Le costume de Superman, porté Christopher Reeve dans le film "Superman: The Movie", est exposé au musée de Calabasas, au nord-ouest de Los Angeles.

Superman souffle ses 80 bougies

WASHINGTON - «It’s a bird... It’s a plane... No, it’s Superman!». 80 ans après sa naissance, Superman continue de représenter dans l’imaginaire collectif le superhéros de référence et fait toujours les beaux jours de son éditeur D.C Comics, qui mise plus que jamais sur lui.

Au printemps 1938, l’ancêtre de DC. Comics publie une nouvelle série, Action Comics. Dans son premier numéro, 13 pages sont consacrées à un tout nouveau superhéros, un alien aux pouvoirs surnaturels, dernier rescapé de la planète Krypton: Superman, l’homme d’acier.

Le succès est immédiat. Un an plus tard à peine, DC. Comics lui crée sa série propre, «Superman», et lance un nouveau superhéros, qui marquera l’histoire lui aussi: Batman.

En 80 ans, la recette n’a pas changé d’un iota: Superman est toujours drapé dans son costume aux couleurs des États-Unis, siglé du célèbre «S» sur fond jaune.

«Le superhéros le plus reconnu dans la culture populaire» selon D.C Comics (qui édite également les aventures de Batman, Wonder Woman et la Ligue des Justiciers) est un des tout premiers du genre. «C’est le moule à partir duquel on a travaillé, un modèle pour le concept de superhéros», explique Jared Smith, vendeur dans une boutique de comics de Washington.

Films, jeux vidéo, dessins animés, séries télés, Superman s’est décliné partout. Une bourgade (bien réelle) du nom de Metropolis, dans l’Etat de l’Illinois, partage le nom de sa ville (fictive) de résidence, et organise même chaque année un festival en son honneur.

Et son règne est loin d’être fini dans les bandes dessinées: DC. Comics va relancer cet été la série «Superman» de 1939 et a pour cela débauché Brian Michael Bendis, le scénariste vedette de son concurrent Marvel (Hulk, Avengers, Spider-Man, etc.).

«On ressent toujours le patrimoine de ce personnage quand on rejoint ses aventures. J’ai déjà ressenti cette joie, mais il y a quelque chose de différent avec Superman», a expliqué Bendis lors d’une interview avec le site spécialisé Nerdist.

En avril prochain, ce sera Batman qui rejoindra le clan des superhéros octogénaires. L’homme chauve-souris, lui aussi, se porte comme un charme.

Trop parfait ?

Superman - Kal El de son vrai nom extraterrestre - est un immigré, seul survivant de sa planète d’origine. Recueilli par un couple d’agriculteurs du Kansas alors qu’il est encore bébé, le dernier fils de Krypton prend alors le nom de Clark Kent avant de devenir journaliste.

Ses créateurs, Jerry Siegel et Joe Shuster, étaient deux Juifs d’origine européenne. Leur personnage a grandi dans une ferme et incarne parfaitement le rêve américain: une métaphore pour ces immigrés ayant fui l’Europe dans les années 30 pour trouver la paix et la prospérité aux États-Unis.

Superman, «champion des opprimés», se bat pour la vérité, la justice et les valeurs américaines, le fameux «American way». «C’est un personnage très idéalisé. On l’appelle parfois +le boy-scout de l’Amérique+ il fait toujours ce qui est juste», abonde Jared Smith.

Mais le public a pu de temps à autre se désintéresser des aventures de cette icône parfaite, quasi indestructible et parfois trop lisse, surtout en comparaison avec d’autres héros comme Spider-Man ou les X-Men, auxquels il est plus facile de s’identifier.

«C’est un personnage tellement puissant que rien ne le menace, ils ont été obligés d’introduire le concept de la Kryptonite, la pierre qui peut lui retirer ses pouvoirs», détaille Jared Smith. Pour éviter que le personnage apparaisse comme trop déconnecté de la réalité, ses auteurs l’ont rendu plus en phase avec les évolutions sociétales et politiques aux États-Unis, loin des extra-terrestres géants ou autres savants fous.

En 1978, dans un «comic-book» dans lequel il rencontre Mohammed Ali, le champion de boxe l’amène dans les ghettos de Metropolis. Plus récemment, Superman a souhaité se défaire de sa nationalité américaine, se sentant trahi par le gouvernement, ou a sauvé des travailleurs immigrés d’un suprémaciste blanc paupérisé, en écho aux violences de l’extrême droite américaine.

Jared Smith rappelle même qu’»il a eu un début très socialiste. Dans les années 30 et 40, il combattait des capitalistes qui prenaient trop d’argent ou ne traitaient pas bien leurs employés». Preuve que «l’American way» de Superman n’a de cesse d’être réinterprétée.