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Stanley Tucci et Colin Firth dans <em>Supernova</em>.
Stanley Tucci et Colin Firth dans <em>Supernova</em>.

Supernova : Le dernier voyage *** 1/2 [VIDÉO]

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
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CRITIQUE / Hasard ou signe que le sujet devient moins tabou, voici en moins d’un mois un second long métrage sur la démence. Mais alors que Chute libre de Viggo Mortensen examinait la terrible déchéance sur l’angle de la relation père-fils, le superbe Supernova d’Harry Macqueen scrute ses effets sur un couple de longue date et aborde avec beaucoup de délicatesse la question du libre arbitre lorsqu’on se sait condamné.

Mélange de road movie, de drame psychologique et sentimental, Supernova nous entraîne avec Sam (Colin Firth), Tusker (Stanley Tucci) et leur chien sur les routes du nord-ouest de l’Angleterre.

Dès le début, les échanges doux-amers, comme seul un vieux couple en a le secret, donnent la note. Le redoutable humour caustique de Tusker cible souvent Sam, mais il y a une évidente complicité. Impression renforcée lorsque le premier, confus, part sans prévenir pendant qu’ils font une pause dans une halte routière et que le second, en retrouvant, s’émeut : «Tu m’as fait vraiment peur.»

Le couple retourne sur les lieux de leurs premiers émois et visite la sœur de Sam, qui habite encore la maison familiale avec mari et enfant. Le domicile sera le décor d’une réunion et d’une très émouvante lettre à l’amitié et à l’amour lue par Sam à la place de Tusker, trop remué.

Il évoquera qu’il sera bientôt à un point où il ne souviendra plus qu’il oublie… Et plus tard sa colère devant l’anormalité de devoir faire son deuil, pour son amoureux, d’une personne pas encore morte — lui, en l’occurrence… Ce qui n’empêche pas Supernova de miser largement sur le non-dit.

Firth (Un homme au singulier, Le discours d’un roi...) et Tucci (Marge de manœuvre, Spotlight...) doivent donc livrer une partition nuancée et ressentie en se nourrissant du lien entre leurs personnages. Ils incarnent, en quelque sorte, les deux faces d’une même pièce. À la fois semblables et complémentaires. Le duo s’avère absolument formidable.

Il faut aussi noter la magnifique direction photo de Dick Pope (Mr Turner de Mike Leigh), autant dans ses plans de la superbe nature que ceux du ciel. Puisque Sam est pianiste, Harry Macqueen a également porté une attention particulière à la trame sonore mélancolique.

Il faut aussi noter la magnifique direction photo de Dick Pope.

La fourgonnette du duo restreint évidemment les possibilités, mais le réalisateur n’abuse pas du champ / contrechamp. Il fait parfois même preuve de créativité dans les prises de vue, tout en s’effaçant volontiers devant la forte présence à l’écran de ses acteurs.

Le titre du film fait référence à la passion de Tusker pour l’astronomie et que nous sommes poussière d’étoiles et le redeviendrons! La mortalité, la déchéance physique et cognitive, le souvenir que nous laissons, le deuil sans cesse croissant de ce que nous avons été, autant de grandes questions existentielles abordées, ici, à échelle humaine et avec sensibilité.

Bien sûr, il y est beaucoup question de l’amour, qui commande parfois de donner sans rien attendre en retour. La tendresse entre Sam et Tusker s’incarne dans deux êtres profondément épris qui doivent repousser les limites de ce sentiment mutuel. Que ce soit deux hommes ne change rien au fait que chaque spectateur devrait ressentir un écho viscéral à l’universalité du propos.

Supernova est présenté sur Apple TV, Google Play, YouTube...

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Supernova

Genre : Drame

Réalisateur : Harry Macqueen

Acteurs : Colin Firth, Stanley Tucci

Durée : 1h33