Alice est interprétée avec beaucoup de volonté par Fanny Malette.

Stealing Alice: la rage d'Alice **1/2

CRITIQUE / Marc Séguin n'est pas le premier, au Québec, à autoproduire un film hors système. La différence, c'est que le renommé peintre a les moyens. Le talent? Pour un premier essai, il s'en tire plutôt bien avec Stealing Alice, portrait d'une voleuse de tableaux enragée. Le long métrage ne casse rien sur le plan visuel, ce qui est quand même étonnant, mais il souffre surtout d'un scénario qui finit par tourner à vide.
Artiste multidisciplinaire, Séguin vient de se découvrir des talents de cinéaste. Stealing Alice est une fiction énigmatique, mais qui présente une trame assez apparente. La Alice en question, interprétée avec beaucoup de volonté par Fanny Malette, est une marchande d'art qui dérobe des tableaux de maître pour les offrir à ceux qu'elle aime - à savoir son père lettré et vaguement philosophe (Denys Arcand) et Eeka, sa soeur compréhensive (Joëlle Paré-Beaulieu).
Alice est animée par une grande rage, qui n'est pas sans rappeler celle d'Édouard Mallarmé, personnage central du puissant roman La rage, de Louis Hamelin. Alice est aussi une asociale en quête existentielle et en révolte contre les travers du Québec actuel, nourrie par les injustices du passé (le traitement réservé à sa mère inuite). Sa froide colère puise également dans une rupture douloureuse avec Joseph, seulement évoquée, jamais montrée. «Les femmes sages ne font jamais l'histoire», écrit-elle sur sa cuisse.
Séguin amorce son récit dans un poste de police où est détenue provisoirement Alice. Sa soeur nous prévient, en voix hors champ, qu'il s'agit d'une partie de sa vie avant qu'elle ne disparaisse. Le retour en arrière qui compose la grande majorité du film est parsemé de séquences aux liens ténus et de nombreuses ellipses. Ici et là, des informations nous sont livrées pour permettre de mieux saisir le tableau peint par le réalisateur.
Des dialogues plaqués
Le réalisateur-scénariste propose une réflexion pseudo existentielle sur le temps, la mort, l'amour, la spiritualité, notre place sur Terre, la transmission, avec de nombreuses références à l'art et des citations littéraires. Il en résulte un manque de naturel dans certains dialogues - les acteurs sonnent faux. Ce qui n'est pas si grave comparé au fait que l'exercice s'avère un peu vain. Un bon scénario ne s'improvise pas...
Stealing Alice se déroule en bonne partie sur une île non identifiée, avec des incursions à New York, en Italie et dans le Grand Nord. Ce qui permet de magnifiques images, de Claudine Sauvé (19-2, Miraculum) à la direction photo. On remarque que Séguin fait une fixation sur les plans aériens tournoyants, mais on se serait attendu à ce que l'artiste s'éclate un peu plus sur le plan visuel - à la Peter Greenaway. Mais être réalisateur, ça non plus, ça ne s'improvise pas.
Marc Séguin a produit son premier long métrage de façon totalement indépendante et préféré se passer d'un distributeur. À Québec, il a conclu une entente avec le cinéma Clap, qui présentera Stealing Alice les mercredi 18 et jeudi 19 octobre, à 19h30, en présence du réalisateur.
Au générique
Cote: **1/2
Titre: Stealing Alice
Genre: drame
Réalisateur: Marc Séguin
Acteurs: Fanny Malette, Joëlle Paré-Beaulieu, Denys Arcand
Classement: général
Durée: 1h29
On aime: des images magnifiques; la complicité des acteurs
On n'aime pas: la musique techno envahissante; les dialogues plaqués; la vacuité du propos