nous étions quelques-uns, dont deux filles de l’équipe qui ont eu la maladie. Une a eu des traitements pendant qu’on faisait le tournage et on a eu beaucoup de plaisir ensemble à essayer les perruques. C’est un plaisir enfantin. [La chanteuse] Ima est une de mes amies et quand elle fait des partys, il y a toujours un moment où elle sort les perruques. C’est drôle de voir comment les gens se libèrent avec un élément de costume. Ça désinhibe.

Q Qu’est-ce qui s’en vient, professionnellement, pour vous?

R J’ai tourné une comédie dramatique qui sortira en octobre. C’est autour de sept amis qui se retrouvent à dîner — à souper, pardon — et qui jouent à mettre tous les téléphones au centre de la table et à répondre à chaque message à haute voix ou à mettre les appels sur haut-parleur. C’est un peu une descente aux enfers. Puis j’ai pris une pause, je sentais que j’avais besoin de recul pour faire des choix intéressants. Parfois, ce qu’on a envie de faire ne se retrouve pas nécessairement sur la table, et il faut réfléchir.

Le rire de ma mère prend l’affiche au Clap vendredi.

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EN VEDETTE DANS LA FORÊT SUR NETFLIX

Depuis le 29 juin, on peut voir Suzanne Clément au petit écran sur Netflix, dans la minisérie policière La forêt, qui a été diffusée à la télé belge et à la télé française l’an dernier. «Je l’ai tournée tout de suite après Le rire de ma mère, et c’était une bonne chose, parce que Le rire était assez prenant», note l’actrice. Dans La forêt, elle joue une autre mère de famille, qui travaille comme gendarme dans un petit village. «Ça m’a donc donné un tournage de deux mois dans le même costume, ce qui n’est pas pour me déplaire, parce que je suis un peu comme ça, j’ai un petit côté soldat», indique-t-elle. Lorsque le village est secoué par la disparition d’une adolescente, la gendarme voit son univers basculer. «C’est une belle minisérie, bien écrite, bien ficelée, qui ne sort pas nécessairement des sentiers battus, mais qui est bien faite», juge Suzanne Clément.