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<em>Souterrain </em>explore les conséquences d’une explosion dans une mine sur un groupe d’employés tissé serré.
<em>Souterrain </em>explore les conséquences d’une explosion dans une mine sur un groupe d’employés tissé serré.

Souterrain: Une mine et des hommes *** 1/2

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
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CRITIQUE / Sophie Dupuis a fait une entrée fracassante dans notre cinématographie en 2018 avec Chien de garde, retenu par Le Soleil comme l’un des cinq meilleurs films québécois de 2010-2020. La réalisatrice amorce la nouvelle décennie avec un percutant drame, porté par une formidable distribution : Souterrain.

Le long métrage débute avec une phrase-choc : «Il manque cinq gars à l’appel.» Une explosion dans une mine — on envisage le pire pendant que les secouristes se précipitent. L’un d’eux, Max (Joakim Robillard), s’agite, remonte à la surface, juste à temps pour voir les ambulanciers charger un corps…

Après cette entrée en la matière saisissante, un retour en arrière nous ramène deux mois plus tôt. Un procédé éprouvé, mais toujours efficace, surtout quand il sert de mise en place pour la galerie de personnages de Souterrain.

Le long métrage nous plonge dans un univers mystérieux pour la grande majorité d’entre nous : celui où des machines démesurées extraient du minerai à des kilomètres sous terre.

Le scénario de Sophie Dupuis s’attarde par ailleurs à Mario (James Hyndman), un vétéran de la mine, et à son fils aphasique Julien (Théodore Pellerin), un grand ami de Max. Hyndman et Pellerin forment un duo père-fils redoutable, dont la crédibilité est renforcée par une étrange ressemblance physique.

Il y a assurément une belle continuité thématique entre Chien de garde et Souterrain : celle de la famille. Alors que la première était dysfonctionnelle, celle-ci est brisée par un terrible accident provoqué par Max alors que Julien était avec lui dans l’auto (le film garde volontairement le flou, une bonne idée).

Mario accepte très mal le handicap de son fils, au grand désarroi de sa femme Lise (Chantal Fontaine). Max, de son côté, même s’il est rongé par son sentiment de culpabilité, tente de franchir les étapes «normales» de la vie typique en région (avec les stéréotypes sur la masculinité que ça présuppose).

Théodore Pellerin joue un ex-mineur demeuré aphasique après un accident.

La mine est d’ailleurs un milieu fortement masculin (parmi lequel Sophie Dupuis a tout de même glissé de beaux personnages féminins, dont celui joué par Catherine Trudeau). Mais elle nous fait voir que derrière les roulements de mécanique et les bravades, ses protagonistes démontrent une admirable sensibilité pour leurs camarades.

Ce souci de l’autre est superbement interprété par la pléiade d’acteurs (Hyndman, Jean L’Italien, Bruno Marcil, Mickaël Gouin, Charles-Aubey Houde...) qui composent ces équipes de mineurs. Avec l’aide d’une direction attentive, ils réussissent à nous les rendre attachants et terriblement humains.

Ce qui contribue fortement à river le spectateur à son siège et à son empathie. Il sait la catastrophe imminente, une tension rehaussée par les bruits et images de la machinerie en action et le montage serré de Michel Grou.

Sophie Dupuis, native de Val-d’Or, connaît son sujet, qu’elle a creusé (sans mauvais jeu de mots) pour en accentuer le réalisme.

Ce n’est pas pour rien que Souterrain a remporté le prix du scénario, ex aequo avec Nadia, Butterfly de Pascal Plante, aux récents Rendez-vous du cinéma québécois. Sa sortie coïncide avec le Gala Cinéma Québec, dimanche, où il récolte 13 nominations aux Iris, dont celles du meilleur film, réalisation et scénario.

Et il se conclut sur un superbe plan.

Souterrain est présenté au cinéma

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Souterrain

Genre : Drame

Réalisatrice : Sophie Dupuis

Acteurs : Joakim Robillard, Théodore Pellerin, James Hyndman

Durée : 1h37